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Publié par Samuel Malonga

L’histoire de Sam Mangwana et de Jean-Paul Vangu, dit Guvano, ne se résume pas à leurs succès discographiques ni aux orchestres prestigieux auxquels leurs noms sont associés. Derrière leurs parcours se cachent des épisodes méconnus, des collaborations oubliées, des changements d’orientation artistique et des décisions qui ont profondément influencé leur trajectoire sans toujours apparaître dans les récits classiques consacrés à la rumba congolaise. Ce chapitre propose d’explorer ces aspects moins connus afin de mieux comprendre le parcours de deux artistes dont l’apport à la musique congolaise dépasse largement les faits les plus souvent rapportés.

 

En 1967, Sam Mangwana et Jean-Paul Vangu, plus connu sous le surnom de Guvano, se rencontrent au sein de l’African Fiesta National de Tabu Ley Rochereau. Le premier est un chanteur au timbre remarquable, déjà reconnu pour sa voix élégante et sa capacité à interpréter différents styles ; le second est un guitariste soliste virtuose dont le jeu contribue à enrichir l’identité musicale de l’orchestre. Une solide amitié naît entre les deux hommes, fondée sur une proximité artistique et une même volonté d’évolution.

En 1968, dans un contexte marqué par des tensions internes au sein de l’African Fiesta National, Sam Mangwana et Guvano quittent l’orchestre de Rochereau et participent à la création du Festival des Maquisards aux côtés d’autres anciens membres de la formation. Cette nouvelle aventure constitue une étape importante dans leur parcours, car elle traduit leur désir d’indépendance et leur volonté de construire une nouvelle orientation musicale. Cependant, malgré les ambitions initiales, le groupe connaît rapidement des difficultés internes et finit par se disloquer.

 

Après la fin du Festival des Maquisards, Sam Mangwana et Guvano poursuivent leur collaboration en créant le Festival de Sam et Guvano. Cette formation, née de leur association artistique, produit plusieurs titres parmi lesquels figurent notamment « Fiançailles » et d’autres enregistrements qui témoignent de leur créativité durant cette période. Pourtant, les tensions et les divergences qui apparaissent progressivement au sein du groupe conduisent à une nouvelle séparation. Pour la première fois depuis leur rencontre dans l’orchestre de Rochereau, les deux amis prennent des chemins différents.

En 1970, Sam Mangwana, désormais engagé dans une carrière plus personnelle, tente une première expérience en tant que chef d’orchestre. Souhaitant devenir son propre patron, il crée l’Orchestre Sam, une formation portant son propre nom. Cette initiative ne connaît cependant qu’une existence très brève et se limite à une unique séance d’enregistrement. Deux chansons composées par le chanteur, « Colette » et « Cadeau ya bolingo », constituent les seuls témoignages connus de cette expérience. Publiés sous le label Sonora, dont Sam Mangwana est propriétaire, ces titres représentent la première tentative de l’artiste de diriger un ensemble identifié à son nom.

 

Après cette courte expérience, Sam Mangwana adopte une autre approche. Contrairement à une idée largement répandue, il ne crée jamais un orchestre officiellement appelé « Festival de Sam ». Cette appellation est née d’une confusion avec le Festival de Sam et Guvano, formation qu’il avait dirigée avec Jean-Paul Vangu quelques années auparavant. Les disques publiés durant cette période portent simplement la mention « Sam Mangwana et son ensemble ».

Cette formule ne désigne pas un orchestre permanent, mais plutôt un regroupement de musiciens réunis selon les besoins des différents enregistrements. Sam Mangwana privilégie ainsi une grande liberté artistique, choisissant ses accompagnateurs en fonction des projets. Le guitariste Dino Vangu occupe une place importante dans cette période en accompagnant le chanteur sur plusieurs productions. Ce fonctionnement permet à Mangwana de développer un répertoire personnel marqué par des chansons devenues emblématiques comme « Monzele », « Affaire dimi », « Ekenge na  confiance », « Domingo », « Suka mokili », « La vie »,  « Sisika » ou encore « Bilinga linga ». Les thèmes abordés, souvent liés aux valeurs humaines, aux conseils de vie et aux relations sociales, contribuent à forger son image de "Moraliste" de la chanson congolaise. Cette distinction s'impose durablement dans sa carrière et contribue à façonner son identité artistique.

