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Publié par DÉPARTEMENT D'ÉTAT AMÉRICAIN

Cette note à usage officiel limité de 1967 qui ressemble à un  simple fait divers reflète  la méfiance qui prévalait entre  l’ancien Premier Ministre, le général  Léonard Mulamba, le Président Mobutu, et  le général Bobozo, le Commandant en Chef de l’Armée. Nous nous souviendrons que le document déclassifié  sur  les sources des conflits au sein de 'ANC nous a révélé que la véritable raison de l'éviction du général Mulamba du poste de Premier Ministre en 1966 était liée au fait qu'il avait dirigé les troupes de Gizenga à Luluabourg en 1961.

La présente note démontre que les faits et gestes de tous les principaux acteurs en RDC et partout ailleurs font l’objet des rapports par les services spécialisés de différentes représentations diplomatiques.

Rappelons que ce document d'archive fait partie des documents déclassifiés fournis par le Dr. Jeremy Rich.

Traduction : Messager

OBJET : Le coup de feu entendu dans tout Kinshasa : Note biographique sur Léonard Mulamba

UN DOCUMENT DÉCLASSIFIÉ À USAGE OFFICIEL LIMITÉ DU DÉPARTEMENT D'ÉTAT AMÉRICAIN

Le 12 janvier 1967

Mme Guy Aron, épouse de l'attaché militaire français à Kinshasa, a récemment découvert dans une bambouseraie de son jardin un python de deux mètres de long qui digérait paisiblement son repas. Mme Aron savait que le python ne resterait pas éternellement placide et qu'à l'heure du repas, il pourrait jeter un œil sur l'un de ses jeunes enfants. Elle a donc appelé le colonel Aron au bureau et il est rentré immédiatement. Découvrant que l'affaire n'était pas un jeu de jambes gaulois, le colonel Aron traverse la rue pour se rendre chez son voisin, l'ancien Premier ministre, le général Léonard Mulamba.  Aron espérait pouvoir emprunter un fusil à une sentinelle de Mulamba et expédier le serpent sur-le-champ. La sentinelle l'a informé que son arme ne pouvait pas être prêtée mais que le général Mulamba avait un fusil de chasse.  Mulamba est appelé et vient immédiatement, arme à feu en main.

Mulamba s'approche lentement du python et vise.  Silence.

Aron : Pourquoi ne tirez-vous pas, général ?

C'est de la légitime défense ?  Aron se demandait si le python devait s'enrouler, bobine après bobine, autour de son abdomen pour que le bon général puisse intervenir.  Était-ce vraiment le héros de la bataille de Bukavu qui se tenait devant lui ? Mais Mulamba sait pertinemment qu'il est imprudent de tirer un coup de feu à l'intérieur des limites de la ville sans un dossier juridique solide sur le bien-fondé de l'action.  Et il savait qu'il ne serait pas bien politiquement pour un premier ministre récemment déchu de se retrouver au cœur de Kinshasa avec une arme à feu dans les mains.

"Bobozo et Mobutu doivent d'abord être informés", dit Mulamba. Le commandant de l'Armée congolaise et le Président de la République sont donc dûment informés que l'ex-Premier ministre Mulamba est sur le point de faire sauter la tête d'un serpent. Puis le commissaire de police de la région est convoqué pour dresser un procès-verbal.

La voie étant libre, deux heures après que Mme Aron ait découvert le python rotant sur un repas de volaille infortunée, le général Mulamba s'est approché du serpent et lui a logé une balle au milieu du bec.  "Quel beau tir", s'exclamera plus tard un groupe d'auditeurs d'Aron.  " Eh bien oui, répondit Aron, mais il n'était qu'à 50 centimètres. " 

Quant au python, les sentinelles de Mulamba, qui avaient refusé d'intervenir en premier lieu, s’en sont ardemment emparés, et on ne l'a plus jamais revu.

 

 

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P
Moi, je voudrais bien savoir ce qui se serait passé ailleurs en 1961 ou en 2021 en Birmanie, par exemple. Je sais qu'en Namibie l'autorisation ne serait jamais donnée. Le ministre de l'environnement aurait porté plainte contre le général. D'ailleurs il aurait su (et le diplomate aussi) qu'il faut faire appel aux protecteurs des animaux pour qu'ils viennent emporter le reptile. Sinon, ce serait un crime contre la biodiversité.
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S
Excellent translation, dear Messager, which brings out the spirit of the writer of this note; the slightest event must necessarily go back to the highest peak of the state.
Bien-sûr, il y'a de l'humour et du second degré dans ce texte mais également beaucoup de condescendance, voire un certain mépris envers les autorités congolaises de cette époque..
Près de 55 ans plus tard, je parie que cet état d'esprit, volontiers paternaliste, des services étrangers dans notre pays, n'a pas dû beaucoup changer.
Dans tous les cas, cette note, comme toutes les autres publiées jusqu'ici, est terriblement instructive.
Merci beaucoup.
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M
Je t'en prie mon cher Simba Ndaye.