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Publié par Samuel Malonga

La mode a toujours occupé une place importante dans la société congolaise, particulièrement à Kinshasa. Dès les années 1960, les "dambleurs" et les "jazzeurs" figuraient parmi les jeunes qui accordaient une attention particulière à leur apparence. Par leur goût prononcé pour l’élégance et par le véritable culte qu’ils vouaient à l’habillement, ils avaient, en quelque sorte, ouvert la voie aux sapeurs qui allaient faire parler d’eux avec éclat dans les années 1980.

 

Le soulier Goodyear

Au milieu des années 1970, un accessoire allait connaître une popularité remarquable sur les deux rives du fleuve Congo : le soulier communément appelé "Goodyear". Cette appellation faisait référence à Goodyear, le célèbre fabricant américain de pneumatiques, dont les installations étaient présentes à Kingabwa, dans la commune industrielle de Limete. Le nom de cette entreprise s’était ainsi profondément inscrit dans le paysage industriel et urbain de Kinshasa.

Dans la mémoire populaire kinoise, c’est de cette présence industrielle que serait née l’appellation donnée à ce modèle de chaussures particulièrement prisé par les jeunes. Le "Goodyear" désignait un soulier élégant, reconnaissable notamment à son talon relativement haut. Pour les hommes de l’époque, il permettait de gagner quelques centimètres tout en donnant à la silhouette une allure plus élancée, élégante et moderne.

 

Les jeunes Kinois en raffolaient. Le soulier "Goodyear" devint ainsi l’un des accessoires emblématiques de l’élégance masculine au milieu des années 1970. Il faisait particulièrement bon ménage avec les pantalons bouffants appelés "supana", portés par cette jeunesse qui faisait de l’apparence une véritable affirmation de soi.

Le phénomène dépassa rapidement les frontières de Kinshasa. Sur l’autre rive du fleuve, à Brazzaville, le goût pour ce soulier était également bien établi. Sa réputation aurait même dépassé les milieux populaires pour atteindre certains cercles du pouvoir. Des dirigeants africains, parmi lesquels Marien Ngouabi, président de la République populaire du Congo, et Omar Bongo, président du Gabon, avaient eux aussi porté ce type de chaussures. Démodé, le "Goodyear" disparut de la circulation quelques années plus tard. La "paire basse" ou "paire baba", après une longue éclipse, reprit ses droits et retrouva la place qui était la sienne dans la vêture masculine. Elle recommença ainsi à embellir les pieds des jeunes Kinois, comme au temps où elle régnait sans partage sur leur élégance.

 

Le règne du "supana"

Le look des jeunes Kinois des années 1970 et les codes de la mode de l’époque imposaient une manière bien particulière de s’habiller et de se chausser. Le pantalon "supana" devait être suffisamment large dans le bas pour retomber sur les chaussures et les recouvrir presque entièrement. Dans le code vestimentaire de l’époque, plus les bas du pantalon étaient larges, plus la silhouette paraissait élégante. Le soulier, soigneusement choisi et souvent astiqué jusqu’à briller, ne devait pourtant pas être exposé dans toute sa splendeur. Il fallait, au contraire, qu’il soit entièrement voilé par l’ampleur du pantalon. Seul le bout du soulier apparaissait au gré des pas.

Cette mode donnait à la démarche une allure particulière. Le pantalon ondulait autour des jambes et semblait presque balayer le sol, tandis que les chaussures surgissaient discrètement de dessous le tissu. Le vêtement et le chaussant formaient ainsi un ensemble savamment calculé.

Les années 1970 furent donc celles des pantalons à jambes larges, des chemises  cintrées largement ouvertes sur la poitrine, des blazers, puis des abacots à manches longues et, bien entendu, des chaussures soigneusement choisies (Bouts carrés, Goodyear, Léopards). La mode venait certes d’ailleurs, mais les jeunes Kinois se l’appropriaient avec leur propre créativité. Ils lui donnaient une touche locale, une attitude, une démarche et surtout cette assurance qui faisait de la rue kinoise un véritable défilé de mode. À cette époque, paraître élégant n’était pas une affaire secondaire. C’était presque une manière d’exister.

