Une page de l’histoire des arts martiaux à Ndjili
L’image ci-dessous rappelle toute une époque, celle où les arts martiaux occupaient une place importante dans la vie des jeunes de Ndjili. Maître Hitachi et Maître Kawashi furent coéquipiers dans un karaté club au quartier 12 à Ndjili. Leur parcours, comme celui de Maître Tshiwara, mérite d’être raconté afin de préserver la mémoire de cette génération de pratiquants.
Maître Tshiwara était une personnalité particulièrement connue dans le milieu des arts martiaux à Ndjili. Physiquement impressionnant, il inspirait la crainte et imposait naturellement le respect. Sa réputation était également entourée de nombreuses histoires et de pratiques auxquelles certains attribuaient un caractère mystique ou fétichiste. Toutefois, contrairement à certaines rumeurs qui circulaient à son sujet, il ne rossait pas les gens. Sa force physique et son attitude suffisaient souvent à intimider ceux qui le côtoyaient.
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On racontait également qu’il était très strict dans l’attribution des ceintures noires et qu’aucune promotion ne pouvait, selon lui, se faire sans son accord. Ce tempérament autoritaire lui valut autant de respect que d’inimitiés. Sa disparition tragique donna lieu à de nombreux récits. Selon les témoignages de l’époque, son corps fut retrouvé et repêché dans la rivière Ndjili par un capitaine français du camp CETA, après des cérémonies et pratiques rituelles auxquelles certains témoins attribuaient une dimension magique. Cet épisode contribua encore davantage à entretenir le mystère qui entourait sa personnalité. Il convient également de rétablir un fait souvent mal rapporté. Tshiwara habitait au quartier 1 de Ndjili et entraînait feu Émile Lukezo au judo, et non au karaté.
Quant aux deux anciens compagnons du karaté club du quartier 12, leurs chemins les conduisirent vers des horizons différents. Hitachi devint capitaine dans l’armée et exerça également comme garde du corps auprès d’une famille de renom. Kawashi, pour sa part, partit à Mbuji-Mayi, où il travailla comme creuseur de diamants.
Aujourd’hui, cette photographie ne représente donc pas seulement trois maîtres d’arts martiaux. Elle constitue le témoignage d’une époque et d’une génération. Derrière les kimonos, les surnoms et les réputations parfois amplifiées par les récits populaires, il y avait surtout des hommes qui ont marqué, chacun à leur manière, l’histoire des arts martiaux à Ndjili.
Et pour ceux qui ont vécu cette époque et connu personnellement Hitachi, Kawashi ou Tshiwara, il importe que les souvenirs authentiques soient transmis. Car l’histoire ne se trouve pas uniquement dans les archives officielles. Elle vit aussi dans la mémoire de ceux qui y ont grandi, combattu, appris et partagé une partie de leur jeunesse.
Merci à Claude Kangudie, qui nous a envoyé cette photo et grâce à qui nous avons aussi pu recueillir des informations supplémentaires sur ces trois karatékas.
Samuel Malonga