En novembre 1972, Sam Mangwana accepte l’invitation de Franco Luambo Makiadi et rejoint le T.P. O.K. Jazz. Son intégration dans l’un des orchestres les plus prestigieux de l’histoire de la musique congolaise met fin à cette période d’expérimentation indépendante et marque une nouvelle étape dans sa carrière. Le collectif de musiciens qui l’accompagnait depuis la disparition de l’Orchestre Sam cesse alors progressivement d’exister sous cette forme.

 

De son côté, Jean-Paul Vangu, dit Guvano, choisit également la voie de l’indépendance artistique. Après sa séparation avec Sam Mangwana, il souhaite affirmer son identité de chef d’orchestre et crée vers 1971 le Festival de Guvano. Cette nouvelle formation lui permet de réunir autour de lui plusieurs chanteurs et instrumentistes désireux de participer au renouvellement de la scène musicale kinoise.

Le Festival de Guvano s’inscrit dans la continuité des grandes traditions orchestrales congolaises tout en intégrant les nouvelles tendances qui apparaissent au début des années 1970. Son répertoire mêle la rumba classique et les rythmes plus rapides qui annoncent l’évolution vers le soukous. L’orchestre laisse plusieurs témoignages discographiques, notamment sous le label Sagitta, avec des titres comme « Allah Élodie » interprété par Tino, « Ya ngai na yo benda bika » et « Mobembo mopaya » composés par Pierrot Pascal, « Nani babota ye na la vie » et « Tosa tolingana » signés Guvano, ainsi que « Malgré 2 millions » d’Aimé.

Contrairement à ce qui est parfois affirmé, le Festival de Guvano ne disparaît pas après cette première période. L'orchestre change simplement d'appellation pour devenir Dua, nom sous lequel il est désormais passé à la postérité dans l'histoire de la rumba congolaise. La date et les circonstances exactes de cette nouvelle dénomination demeurent inconnues, faute de documents suffisamment précis. Toutefois, aucun élément ne permet aujourd'hui de conclure qu'il s'agissait de deux formations distinctes. La continuité de la direction assurée par Guvano et la succession des enregistrements conduisent au contraire à considérer le Festival de Guvano et Dua comme les deux appellations successives d'un seul et même orchestre.

Cette évolution s'inscrit dans une pratique courante de la musique congolaise des années 1970, au cours de laquelle de nombreux orchestres changent de nom à la faveur de restructurations internes, de nouvelles orientations artistiques ou de choix liés à leur production discographique. Sous son nouveau nom, Dua poursuit ainsi l'œuvre entreprise par Guvano tout en conservant l'identité musicale forgée durant la période du Festival de Guvano.

L’orchestre Dua apparaît ainsi comme la continuité directe du Festival de Guvano. Placée sous la direction de Jean-Paul Vangu Diakanua, cette formation réunit plusieurs musiciens appelés à connaître une brillante carrière. Parmi eux figurent notamment les chanteurs Jean Bialu Madilu, Aimé Kiwakana et Bozi Boziana, ainsi que Makosso à la guitare rythmique, Edi Mabungu à la guitare mi-solo, Kurayum à la basse et Danila à la guitare solo. Malgré la qualité de ses membres, Dua connaît une existence relativement courte et laisse une production discographique limitée. Il demeure néanmoins une étape importante dans le parcours de Guvano et un témoignage du dynamisme de la scène musicale congolaise du début des années 1970.

 

L’histoire parallèle de Sam Mangwana et de Guvano illustre ainsi une réalité essentielle de la rumba congolaise. Derrière les grands noms et les orchestres célèbres existent des expériences moins connues, des formations éphémères et des choix artistiques qui contribuent pourtant à façonner l’évolution de cette musique. Sam Mangwana a choisi la voie de la liberté artistique et des collaborations multiples ; Guvano, celle de la direction orchestrale et de la construction d’une identité propre. Deux trajectoires différentes, mais liées par une même ambition : enrichir et renouveler la musique congolaise.