 

Du "supana" au "retro"

Le pantalon "supana" était à l’opposé du pantalon entonnoir appelé "mulongosi", porté le plus souvent par les générations plus anciennes. Celui-ci était ample au niveau des cuisses, mais son bas allait en se rétrécissant jusqu’aux chevilles. Avec l’évolution des goûts vestimentaires, le "mulongosi" allait connaître une nouvelle jeunesse dans les années 1980. Il prit alors une ascendance considérable sur le  "supana" et finit par changer même d’appellation. Porté au sommet du style vestimentaire masculin, le pantalon entonnoir, désormais rebaptisé "retro", supplanta progressivement le "supana" et le relégua aux oubliettes. Ainsi, en l’espace d’une décennie, la silhouette masculine kinoise changea radicalement. À l’ampleur spectaculaire du "supana" succéda la ligne plus étroite du "retro". Chaque époque avait donc son pantalon, sa coupe, sa démarche et ses propres critères d’élégance.

 

Le peigne chaud, autre instrument de l’élégance

La recherche de l’élégance ne s’arrêtait d’ailleurs ni aux vêtements ni aux chaussures. La coiffure occupait également une place importante dans l’apparence masculine. Le peigne chaud, également appelé peigne chauffant, était alors un instrument bien connu. Il ressemblait à un peigne ordinaire, mais sa partie métallique était chauffée avant d’être passée dans les cheveux. Il servait principalement à lisser et à discipliner les cheveux crépus ou très bouclés. Il existait également des modèles électriques, mais autrefois, le peigne métallique était souvent chauffé directement sur une flamme.

Après son passage dans les cheveux, le peigne chauffant les rendait plus lisses, plus souples et plus faciles à coiffer. Mais cette élégance avait son ennemi : la pluie. Au contact de l’humidité, les cheveux lissés au peigne chaud perdaient progressivement leur aspect discipliné. Ils se mettaient à gonfler, à se recroqueviller et à reprendre leur texture naturelle. Pour celui qui venait de se faire coiffer, une averse pouvait donc suffire à ruiner en quelques minutes le travail accompli devant le miroir. Il fallait alors éviter la pluie comme on évitait tout ce qui pouvait compromettre une élégance soigneusement construite.

 

Une élégance masculine avant la SAPE

Bien avant que le mot "sapeur" ne devienne mondialement associé à l’élégance congolaise, les jeunes kinois avaient déjà leurs propres codes vestimentaires et esthétiques : une paire de "Goodyear", un pantalon "supana" puis "retro" et une chevelure soigneusement travaillée au peigne chauffant. Ces détails, qui peuvent paraître insignifiants aujourd’hui, permettent pourtant de ressusciter toute une époque. Ils racontent une jeunesse qui ne se contentait pas de suivre la mode : elle la transformait, l’adaptait et lui donnait une expression propre.

Dans les rues de Kinshasa et de Brazzaville, la musique, la danse, le vêtement, la chaussure et la coiffure participaient d’un même univers. L’apparence devenait un langage. La manière de marcher, la coupe du pantalon, la brillance du soulier ou encore la tenue de la coiffure permettaient de dire qui l’on était et, surtout, qui l’on voulait être.

Avant la grande explosion de la SAPE dans les années 1980, une culture de l’élégance existait donc déjà. Elle avait ses vedettes, ses modèles, ses codes et ses admirateurs. Le "Goodyear" aux pieds, le "supana" flottant autour des jambes et les cheveux soigneusement disciplinés au peigne chaud, le jeune élégant de Kinshasa entrait dans la rue comme sur une scène. À cette époque, l’élégance ne se portait pas seulement : elle se vivait.

Samuel Malonga

 

 

