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Publié par Messager

Cher Messager,
je viens de recevoir une beau texte écrit par notre aîné MANDA CHEBWA, directeur Général de MASA à Abidjan. En complément de tout ce qui a déjà étét écrit en hommage à Wendo Kolosoy, je vous prie de bien vouloir pubier cette page,Merci

Mwana Mayumbu


 

Hommage à un patriarche de la chanson africaine

Wendo for ever

Une fois de plus la mort vient de frapper à la porte de la famille congolaise, convoquant un de ses pères, sinon un de ses pairs : Antoine Wendo Kalosoy.

Celui qui vient de nous quitter est de la race des baobabs de nos savanes africaines. Comme tout baobab, son éternité lui est attestée, tout à la fois, par sa robustesse, son antériorité, ainsi que par la densité de son legs à sa postérité. Monument trans-générationnel, qui plus est, Papa Wendo est un des rares faiseurs de chansons qui, de son vivant, a réussi à répandre son énergie avec une rare intensité à travers sa faconde populaire, à l'aune du capital d'affection dont il sut se rendre digne auprès de ses auditeurs. A plus forte raison, il avait pleinement conscience de sa vocation sociale : celle d'éveilleur de conscience, de passeur de mémoire, de planteur de racines, d'arroseur de nos jardins intimes et de cueilleur d'étoiles. C'est là tout le sens et tout le poids qu'il sied de conférer à son engagement dans la musique d'où se hisse, comme un drapeau soufflé par tous les vents du vaste pays-continent, sa stature incontestable de « patriarche de la rumba congolaise ».

Regardez les yeux des rumberos congolais ! On y verra à coup sûr une dense et lourde consternation, alliée à une solitude tragique. Consternation qui vient d'étrangler d'innombrables et inconsolables orphelins privés désormais de leur sacré « père », qui sûrement sont prêts à recueillir son legs incommensurable afin de le fructifier dans l'exigence de son art. Car sa chanson était de miel et de lait, elle était voix et parole du coeur. Parole saine et limpide, parole tonnerre et loquace, parole rebelle et impavide, parole oraculaire et prophétique… Parole affranchie pourtant de quelque souillon de l'ordre de l'impair et de l'irrespect. Parole profondément sincère si tant est qu'elle rechigne à enfourcher les allégories d'un paradis improbable. Parole populaire certes, mais parole de vie parfois jetée en pâture au premier passant de l'aurore. Parole et aussi hymne à la vie, destinée à enseigner les vertus de la solidarité, la fraternité, l'amour de la patrie et de ses symboles sacrés, sinon l'amour tout court, et au-delà le sens du devoir d'être. Parole consolatrice vouée, qui plus est, à panser les blessures des cœurs endoloris.

Donc, Wendo n'était pas que roi de la rumba, il était aussi roi de la parole qu'il toujours gouvernée en seigneur et, parfois, en saigneurs des mots. Comme l'autre grand poète de la négritude, Aimé Césaire — qui l'a précédé de si peu au pays souterrain — maintenant que Papa Wendo n'est plus, sa parole s'est parée d'un manteau d'éternité et d'une vérité inoxydable. Il s'agit de cette parole poétique qui, depuis nos primes jeunesses, a toujours bercé nos cœurs parce qu'elle a toujours été là où elle devait être, c'est-à-dire dans les abysses de la conscience collective du peuple.

La chanson de Wendo « Mokonzi ya nzembo », portée par une parole de sagesse ayant valeur de testament, était donc là, elle aussi, de tout temps, déployée dans toute sa majesté et sa plénitude. Comme disait Ernest Pépin, en hommage bien entendu à la mémoire et à la force créatrice du poète Césaire (l'autre maître de la parole), cette parole était là dans sa carpe de lumière « écrasant les petitesses, secouant les engourdissements, plantant à jamais l'arbre où la poésie intacte allaite les racines et illumine les oiseaux de l'espérance. Parole de guerrier investi. Parole de croyant fidèle à son humanité. Parole d'initié, de sorcier, de roi ouvrant le chemin à pas de soif bonne et de coulées de lave. Parole de soleil coupé et de terre promise. Parole droite et drue dont la pluie féconde les urgences et les impatiences d'un devenir contrarié. Parole prêtée, offerte, volée au feu des sacrifices et à la justice des forges. Parole restituée à son socle de volcan, à la pureté aveuglante de la mort, à sa vérité biblique. Parole de secousse sismique et de mer généreusement enflée par la rage du vent. Parole d'hippocampe blessé et qui nous arrache du piège de l'hameçon. Parole libre et qui s'enivre de sa liberté… »

