YUDASI
YUDASI
Et Dieu créa l’homme
De l’homme est venue la femme
C’était l’histoire d’Adam et Eve dans le jardin d’Eden
C’était le bonheur, puis vint la trahison…
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Voici les premiers vers de la chanson Eden de Théo Blaise Kounkou. Chaque fois que nous pensons à la création, nous ne voyons que le concret : après la nature morte et les monocellulaires, les poissons, les amphibiens, les reptiles, les oiseaux, les mammifères et l’humain. Ce qui ne nous vient pas à l’esprit, c’est l’abstrait. C’est ce que cette chanson nous rappelle : les concepts abstraits ont aussi été créés. D’abord le bonheur, puis, automatiquement, la trahison.
C’est ici qu’entre en scène Pépé Felly : Moto akobotamaka na motema ya boboto/Bapasi pe monyokoli ekomisi ye Yudasi. Ma traduction tendancieuse : L’être humain naît avec un cœur pur/Les souffrances et tribulations font de lui un traître. La célèbre citation du pédagogue romantique dit : « L’homme naît bon ; c’est la société qui le corrompt ». D’abord, n’oublions pas que le contraire de «bon» est «méchant». Donc, dans sa genèse des abstraits, Théo Blaise aurait bien fait de parler de «méchanceté» juste après «bonheur», quoique le bonheur ne soit pas la bonté.
Revenons un peu au verbe «naître» (kobótama). Théo Blaise parle d’Adam et Eve, qui ne sont pas nés. L’un a été créé de la boue, c’est-à-dire, de l’argile solide mélangé avec un peu d’eau (liquide) ; l’autre a été créée à partir d’une partie de l’anatomie de celui-là. Voilà pourquoi, s’adressant à cette fille de Ouagadougou, Pépé Kallé dit : «Adjatou, tu es l’os de mes os (solide) [et] le sang qui coule dans mes veines (liquide)» (Genèse 2,23).
Adam et Eve ne sont donc pas nés. Le premier être humain qui est né fut cet exploitant rural qui a tué son frère. Soyons sérieux (comme dirait le guide suprême). Donc le premier être humain qui est né était déjà violent. Si Jean-Jacques Rousseau et Pépé Felly disent que l’homme naît bon, quelle est cette société qui l’a rendu méchant, jaloux, traître, si, comme dit quelqu’un sur YouTube, quand il n’y avait que quatre personnes sur terre, la troisième personne (qui est, en fait, la première qui est née) a tué la quatrième ?
Selon ce gars sur YouTube, l’être humain n’a rien à se féliciter, puisque nous ne sommes même pas parvenus à aller au-delà de la troisième personne pour nous jeter dans la violence. Vingt-cinq pour cent des humains avaient déjà assassiné l’autre vingt-cinq pour cent. Ce n’est pas une minorité, parce que, dans une élection à un seul tour et une multitude de candidats, celui qui est déclaré vainqueur peut avoir obtenu ce pourcentage. Remarquons aussi que la trahison à laquelle Théo Blaise fait allusion s’est produite avant la naissance de l’exploitant rural. La punition du Créateur fut prononcé à l’homme créé et pas à l’homme né : Adamo, Adamo, awa osili koliya mbuma/Keba mwana na ngai/Awa obebisi ya ngai ekila/Na bakitani na bino/…/Na motoki nde ozwi lifuta (Pépé Kallé).
Maintenant, penchons-nous sur bapasi pe monyokoli dont parle Pépé Felly. C’est vrai que la malédiction prononcée par le Créateur a condamné les descendants des créés à trouver à manger dans la sueur de leur front. Quelles sont donc ces souffrances ? La domestication des graines et des plantes sauvages pour l’agriculture (le troisième être humain qui est le premier né) et la domestication des animaux sauvages pour l’élevage (le quatrième être humain que le troisième a assassiné) devraient être des activités intéressantes et non des punitions. Pourquoi est-ce que le seul «bonheur» de Théo Blaise doit être la cueillette, qui n’est pas un métier ? Remarquons aussi que la chasse ne peut pas avoir été une activité dans le jardin d’Eden, parce que les mammifères carnivores n’étaient pas encore des carnivores, puisqu’ils n’attaquaient pas encore les herbivores. Parmi les invertébrés, les araignées ne chassaient pas encore les insectes. Sinon ce ne serait pas le bonheur. Eden était un paradis, et dans un paradis, comme dit Lutumba, il n’y a pas de casiers de primus. C’est-à-dire, personne n’a soif et personne n’a faim. Voilà pourquoi personne n’a besoin de chasser l’autre, ni les humains, ni les animaux.
PEDRO