Overblog Tous les blogs Top blogs Musique & Divertissements Tous les blogs Musique & Divertissements
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Archives

Publié par Samuel Malonga

Alors que l’année 2025 touche à sa fin, le mois de décembre s’est imposé comme un condensé des tensions, des espoirs et des paradoxes qui traversent le Congo et l’Afrique en général. Ce n’est pas seulement la clôture d’un calendrier. C’est une période où l’histoire semble se pencher sur l’actualité pour en éclairer les plis cachés. Décembre a toujours une résonance particulière chez nous. C’est le mois des bilans, des rassemblements familiaux, des vieux disques que l’on ressort, des récits que l’on revisite. Mais en 2025, ce mois déjà lourd de symboles a été amplifié par trois dynamiques entremêlées : les secousses politiques sur le continent, les pertes culturelles, et la quête urgente de réappropriation historique.

La saison des pluies a été particulièrement meurtrière. Entre avril et juin 2025, de fortes pluies se sont abattues sur plusieurs provinces, provoquant d’immenses dégâts matériels et de lourdes pertes humaines. Des quartiers entiers ont été dévastés, des familles se sont retrouvées sans abri, livrées à elles-mêmes faute d’une assistance gouvernementale suffisante. À Kinshasa, la politique de destruction des habitations construites de manière anarchique menée par le gouverneur a ajouté un drame au drame. L’acte administratif a devancé la nécessaire prise en charge humaine qui aurait dû l’accompagner. Beaucoup se sont retrouvés soudainement sans domicile, leurs maigres biens réduits à rien, les larmes pour seule consolation.

 

Sur le plan diplomatique, l’accord de paix signé le 27 juin 2025 à Washington entre la République démocratique du Congo et le Rwanda aurait dû ouvrir une nouvelle ère. Un traité destiné à mettre fin à un conflit qui empoisonne la région depuis trop longtemps. Puis, le 15 novembre 2025, un nouvel accord-cadre a été signé à Doha entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23, sous médiation qatarie.

Enfin, le 4 décembre, de nouveau à Washington, les présidents congolais et rwandais ont signé un nouvel accord qui n’a été qu’un papier inutilement paraphé. Il a rappelé les nombreux accords célébrés sous les flashs des caméras mais qui, sur le terrain, n’ont jamais changé la donne : aussitôt signés, aussitôt violés.

Le sang des millions de Congolais n’émeut guère l’humanité, car la vie d’un Congolais ne vaut rien aux yeux du monde. La gourmandise des pillards des minerais se moque de ces Congolais désorganisés, incapables eux-mêmes de mettre de l’ordre dans un pays déboussolé. Hier, c’était le Rwanda qui réclamait le Kivu. Aujourd’hui, sans le moindre scrupule, c’est l’Ouganda qui revendique à son tour l’Ituri.

Le mois de novembre a également été marqué par une tragédie sociale d’une brutalité silencieuse : l’effondrement d’une mine artisanale à Kolwezi, entraînant la mort d’une trentaine de mineurs. Trente vies ensevelies dans les entrailles de la terre, dans ces galeries précaires où chaque jour de travail est une lutte contre la fatalité. Ces hommes, parfois pères de famille, parfois encore presque des enfants, travaillaient dans l’ombre du cobalt, ce métal qui alimente la technologie mondiale mais continue de broyer des existences. Ce drame, très vite englouti par le tourbillon des réseaux sociaux, a rappelé la face cachée de la prospérité minière congolaise : une richesse géologique qui demeure une profonde malédiction humaine.

Sur le continent, les coups d’État successifs à Madagascar et en Guinée-Bissau ont mis en lumière la fragilité persistante des systèmes politiques africains. Deux contextes éloignés, deux histoires distinctes, mais un même symptôme : l’épuisement des institutions, incapables de contenir les rivalités internes, la corruption ou la lassitude populaire. Au Bénin, un coup d’Etat militaire a été déjoué. La France et la CEDEAO ont rétabli Patrice Talon dans son fauteuil. En RDC, ces événements ont ravivé les inquiétudes quant au rôle de l’armée et la nécessité de repenser le contrat social. Décembre n’a offert aucun répit. Il a agi tel un miroir impitoyable.

 

Dans le même temps, ce dernier mois de l’année a été marqué par un regain d’intérêt pour les archives, les mémoires effacées et les figures oubliées. De nombreux jeunes chercheurs, blogueurs et passionnés se tournent vers des plateformes comme Mbokamosika pour retrouver ce qui a été dispersé, caché ou volontairement étouffé. Comme si, à la veille d’une nouvelle année, le pays se souvenait enfin que l’avenir ne peut se construire qu’en reprenant possession de son passé.

L’atmosphère de fin d’année a été imprégnée d’une question lancinante : où allons-nous ? Les défis sociaux, de la vie chère aux tensions communautaires, ont donné à décembre un ton grave, presque mélancolique. Mais malgré tout, dans les rues, sur les marchés, dans les veillées, on percevait cette résilience propre au peuple congolais, cette force qui permet d’absorber les secousses, de se relever encore et encore. Le Congo est un pays qui a appris à se souvenir pour mieux se projeter.

Ainsi, décembre 2025 n’a pas seulement refermé l’année. Il a rappelé que notre histoire est un outil de compréhension et un bouclier contre le chaos. L’année 2026 s’ouvrira avec les mêmes défis, certes, mais aussi avec les mêmes ressources : notre mémoire, notre créativité, et cette capacité farouche à refuser que les vents du monde décident seuls de notre destin.

Samuel Malonga

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
A
On a vraiment touché le fond !<br /> La question est maintenant de savoir si une remontée est possible ou c'est carrément une lente désintégration qui nous attend !
Répondre
M
Bonjour Sam,<br /> Bonjour toutes et tous les Mbokatiers!<br /> Tout est dit pour cette année 2025 qui se termine comme elle a commencé.<br /> Par des drames!!!!<br /> Par contre,la photo pour illustré votre article montre combien la RDCongo est dépassé par ce qu'il vit,<br /> ce n'est plus les aumôniers de jadis qui bénissaient les troupes,maintenant les bibles ont remplacés les Kalachnikovs sur les champs de batailles;<br /> QUEL MBOKA!?<br /> Salut patriotique à toutes et à tous.<br /> Bonne année 2026!
Répondre