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Publié par Samuel Malonga

 

Ce titre n’est pas celui d’un livre mais d’un super 45 tours. Son auteur est une grosse légume de la vie politique congolaise : Antoine Gizenga. Il surprend dans un registre où on ne l’attendait pas. Le politicien se transforme en artiste-musicien le temps d’un enregistrement. Dans ces mélodies qui sonnent comme des chants de réveil patriotique, il s’adresse à ses compatriotes Congolais de Kinshasa. Le fondateur du Palu n’écrit pas des mémoires mais plutôt des chansons pour déclamer son amour pour le Congo.  

L’album "Antoine Gizenga chante le Congo" contient deux titres par face, chantés en lingala, swahili, munu kutuba et français. Gizenga a lui-même écrit les paroles et la musique, a chanté et a joué la guitare.

 

 

 

Face A

Dans Congo moboti wa ngai, le lumumbiste Gizenga fait état de sa décision de sauver et de protéger la mère-patrie qui souffre. Qu’est-ce-que j’ai déjà fait pour toi Congo ? s’interroge-t-il.

Kesho nitakukanyaga, est la chanson où il s’en prend au néo-colonialiste qu’il qualifie de crapaud. Il estime en même temps que le jour où il va l’écraser est proche. Un vrai défi !

Face B

Congo, bwatu na kati ya mbonge rappelle curieusement la situation actuelle du pays qui sombre, pillé, endetté et qui ressemble à un bateau à la dérive. Gizenga fait allusion aux compatriotes morts, emprisonnés, chassés de leurs toits, à la débaptisation du pays. Il promet leur glorification, leur retour à la maison, leur libération. Le Congo retrouvera son nom d’antan, clame-t-il avec conviction.

Dans La vérité ne se cache jamais indéfiniment, il demande aux gens de ne pas mentir au risque de voir la vérité se retourner cruellement contre eux.

 

La pochette du disque en dit beaucoup sur le contenu et l’esprit qui a animé la conception et l’écriture des chansons. On y voit sur les deux faces un enfant criant, poignets entravés par derrière et pris par les cheveux par son bourreau dont on ne voit que la main. A côté de cette image choc est placé un cœur en flammes transpercé par une flèche et une lance avec la devise Pigano (combat), Amani (paix), Kazi (travail), sûrement celle de l’éphémère République Libre du Congo ou Congo-Stanleyville qu’il a dirigée au début des années 60..

 

Non référencé et sûrement produit en nombre limité, ce disque d’une extrême rareté est sorti sous le label Disques Wagram. Le single politique d’Antoine Gizenga porte le numéro AG 1 qui sont les initiales même de l’auteur-compositeur. Il est quasiment inconnu par les Congolais et n’a connu aucun retentissement au pays surtout qu’il est sorti sous le règne de Mobutu. Le super 45 tours a une valeur artistique et surtout politique dans la mesure où il recouvre l’idéal d’un homme qui a occupé des fonctions non moins importantes au Congo.

 

"Antoine Gizenga chante le Congo"  est sûrement sorti après 1971 car on y entend l’auteur fustiger le changement du nom du pays.. Dans un style qui rappelle la belle époque des années 50, l’artiste Gizenga étale ses talents de compositeur pour réveiller tant soit peu le nationalisme congolais embourbé dans les méandres du régime de Mobutu son ennemi juré.

Samuel Malonga

 

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Petit Bizet 06/08/2021 09:11

Pour que l'Histoire du peuple Kongo ne soit pas oubliée: https://www.discogs.com/fr/fr/release/19759978
Encore une fois, merci à Mbokamosika pour ce travail de fond !!!!

Claude Kangudie 05/08/2021 20:20

Dans les années '80, Antoine Gizenga nous avait fait un live avec une guitare sèche...de ses talents de guitariste. Y compris ce titre... Nous avions tout enregistré sur une cassette de l'époque. mais l'ami qui avait ladite cassette n'est plus de ce monde...donc cassette impossible à retrouver today...

RD Congo, mboka ya A. Gizenga ezali Libanga ya Talo...

Claude Kangudie.

Samuel Malonga 05/08/2021 13:29

Cher Blondé,
Difficile de dire pourquoi Gizenga a préféré entre au studio au lieu d'écrire un livre. Il s'est rattrapé sur le tard pour publier ses mémoires. En effet son, livre "Ma vie et mes luttes" est sorti en 2011.

Blondé 05/08/2021 10:57

Merci monsieur Samuel pour cette parution. Je me suis posé la question de savoir pourquoi un politicien peut décider de chanter ce qu'il ressent et pense là où généralement il écrit ou organise des meetings ? Est-ce la cruauté du régime d'antan qui l'a contraint ? J'ai beaucoup apprécié le style et la mélodie.