Overblog Tous les blogs Top blogs Musique & Divertissements Tous les blogs Musique & Divertissements
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Archives

Publié par Samuel Malonga

Petite localité située près de Mbanza-Ngungu dans le district des Cataractes dans le Kongo Central, à environ 150 km de la frontière angolaise, Kinkuzu a joué un grand rôle dans l’histoire de la libération de l’Angola. Le site, aménagé à cette fin, devint la principale base militaire de l'Exército de Libertação Nacional de Angola (ELNA), la branche armée du FNLA. Dans cette enclave militaire installée au cœur du Congo, loin du territoire angolais mais à proximité de la frontière, se construisit une véritable infrastructure de guerre destinée à soutenir la lutte armée contre le régime colonial portugais.

Kinkuzu vit ainsi défiler des générations de recrues venues rejoindre les rangs de l’ELNA de 1962 à 1976. C’est là qu’elles étaient initiées à la discipline militaire, entraînées au maniement des armes et préparées aux réalités du combat. Les exercices, les marches et les séances d’instruction rythmaient la vie quotidienne du camp. Les nouvelles recrues y apprenaient non seulement les rudiments du métier des armes, mais aussi les règles de la vie collective et la discipline indispensable à une armée en formation.

 

La base constituait également un important centre de préparation et de projection des combattants. Une fois leur formation achevée, ceux-ci étaient regroupés, équipés et dirigés vers les zones d’opérations. De Kinkuzu partaient ainsi des hommes destinés à franchir la frontière et à rejoindre les différents fronts de la lutte contre les forces portugaises. La base jouait donc à la fois le rôle de centre d’instruction, de dépôt logistique, de lieu de rassemblement et de point de départ vers le théâtre des opérations.

Mais Kinkuzu ne fut pas seulement un camp militaire. Au fil des années, le lieu acquit une dimension politique et symbolique. La présence de l’ELNA sur le territoire congolais témoignait de l’imbrication étroite entre l’histoire du Congo et celle de la lutte nationaliste angolaise. Le FNLA disposait là d'un espace où il pouvait organiser ses forces, former ses cadres et préparer ses opérations, sous la protection du territoire congolais.

Pour les combattants qui y séjournaient, Kinkuzu représentait ainsi une étape essentielle entre l’engagement politique et l’épreuve du front. Pour l’histoire de l’Angola, le camp fut l’un des principaux lieux où se forma une partie des hommes appelés à participer à la lutte armée pour l’indépendance.

 

À partir de 1975, avec le transfert progressif du dispositif militaire du FNLA vers le territoire angolais, Kinkuzu perdit progressivement son rôle de principale base militaire de l’ELNA. Le déplacement du centre de gravité militaire vers l’Angola marqua ainsi le déclin de la base, qui cessa progressivement de fonctionner comme le grand centre d’instruction et de projection qu’elle avait été pendant plus d’une décennie. La base était encore un centre militaire majeur au moment de l'indépendance de l'Angola, le 11 novembre 1975

Kinkuzu fut, en quelque sorte, un bout d’Angola en RDC : une terre congolaise transformée en arrière-base d’une guerre qui se déroulait principalement au-delà de la frontière. Dans ce coin du Kongo Central, l’histoire angolaise s’écrivait déjà, bien avant que les combattants ne franchissent la frontière pour aller la poursuivre, les armes à la main.

Samuel Malonga

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
P
Pauvres innocents ! Ils croyaient se préparer pour une lutte pour la décolonisation, mais ils se sont retrouvés dans le piège de la guerre froide. La plupart de ces vaillants combattants sont morts au cours de la bataille de Caxito ou Kifangondo contre d’autres angolais et des canons manipulés par les troupes cubaines. Les autres combattants, qui se sont entraînés à Dolisie, dans l’ancienne Afrique équatoriale française, ont toujours eu des leçons de lutte contre l’impérialisme et ses laquais, c’est-à-dire, leurs compatriotes entraînés à Kinkuzu. En écoutant les programmes de «A Voz da Angola Combatente» sur la Voix de la Révolution, surtout en kikongo, les insultes étaient dirigées plus contre le FNLA que contre les portugais. C’était déjà la course au pouvoir dans une Angola indépendante du futur, alors qu’à Kinkuzu les jeunes recrues chantaient : «O nyama, o nyama, yo moko nyama, lukezo, nyama, oluka liwa». Le mot lukezo est une abréviation de Mputulukezo, le mot bantou pour «portugais».
Répondre
P
À propos des namibiens, il y a un ensemble musical qui s’appelle «Ndilimani», qui est la traduction en langue Oshiwambo du mot «dynamite». Cet ensemble a des chansons révolutionnaires en Oshiwambo, mais joue aussi des chansons au rythme de la rumba congolaise. D’ailleurs, la dernière fois que je les ai vus se produire, ils ont imité, en Oshiwambo, la chanson de Madilu intitulée «Tends-moi la main». C’est la chanson qui commence par «Pacelli, assurez ngai lelo po nakitisa motema, nayeba ah». Les danseuses de l’ensemble Ndilimani sont des authentiques ndomboleuses. L’ensemble est né au Congo Brazzaville dans les années du Congo Populaire. Un membre du Parti Congolais du Travail, qui avait été «pionnier» du parti déjà à l’époque de Marien Ngouabi, fut attaché au PLAN (People’s Liberation Army of Namibia), la branche armée de la SWAPO pendant la lutte pour l’indépendance de la Namibie. Pour ceux qui ne connaissent pas les termes des mouvements de libération de gauche, le mot «pionnier» signifie un(e) enfant qui est déjà entraîné(e) pour devenir membre de la jeunesse du mouvement ou du parti quand il deviendra un jeune homme ou une jeune femme. En Angola, les «pioneiros» ont participé à la lutte armée, surtout en 1975. C’était des véritables kadogo. Eh bien, ce camarade congolais qui fut attaché au PLAN par le PCT a toujours été «namibien». Il a rejoint la Namibie à l’indépendance en 1990. Il avait audience avec le président Sam Nujoma au palais présidentiel (State House) chaque fois qu’il le souhaitait. Il a composé des chansons en Oshikwanyama (une des variantes de la langue Oshiwambo). Il a produit des albums qui intègrent la musique namibienne. Il est marié à une mukwanyama. Il a fait un doctorat en ethnomusicologie en Roumanie. Il a été professeur de musique à l’Université de la Namibie (UNAM) avant de prendre sa retraite. Il vit à présent dans «son» village au nord de la Namibie. La dernière fois que je l’a rencontré sur le parking d’un shopping centre à Windhoek, nous avons parlé en kikongo. Nous avons chanté «Ah Nzambi eh beto bantu… Bana ba Kongo… Nzambi a Mpungu beto bantu…», qui est la chanson des Bantous de la Capitale que lui et moi aimions chanter quand il était encore à l’UNAM.
M
Angola Combatente, rectificatif
M
La propagande de Angola Combat entre sur les ondes de la Voix de la Révolution était plus marquante. Il y avait aussi une autre tranche des maquisards de la Namibie.