Overblog Tous les blogs Top blogs Musique & Divertissements Tous les blogs Musique & Divertissements
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Archives

Publié par Samuel Malonga

À dix-huit ans à peine, Pierre Moutouari fait une entrée remarquée dans le monde de la musique congolaise. Après avoir remporté le premier prix d’un concours de chant amateur organisé par le ministère de la Culture et des Arts, il s’impose rapidement comme une étoile montante à Brazzaville. En 1968, il rejoint l’orchestre Sinza Kotoko, une formation en pleine ascension portée par la jeunesse brazzavilloise. Le groupe, composé de musiciens fougueux et talentueux, multiplie les concerts dans la capitale et à travers l’Afrique centrale. Très vite, son rayonnement dépasse les frontières nationales et lui vaut un contrat d’enregistrement avec Pathé Marconi en France, symbole d’ouverture et de reconnaissance internationale.

L’arrivée de Pierre Moutouari marque un tournant décisif dans l’évolution du groupe. Sa voix chaude et expressive, alliée à un sens aigu de la mélodie, apporte une couleur nouvelle au répertoire de Sinza Kotoko. Les succès s’enchaînent : « Vévé », « Maloukoula », « Mahoungou… Autant de titres qui font vibrer les pistes de danse et annoncent une nouvelle ère pour la rumba congolaise. Sous l’impulsion du groupe, le sebene, cette longue séquence instrumentale rythmée, devient l’un des fers de lance du soukous, bientôt érigé en phénomène culturel dans toute l’Afrique de l’Ouest.

 

En juin 1973, le talent de Sinza Kotoko est reconnu à l’échelle du continent lorsque le groupe représente le Congo au premier Festival panafricain de la jeunesse à Tunis. Aux côtés de Pierre Moutouari se joignent Ange Linaud Ngendo et Théo Bitsikou, chanteurs de l’orchestre Nzoi, envoyés pour renforcer l’attaque vocale. Leur prestation est triomphale : Sinza Kotoko remporte la médaille d’or du festival. Le Congo célèbre alors la victoire d’une génération audacieuse, créative et décidée à s’imposer parmi les grandes nations musicales africaines.

En 1975, après sept années d’épopée collective, Pierre Moutouari choisit de fonder son propre ensemble, Les Sossa, qu’il dirige quelques années avant de s’installer à Paris en 1979. Il y débute une carrière solo féconde, marquée par des collaborations avec Jacob Desvarieux, Master Mouana Congo et Sammy Massamba. Sous le label Safari Ambiance, il enregistre plusieurs albums dont « Le grand retour de Pierre Moutouari », porté par les titres « Tout bouge » et « Tremblement de terre ». Ses chansons « Aïssa », « Saïlé », « Mbekani » et « Koundou » deviennent des classiques incontournables, solidement ancrés dans le patrimoine musical congolais et africain.

À partir de 1981, il s’entoure d’autres artistes congolais installés à Paris pour enregistrer de nouveaux succès, notamment « Missengue », « Julienne » et une version revisitée de « Mahoungou », ce titre phare de ses débuts qui connaît une renaissance fulgurante. En 1986, après plusieurs années d’exil artistique, Pierre Moutouari rentre au pays. Il se consacre à la formation de jeunes musiciens et accompagne sa fille aînée Michaëlle dans l’album « Héritage ». En 1994, la reconnaissance officielle vient couronner son parcours lorsqu’il reçoit le trophée Ngoma Africa à Kinshasa, aux côtés de grandes figures du continent telles que Miriam Makeba, Khaled et Aïcha Koné.

Le début des années 2000 marque une nouvelle étape dans sa vie. En 2005, il publie l’album « Songa Nzila », témoignage d’une inspiration intacte et d’un profond attachement à ses racines. Mais la maladie finit par l’obliger à ralentir. Souffrant de problèmes articulaires et musculaires, il partage alors son temps entre Paris, où il suit des soins, et Pointe-Noire, où il tient un bar-dancing devenu un lieu de mémoire et de convivialité pour les amoureux de la rumba. Loin de se laisser abattre, il met cette période de convalescence à profit pour s’engager dans des actions caritatives, notamment en faveur des enfants malvoyants de Guinée-Bissau. En septembre 2020, il y participe à une série de concerts en play-back dont les recettes sont intégralement reversées aux associations d’aide aux aveugles et malvoyants.

Aujourd’hui encore, Pierre Moutouari demeure une légende vivante de la musique congolaise. À travers ses chansons, son engagement et la transmission de son savoir, il incarne l’esprit de la rumba et la fierté d’une génération d’artistes qui ont donné au Congo une place centrale dans le patrimoine musical africain. Frère cadet de Kosmos Moutouari, il s’inscrit dans une lignée d’artistes qui ont su unir la tradition et la modernité, la mélodie et la mémoire.

Né en 1950, Pierre Moutouari s’est éteint le 8 octobre dernier à Paris, laissant derrière lui une œuvre immense et une empreinte indélébile dans le cœur des mélomanes.

Samuel Malonga

Compilation : Aïssa, Vévé, Ma Loukoula, Julienne, Missengue.

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
E
A Dieu le Grand Artiste, je manque vraiment les mots !
Répondre
S
Merci Sam,<br /> Mon doigt...a fourché. Je voulais écrire 51 ans.
Répondre
S
De rien
S
Ce 12 octobre 2025, il y'a donc très exactement 36 ans, un autre immense artiste tirait sa révérence. François Luambo Makiadi, alias Franco De Mi Amor, s'envolait vers les prairies célestes. <br /> <br /> Lui n'avait que 61 ans (59 selon certains). <br /> <br /> A 75 ans (un bel âge en Afrique) Pierre Moutouari rejoint la cohorte de celles et ceux qui resteront à jamais la mémoire vivante de notre culture. <br /> <br /> Reposez en paix.
Répondre
S
Né juillet 1938 et décédé en octobre 1989, Luambo Makiadi Franco n'avait que 51 ans.