Attentat contre le bar congolais Wangata à Bruxelles
En 1963, alors que la communauté congolaise tente de s'organiser en Belgique dans le contexte troublé de l'après-indépendance du Congo, un acte de violence spectaculaire vient semer la peur au sein de la diaspora africaine établie à Bruxelles. À quelques pas de la très fréquentée Rue Neuve, dans la discrète et habituellement paisible rue aux Choux (Koolstraat), le bar-restaurant africain Wangata est la cible d'un attentat à la grenade qui marque durablement les esprits.
L'établissement, tenu par Willy, un métis congolais ayant exercé les fonctions de commissaire au Congo avant de s'installer en Belgique, constitue alors l'un des principaux lieux de rencontre des Congolais vivant dans la capitale belge. On s'y retrouve pour partager un repas, écouter de la musique, échanger des nouvelles du pays et débattre des événements politiques qui secouent le jeune État congolais. Le Wangata est bien davantage qu'un simple restaurant. Il représente un espace de convivialité, de solidarité et de cohésion pour une communauté confrontée à l'exil et aux incertitudes de l'époque.
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L'attaque survient alors que l'établissement accueille de nombreux clients. Une grenade est lancée à l'intérieur du restaurant, provoquant une violente déflagration. L'explosion éventre la devanture, souffle les vitrines et projette des éclats dans toutes les directions. Le mobilier est détruit, les murs sont gravement endommagés et des débris recouvrent la rue. Les témoignages évoquent des scènes de panique, des cris de blessés et une confusion générale dans les instants qui suivent l'explosion. Les photographies publiées dans la presse de l'époque montrent l'ampleur des dégâts matériels et témoignent de la puissance de l'engin explosif.
Les récits relatifs au bilan humain divergent selon les sources. Certaines versions évoquent un nombre important de blessés, tandis que les documents de presse disponibles ne signalent pas de victimes mortelles ni de très lourdes pertes humaines. Quoi qu'il en soit, le choc psychologique est immense. Les secours interviennent rapidement pour prendre en charge les blessés et sécuriser les lieux, tandis que la police ouvre immédiatement une enquête afin d'identifier les auteurs de l'attentat et de déterminer les motivations de cette attaque.
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L'événement se produit dans un climat de fortes tensions politiques. Trois ans seulement après l'indépendance du Congo et deux ans après l'assassinat de Patrice Lumumba, les divisions idéologiques qui déchirent le pays se prolongent au sein de la diaspora congolaise en Europe. Les rivalités entre différentes tendances politiques, les affrontements verbaux entre militants et les inquiétudes liées à l'évolution de la situation au Congo alimentent une atmosphère de méfiance. Les autorités belges surveillent attentivement les activités politiques des exilés africains, conscientes que les conflits du Congo indépendant trouvent parfois des prolongements sur le territoire belge.
L'attentat du Wangata a des conséquences durables sur la vie de la communauté congolaise de Bruxelles. Craignant de devenir à leur tour des cibles, de nombreux Congolais réduisent leurs déplacements et cessent de fréquenter certains lieux de rassemblement. Dans plusieurs quartiers de la capitale, notamment à Anderlecht où résident déjà de nombreuses familles africaines, un sentiment d'insécurité s'installe. Des cafés, des restaurants et d'autres espaces communautaires voient leur fréquentation diminuer. Les réseaux de sociabilité qui s'étaient progressivement constitués depuis les premières années de l'immigration congolaise en Belgique s'en trouvent fragilisés.
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Plus de soixante ans après les faits, l'attentat du Wangata demeure un épisode largement méconnu de l'histoire de la présence congolaise en Belgique. Pourtant, il constitue un témoignage révélateur des tensions qui ont accompagné la décolonisation de l'Afrique centrale. Cet attentat rappelle que les conflits politiques liés à l'indépendance du Congo ne se sont pas limités au territoire africain, mais ont également affecté la vie quotidienne des communautés congolaises établies en Europe. Derrière les vitrines brisées du Wangata se dessine ainsi une page oubliée de l'histoire migratoire congolaise, marquée à la fois par l'espoir, l'engagement politique et les blessures héritées d'une période particulièrement tourmentée des relations entre le Congo et la Belgique.
Samuel Malonga