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C
Olala...toute une histoire avec les "good year"...j'ai mes photos de cette époque. Et à chaque fois que mes enfants les voient, ils sont par terre en rires...Nos pantalons à pattes d'éléphant étaient en tissus mohair ou gabardine...après les pattes d'éléphants, nous sommes en mode pantalon "ku mataku 40, ku malu 20". En matière matière des chaussures "Good year", c'est Kiamuangana, toujours dans ses extravagances qui avait la palme d'or...en effet, Wa zola nzimbu, c'était présenté à l'une des émissions de Kalonji Ngoy avec des "Good year" qui faisaient 30 cm de hauteur...sacré Verckys !!!<br /> <br /> Rd Congo, mboka ya Kiamuangana Mateta Verckys, ezali Libanga ya Talo...RIP Verckys, the Artist...<br /> <br /> Claude Kangudie.
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P
Je revois Verckys à la télé sur ces goodyear, chantant «Nayoki bakotongo ngai, Célina, se mpo olingaka ngai/Na tongo nalamuka makanisi, Célina, ngai mwana nakondi/…/Bayelaka yo na bamercedes eh/Célina, ngai ko pauvre malole eh eh/Bakolataka bakazaka milayi eh…». Mais, ce jour-là, ce ne sont pas seulement les goodyear qu’il exhibait. Il portait aussi une chemise que, disait-on, personne d’autre au Zaïre n’avait.
L
Bonjour à tous !!!<br /> <br /> il ne faut pas oublier aussi :<br /> <br /> - LES CHEVEUX DE JAMES BROWN vers les années 1974 , mais il n' était pas facile d'imiter avec une <br /> <br /> perruque , soit les produits AFRO (Trop chèr) , mais SAAK SAKUL du TRIO MADJESI avait bien<br /> <br /> RÉUSSI.Nous on se limitait seulement AU PEIGNE CHAUD décrit par SAM. <br /> <br /> - LA CHEMISE appelée « CINTRÉ » , une chemise très serée au corps<br /> <br /> - LE PRODUIT ASEPSO ,je ne sias si ce produit existe toujours pour eclaircir le visage.<br /> <br /> on devenir comme BAVON MARIE MARIE de Negros Succès soit KEMBO et LOBILO de Vita Club. <br /> <br /> Mais pour les hommes les parents ne nous laissaient pas libres. <br /> <br /> <br /> - LES BOTTES MOMBOMBO DE LITA BEMBO , des bottes militaires dont on ne fermait pas les lacets , <br /> <br /> le pantalon entrant dans les bottes mais sortant devant sans lacets.<br /> <br /> Nous fanatiques de STUKAS nous commencions à checher des bottes comme LITA BEMBO. <br /> <br /> Mais comme il s' agissait des botes militaires ça ne pouvait pas continuer puisque LITA BEMBO , <br /> <br /> BONGO WENDE , LOMINGO , JO ISSA et les autres de STUKAS étaient des <br /> <br /> VEDETTES. Nous fanatiques nous ne sommes pas des artiistes , la police militaire pouvait se révolter <br /> <br /> si tout le monde continuait à mettre.Puisqu' il fallait voler les bottes d'un papa militaire.<br /> <br /> <br /> il fallait quand même montrer aux femmes je suis un homme elegant d' une manière ou autre.<br /> <br /> Mais devenir trop elegant attirait aussi les femmes.Mais imiter les vedettes c' était pour les parents <br /> <br /> devenir un voyou. On avait des idées opposées.<br /> <br /> <br /> Ce article de Sam m'a fait revivre beaucoup des choses notre temps.<br /> <br /> <br /> LUSED
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P
En Angola, les souliers goodyear ont été surnommés «sapatos a Percy» parce que la première fois que les angolais ont vu ce type de souliers, c’est l’artiste américain Percy Sledge qui les portait. C’était en 1972 que Percy Sledge a débarqué à Luanda. Son classique «When a Man Loves a woman» était en vogue après environ six ans. L’artiste n’était pas grand de taille. Donc, le fait que des hommes d’1,90 m ont porté des goodyear montre à quel point la mode est aveugle. Que Marien Ngouabi et Omar Bongo aient porté ces souliers, ça se comprend. Maintenant, imaginez un Abdou Diouf en goodyear. Il y a eu une époque où les kinois portaient deux pantalons l’un sur l’autre dans la chaleur de 31ºC, parce que quelqu’un venu de l’hiver européen avait fait la même chose.<br /> <br /> Quand Percy Sledge est venu en Angola, il avait fait une tournée à Johannesbourg. En Afrique du Sud et en Namibie, les mêmes goodyear ont été portés par les jeunes gens jusqu’au début des années 80 quand Lionel Richie est apparu à la télé avec des souliers à semelles très minces. Tout d’un coup, les gens de petite taille n’avaient plus l’avantage que leur offraient les goodyear.
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