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Publié par Samuel Malonga

En République démocratique du Congo, les hommes politiques ont toujours su inventer des slogans et concepts pour consolider leur place au sein du pouvoir, entretenir leur image ou flatter le chef de l'État. De Mobutu à Félix Tshisekedi, les régimes successifs ont vu naître des formules politiciennes qui ont marqué les esprits et parfois même dicté le tempo politique. Ces expressions, souvent simples et percutantes, sont des instruments de fidélisation, de propagande ou d’autojustification.

Sous Mobutu Sese Seko, le maréchal s’était entouré d’un cercle d’hommes acquis à sa cause, dont le principal souci était de préserver leurs privilèges. Pendant plus de trente ans, certaines figures sont devenues les visages inamovibles de la scène publique congolaise, survivant à tous les régimes, consolidant ainsi une classe politique enracinée dans la rente du pouvoir et l’opportunisme. Parmi les slogans les plus emblématiques de cette logique politicienne, on peut citer :

"Mobutu, cent ans tumutombele" : une formule popularisée par les partisans du maréchal pour exprimer leur loyauté aveugle. Le mot tumutombele, en kikongo, renvoie à l’idée qu’on n’est pas encore rassasié de Mobutu, qu’on en veut encore car il peut rester cent ans à la tête de l’Etat. Le pouvoir était présenté comme un festin dont seuls les initiés pouvaient se régaler, au détriment du peuple.

"Kabila, tolembi yo nanu te" : sous Joseph Kabila, ce slogan servait à balayer les critiques contre sa longévité au pouvoir. Il signifie littéralement : "Kabila, nous ne sommes pas encore lassés de toi", une manière de rejeter les appels à l’alternance démocratique et de légitimer le maintien du régime.

"Fatshi aza nanu" : avec Félix Tshisekedi, cette formule elliptique est devenue courante parmi ses partisans. Elle signifie "Fatshi est encore là" ou "ce n’est pas encore fini pour Fatshi", une façon de préparer les esprits à sa reconduction au pouvoir, malgré les controverses et les frustrations populaires.

Ces slogans révèlent un rapport particulier au pouvoir, où la fidélité personnelle au chef prime sur toute idéologie ou vision de gouvernance. Le langage politique devient un outil de manipulation symbolique, de mobilisation émotionnelle, mais aussi de verrouillage du débat démocratique.

Dans ce système, le peuple est souvent relégué au rôle de spectateur. Les acteurs politiques, eux, perfectionnent l’art de durer, de s’adapter, de s’aligner. L’ancien, le nouveau et l’opportuniste ne font souvent qu’un.

Figures du recyclage politique en RDC

Le paysage politique congolais est marqué par une remarquable capacité de ses acteurs à traverser les régimes sans jamais disparaître complètement. Ce phénomène, souvent désigné par le terme de recyclage politique, reflète une culture de la continuité personnelle au détriment de la rupture institutionnelle. Le pouvoir change de visage, mais rarement de cercle. Leur trajectoire est révélatrice de l’art de la reconversion politique permanente, dans un système où l’idéologie importe moins que la proximité avec la mangeoire

Des hommes comme Christophe Mboso (83 ans), Kin Kiey Mulumba (76 ans) ou encore Lambert Mende (72 ans), ont servi successivement plusieurs présidents, parfois même en changeant ostensiblement de discours et d’orientation politique. Ces trajectoires ne relèvent pas d’un attachement idéologique cohérent, mais plutôt d’une maîtrise des rapports de force, d’un sens aigu de la survie politique et d’un art consommé de l’alignement stratégique.

Mboso, président de l’Assemblée nationale sous Félix Tshisekedi, a pourtant été un cadre du MPR sous Mobutu, puis un allié de Kabila. Kin Kiey, dernier ministre de l’Information de Mobutu puis tour à tour chantre de l’espoir kabiliste puis soutien opportun du camp Fatshi, s’est illustré par ses retournements spectaculaires. Quant à Lambert Mende, ancien porte-parole inflexible de Joseph Kabila, il reste influent malgré ses défaites électorales récentes, toujours présent dans les débats et les tractations. Ce recyclage s’appuie sur plusieurs mécanismes :

L’absence de renouvellement générationnel : les jeunes leaders politiques sont marginalisés, parfois cooptés pour leur silence, rarement formés à prendre la relève. Le système fonctionne sur la conservation, non sur le passage de témoin.

La logique clientéliste : les réseaux personnels, tribaux, religieux ou économiques priment sur les programmes politiques. Ceux qui maîtrisent ces réseaux gardent leur place.

Le brouillage idéologique : les partis changent de nom ou de coalition selon les circonstances. Ce flou permet aux mêmes figures d’apparaître toujours sous un jour nouveau sans jamais être inquiétées par le jugement du passé.

La gestion verticale du pouvoir : en l’absence d’alternance locale crédible, les hommes de pouvoir se recyclent par des nominations, des alliances ponctuelles, ou des réapparitions médiatiques contrôlées.

Le recyclage politique est ainsi devenu une spécialité congolaise, au même titre que les formules creuses ou les tournées de « consultations populaires ». Il maintient une élite inchangée, parfois fatiguée, mais toujours active dans le contrôle des ressources et de la parole publique.

Cette dynamique empêche l’émergence d’une culture de responsabilité. Elle produit une fatigue citoyenne, un scepticisme profond à l’égard des institutions, et nourrit l’idée que le changement réel n’est qu’un décor de façade.

L’émergence de nouveaux concepts : la jeunesse politique et les mouvements citoyens

Face à une classe politique vieillissante et inamovible, souvent perçue comme compromise, une nouvelle génération congolaise doit tenter de redéfinir les règles du jeu. Étudiants, activistes, artistes, blogueurs ou jeunes élus : nombreux sont ceux qui rejettent les slogans figés du passé. Ils doivent proposer un langage nouveau, porteur d’une critique frontale du système et d’une aspiration à la transformation.

Ces acteurs ne disposeront pas toujours des moyens de l’appareil d’État, mais leur influence se mesurera dans la rue, sur les réseaux sociaux et dans les consciences. Ils doivent faire émerger de nouveaux concepts, qui rompent avec les logiques de la mangeoire, du culte du chef ou du recyclage infini.

Ces concepts s’inscriront dans une nouvelle grammaire politique congolaise : plus directe, plus sarcastique, parfois brutale, mais enracinée dans une volonté de rupture. Ils reflèteront aussi une réappropriation du lingala comme langue de contestation, après avoir longtemps servi à la propagande des élites.

La montée en puissance de ces slogans s'accompagnera de nouvelles formes d’engagement : vidéos virales, performances artistiques, marches pacifiques, actions de désobéissance civile. Les jeunes doivent créer leurs propres canaux d’expression.

Mais ce réveil se heurte encore à de nombreux obstacles : répression, récupération par les partis traditionnels, faible accès aux ressources, précarité économique. De plus, le fossé entre les générations politiques reste profond et la transmission du flambeau n’est pas garantie.

Pourtant, la sève d’un renouveau est là, et ces concepts montreront que la pensée politique congolaise ne se limite plus aux cercles du pouvoir. Elle vit aussi dans les quartiers, sur les murs, dans les chansons et les prises de parole spontanées.

Samuel Malonga

 

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S
Brillant...
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