Samuel Malonga

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S
Je pense qu'il est important de distinguer les faits établis des appellations qui se sont imposées par la tradition orale.
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S
Cher Tabaro,<br /> J'ai apporté la preuve matérielle de l'existence de l'orchestre Sam grâce à un document discographique. Il s'agissait certes d'un groupe de courte durée, un nzonzing selon votre expression, mais son existence ne fait désormais plus de doute puisqu'elle est attestée par un disque.<br /> <br /> En revanche, je n'ai trouvé, à ce jour, aucun document discographique prouvant l'existence d'un orchestre officiellement dénommé Festival de Sam. Toutes les chansons de cette période, y compris « Bilinga-linga », ont été publiées sous la mention « Sam Mangwana et son ensemble ». Cette appellation figure clairement sur les étiquettes des disques et constitue, en histoire de la musique, une source primaire dont la valeur probante est supérieure aux témoignages recueillis plusieurs décennies après les faits.<br /> <br /> J'ai suivi avec beaucoup d'intérêt les interviews de Dino Vangu. Il emploie régulièrement l'expression « Festival de Sam ». Cependant, un témoignage oral, aussi précieux soit-il, ne peut à lui seul prévaloir sur une source contemporaine des événements lorsqu'aucun document ne vient le corroborer. Or, malgré de nombreuses recherches, je n'ai découvert aucun disque ni aucun document d'époque portant officiellement le nom Festival de Sam.<br /> <br /> Si un tel document existe, je serais sincèrement heureux de le découvrir. Une simple photographie d'un disque suffirait à lever définitivement toute ambiguïté. En l'état actuel des sources disponibles, rien ne permet d'affirmer que Festival de Sam était la dénomination officielle de l'ensemble.<br /> Cette interrogation est d'autant plus légitime que l'histoire de Festival des Maquisards montre que les appellations utilisées autour de Sam Mangwana n'étaient pas toujours celles que les musiciens croyaient être celles de leur orchestre. On sait en effet que plusieurs d'entre eux furent surpris de découvrir sur les disques la mention « Sam et Guvano accompagnés par l'orchestre Festival des Maquisards », alors qu'ils pensaient appartenir à un orchestre portant simplement le nom Festival des Maquisards. Cet épisode démontre qu'il convient d'être prudent lorsqu'on reconstitue l'histoire de ces formations.<br /> Il convient également de rappeler que plusieurs ensembles congolais ont laissé une production discographique sans avoir développé une véritable activité de scène. Des formations comme Mamaki, Les As ou Mamumay en sont de bons exemples. L'absence de concerts ne remet donc nullement en cause l'existence d'un groupe enregistré.<br /> <br /> Enfin, les documents dont nous disposons montrent que l'orchestre Sam est antérieur à « Sam Mangwana et son ensemble », appellation que certains identifient aujourd'hui au Festival de Sam. Cette chronologie mérite d'être prise en considération afin d'éviter toute confusion entre une appellation rétrospective et la dénomination officiellement utilisée au moment des enregistrements.<br /> <br /> En matière de recherche historique, la règle demeure simple : une affirmation doit pouvoir être étayée par une source. Tant qu'aucun document d'époque ne démontre l'existence officielle d'un orchestre dénommé Festival de Sam, il est plus rigoureux de parler de « Sam Mangwana et son ensemble », seule appellation actuellement attestée par les sources discographiques.
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J
