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Publié par congolia1920@gmail.com

Publié dans le journal Kongo dia Ngunga en mai 1954, au cœur de la période coloniale, cet article de Joseph Kasa-Vubu, qui deviendra en 1960 le premier président de la République démocratique du Congo, résonne comme un vibrant manifeste pour la sauvegarde de l’identité culturelle. Rédigé en kikongo (kiyombe), le texte s'intitule de manière évocatrice « Kuta Kietu » (Notre héritage ou patrimoine) et dresse un inventaire minutieux des savoir-faire ancestraux, allant de l'artisanat de forge à la pharmacopée traditionnelle. Face aux bouleversements de la colonisation et au risque d'acculturation, l'auteur ne se contente pas d'une complainte nostalgique. Il exhorte le peuple à s'approprier un outil moderne majeur, l'écriture, pour fixer et pérenniser la mémoire orale des ancêtres. À la croisée de la résistance culturelle et de l'éveil politique, ce document historique unique pose les fondements de la réappropriation nationale et de la dignité d'un peuple jaloux de ses racines.

Samuel Malonga

 

 

 

 

KUTA KIETU (NOTRE PATRIMOINE)

Les anciens nous ont légué de nombreuses coutumes. Des choses variées et pleines de sagesse, des pratiques distinctes les unes des autres. Ce patrimoine est notre véritable richesse qui est en train de disparaître. Nos ancêtres connaissaient la fabrication de leurs propres vêtements. Beaucoup savaient cultiver, planter des bananiers, des arachides, des patates douces, du manioc et d'autres cultures, ainsi que récolter du vin de palme. Certains savaient fabriquer des marmites et des poteries.

D'autres étaient forgerons et fabriquaient des outils en fer ainsi que des couteaux. D'autres encore étaient tisserands et fabriquaient des nasses, des paniers à mailles fines, des cordes, des nattes pour s'asseoir, des paniers de transport ou des grands paniers de stockage. Les femmes savaient tresser des nattes magnifiques et solides. Les hommes fabriquaient des pirogues pour naviguer avec joie, ou pour faire la guerre, ou pour aller chercher des noix de palme, du vin de palme, couper des régimes de palme, extraire de l'huile, poser des pièges, chasser le porc-épic ou pêcher au filet.

Les anciens connaissaient les herbes, les arbres et les racines dont la sève servait à soigner diverses maladies. Ces remèdes traditionnels aidaient nos ancêtres avant qu'ils ne disparaissent. Nous devons rassembler la connaissance de ces remèdes, afin qu'elle nous serve à l'avenir. Si nous les ignorons nous-mêmes, comment pourrons-nous aider nos corps et rester en bonne santé sur notre terre ? Ces traditions, nous devons les transmettre à nos enfants. Mettons par écrit ces enseignements. Si nos anciens nous ont transmis cela de bouche à oreille, nous devons aujourd'hui le donner par écrit à nos enfants afin qu'ils soient instruits. D'autres traditions de nos ancêtres, nous ne pouvons pas toutes les raconter ici, car les anciens ne savaient pas écrire. S'ils avaient su écrire, toutes ces traditions seraient aujourd'hui conservées dans leurs cœurs et nous les lirions. Mais nous ne les racontons pas toutes.

Ne laissons pas ces choses se perdre, car si nous oublions l'héritage et les coutumes que nos ancêtres ont laissés dans le pays, nous finirons par devenir un peuple sans repères. Mettons-nous au travail pour notre propre nom, afin qu'ils sachent écrire, car il est bon d'écrire ces traditions pour que nous les utilisions nous-mêmes, nous qui sommes les serviteurs de nos ancêtres. Que tout cela soit gravé dans nos pensées.

Joseph Kasa-Vubu

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