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Publié par Samuel Malonga

Nous avons imaginé une scène pour tenter de reconstituer ce qui s’était passé la veille du 30 juin 1960. Les leaders des différents partis politiques qui deviendront. les futurs dirigeants congolais s’étaient rencontrés pour parler de l’avenir du pays. Les plus en vue étaient Kasa-Vubu, Lumumba, Tshombe, Kalonji, Bolikango et Mobutu.

Nous avions tenté d’écrire de façon romancée cette rencontre politique où les divergences de fond se faisaient déjà voir. Ce que vous allez lire n’est pas une réalité mais une fiction.

 

Le vent de l’indépendance soufflait sur Léopoldville comme une tempête retenue trop longtemps. Dans les ruelles, les enfants chantaient des refrains de liberté, sans comprendre que leurs aînés s’apprêtaient à s’entre-déchirer.

Au premier étage d’un petit immeuble poussiéreux, un groupe d’hommes s’était réuni. Lumumba, nerveux, passait d’un coin à l’autre de la pièce. Sa voix était grave, vibrante. Il ne dormait plus. Depuis des semaines, il préparait son discours du 30 juin. Il voulait que le monde sache. Que le Congo ne serait pas un dominion, mais une nation libre.

— Ils veulent nous imposer un roi blanc, tonna-t-il. Un roi sans trône, tapi dans les coulisses de l’Union Minière !

Kalonji, plus calme, l'observait en silence. Il portait un boubou aux couleurs du Kasaï.

— Et toi, Patrice, veux-tu gouverner un peuple que tu ne connais qu’en slogans ? Mon peuple réclame ses rois. Pas ton centralisme de Léopoldville.

Tshombe, tout en costume occidental, souffla en riant :

— Le Katanga ne sera pas le tiroir-caisse de vos utopies, Patrice. Nous avons des routes, des écoles, des contrats. Nous avons des intérêts.

Kasa-Vubu, jusque-là silencieux, releva la tête. Son regard était las mais ferme.

— Ce pays a besoin d’unité, pas d’un nouveau chaos. Patrice, ton discours enflamme, mais après les mots, il faudra gouverner. Et je ne signerai pas un chèque en blanc pour une révolution sans plan.

— Ce que tu appelles chaos, rétorqua Lumumba, c’est l’écho de siècles de silence. Nous avons été bâillonnés. Aujourd’hui, nous parlons.

Jean Bolikango, assis à l’écart, tapota nerveusement sa canne contre le sol. Son élégance n’effaçait pas sa frustration.

— Et les Bangala, alors ? cria-t-il soudain. Pensez-vous que notre loyauté se marchande ? Je vous ai vus courir après les Belges pour un poste. Vous n'avez rien promis à notre peuple. Rien ! Vous jouez vos provinces, vos partis, et vous oubliez l’essentiel : l’équilibre ! La coalition ou la fracture !

Un silence tendu s’abattit sur la pièce. Dans un coin, Mobutu écoutait sans parler. En uniforme impeccable, il notait. Toujours entre deux hommes, toujours silencieux, toujours calculateur. Il savait que l’heure viendrait. Qu’il faudrait un arbitre. Un sabre entre les tribuns.

Le lendemain, sur la place des festivités, Lumumba brisa le silence officiel. Il parla au peuple, pas aux colons. Il parla de chaînes, de sang, de liberté arrachée. Les visages des Belges se crispèrent. Kasa-Vubu, lui, serra les dents. Il avait espéré une cérémonie. Il eut un séisme. Bolikango, depuis la tribune, ne dit rien. Mais dans ses yeux brillait déjà le feu d’une autre lutte, celle des alliances oubliées et des ambitions à venir.

Quelques semaines plus tard, les provinces se déchiraient. Le Sud-Kasaï se séparait. Le Katanga faisait sécession. Le gouvernement explosait. Et Mobutu, avec l’élégance froide d’un faucon, trancha dans le tumulte. L'indépendance avait été proclamée. Mais la liberté, elle, attendrait encore bien des années.

Samuel Malonga

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S
Erreur monumentale. Mobutu n'etait pas un interocuteur politique mais juste le secretaire de Lumumba. Il etait deja acquis a la cause des imperialistes. Qui du peuple Congolais a pleure le depart de Mobutu en 1997? Juste les gens qui dependez de lui..<br /> Pour moi, c' est un personnage triste, morbide, egocentrique, egoiste, tribaliste et megalomaniaque qui a tue tout un grand peuple. Tous ses actes grandioses ont mal finis. <br /> Un monsieur qui a maudit son peuple.
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S
Mobutu est passé du secrétariat d'Etat au commandement de l'ANC. Cette dernière carte lui a permis de jouer un rôle important dans les affaires du Congo. En 1960, après avoir neutralisé Kasa-Vubu et Lumumba, il a initié les commissaires généraux. En 1965, il a pris le pouvoir avec l'aide de la CIA. Et nous connaissons tous la suite. Notons que c'est Lumumba lui-même qui l'avait nommé chef d'etat-major, passant directement du grade de sergent à celui de colonel..