Merci à Samuel Malonga pour cet article édifiant. Je vous remercie personnellement. Je vous adresse ma gratitude et une considération personnelle car je vous lis trop souvent et vos articles me permettent de compléter mes recherches sur cette époque de la musique congolaise moderne. En revanche, si je ne me trompe pas l'orchestre Festival de SAM a bel et bien existé. Dino Vangu me l'avait souligné lors de mon interview avec lui en 1998 chez lui à Etampes en région parisienne. L 'orchestre dont vous présentez la photo est bel et bien un orchestre structuré et portant le nom de FESTIVAL DE SAM et non Orchestre SAM. L'orchestre SAM n'a jamais existé. C'est après l'échec de l'orchestre Festival de SAM à la suite d'un manque d'équipement musical que Sam Mangwana va réaliser des nzonzing sous cette appellation Orchestre Sam et ou Orchestre Beya Maduma. Les chansons Mobangu, Monzele sont des réalisations issues des nzonzings. Sam Mangwana qui est l'éditeur écrit tout simplement Orchestre SAM. Mais en réalité l'orchestre SAM n'a jamais existé !!! Avec quels musiciens et quel équipement musical ????
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P
1. Je remarque, pour la première fois, qu’il n’y a pas de cuivres dans la chanson Bilinga-linga — chose rare à cette époque-là. Puisqu’il y a des souffles dans Chérie Vicky, faut-il conclure qu’il s’agit d’une démarche délibérée (Il n’ y aura pas de saxo, trombone ou trompette dans cette chanson) ?<br /> <br /> 2. Je crois que Faugus réclame la «découverte» de Madilu. Je me demande donc s’il a été avec Faugus avant d’intégrer l’ensemble de Guvano.<br /> <br /> 3. J'aime beaucoup le fait que cet article précise les dates. Puisque les ensembles étaient souvent éphémères, j'ai de la peine à situer ce qui s'est passé dans la rumba congolaise au même moment qu'un autre évènement. J'ai récemment suivi un entretien avec Wuta Mayi sur la chaîne Congo Mosika, et j'ai senti que, justement, l'animateur et Muta Mayi avaient parfois des difficultés à situer quand exactement une certaine chanson des Grands Maquisards avait cartonné et au même moment ou non avec une certaine chanson de Bella Bella, par exemple. Et c'est ce type de questions que je me pose de temps en temps.
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J
A propos du pseudonyme MADILU. Au départ lorsque le guitariste Chiko Mawatu rencontre Madilu au sein de l'orchestre Super Mabaku de la commune de Bandalungwa, Jean Bialu est connu sous le pseudonyme de Jean Fauvette ou Fauvetta. C'est après cette épisode de sa vie qu'il va rejoindre l'orchestre Dua de Guvano sous le pseudonyme de Jean Fauvetta. Il devient Madilu au sein de l'orchestre African Fiesta Populaire de Faugus Izeïdi en 1972. Ce n'est pas Faugus qui le baptise ainsi. C'est lui même Madilu qui orthographie mal le surnom de Mahdi que Faugus lui a proposé. Il écrit MADILU au lieu de Mahdi. Juste un simple hasard. Personne ne peut donc s'approprié la paternité du pseudonyme MADILU.
S
Oui, on peut raisonnablement penser qu'il s'agit d'un choix délibéré. Le recours aux cuivres n'était pas systématique dans toutes les chansons. Les musiciens adaptaient l'orchestration en fonction de l'atmosphère recherchée et de l'effet musical souhaité. La présence de cuivres dans « Chérie Vicky » et leur absence dans « Bilinga-linga » laissent penser que les arrangeurs ont volontairement privilégié, pour cette dernière, une texture sonore plus épurée, centrée sur les voix, les guitares et la section rythmique.<br /> <br /> Il ne s'agit d'ailleurs pas d'un cas isolé. Plusieurs orchestres disposant pourtant d'une section de cuivres ont enregistré des morceaux sans faire intervenir les souffleurs. Ainsi, dans « Oyasela », composé dans l'Afrisa par Deyesse Empompo, lui-même saxophoniste, l'orchestration ne fait appel ni au saxophone, ni à la trompette. Cette absence est d'autant plus significative qu'elle ne peut être attribuée à un manque d'instrumentistes. Elle traduit plutôt une volonté de privilégier une couleur sonore particulière, en fonction des exigences de la composition ou de l'arrangement. L'absence de cuivres relevait donc davantage d'un choix artistique que d'une contrainte instrumentale.