En vient-on à scruter une autre face de cet illustre personnage — dont l'absence éternelle a justement le mérite de rappeler à notre bon souvenir à tous qu'il est toujours là — qu'il faille voir en ce grand et généreux cœur, un tison d'humanisme réfractaire à quelque certitude sectaire. Car Antoine Wendo fut un poète du peuple, à l'échelle de tous les cœurs du monde réunis. Il était de surcroît un poète de l'espérance. A bien des égards, un poète balisier porteur d'une humanité généreuse et solidaire. Ayant présidé à la fondation de la première école de la rumba congolaise, dont il a toujours incarné le privilège de généricité, ce poète-là a toujours été du côté de sa Cité. Ayant su, mieux que quiconque, cerner ses meilleures balises esthétiques et reformuler avec les mots du cœur les rêves, les joies, les angoisses, tout comme les espérances des mélomanes, son art a fermenté dans la cuve de la fraternité, de la sincérité et de l'humanité avant de se répandre en paillettes stellaires dans les cœurs des mélomanes.

Avec cette disparition, le Congo vient de perdre non seulement un patriarche, mais surtout un sémaphore irremplaçable sur la piste accidentée de la chanson populaire du Congo, avec le risque, tant soit peu, de voir se désorienter sa filiation légitime, tentée quelque part de se tourner vers une nouvelle maternité extra-utérine sous les pesanteurs de la mondialisation rampante. Cinquante ans durant, ce troubadour merveilleux est entré dans nos chairs comme un levain. Et voilà que celui qui a su mettre du feu dans nos cœurs vient d'arrêter le sien parce qu'il était l'heure pour lui de rejoindre sa place au panthéon, l'unique lieu dans l'au-delà ouvert aux déserteurs de la vie d'ici bas.

Une certitude : Wendo parti, plus personne aujourd'hui n'entendra ses émouvants yodles (aiyolelii… yolelii.. yolelii…), car personne n'en a reçu en legs légitime et légal de la part du maître. Tout se passe comme si, devant l'Eternel, il voulait en être l'unique dépositaire. Reste que sa chanson, populaire et cathartique, lucide et prophétique, ludique et pédagogique, belle et sans haine a le mérite d'avoir gouverné les cœurs de nombreuses générations de mélomanes de toute l'Afrique. Du Congo au Zimbabwe, de l'Afrique du Sud au Mali, du Soudan en Côte d'Ivoire, du Sénégal en Guinée… partout, l'on chante, depuis, l'épopée de cette légende humaine avec la déférence digne d'une divinité du panthéon musical panafricain.

Pour autant, l'homme qui tire sa révérence ce jour, digne et sans rancune, continuera à se revendiquer de la race de vainqueurs. Il est de ceux qui ont su faire de la rumba une vraie religion, où les corps et les esprits communient dans la célébration d'une même mystique rumbera, crachant sa joie comme des pétards, hurlant de bonheur du haut de son prétoire.

Rarement un artiste a donné autant de bonheur que cet octogénaire qui, aux dires de Gilles Vignault, vient de nous apprendre une grande leçon de la vie : « Si l'on veut traverser la rivière du présent, il faut poser son pied sur la pierre du passé et tenir l'autre prêt à sauter sur la pierre du futur. » Mais, avec toujours l'œil rivé sur le futur.

Certains esprits retords auraient tendance à croire que son heure n'avait peut-être pas encore sonné. Simple intuition d'oracle superstitieux ? Mais qui peut renier au patriarche son droit au sommeil éternel ? Reste que lui — qui n'a eu juste que le temps de héler une dernière fois « Marie Louise », sa muse éternelle, avant de tirer derrière lui le rideau sur la vie — a pleinement vécu sa vie ici bas, armé toujours de l'envie lancinante de faire un pied de nez aux laideurs du monde. Ecoutez ses chansons ! C'est bien d'amour, avec un A majuscule, dont elles parlent. Elles en parlent avec tant de spontanéité et de passion comme dans un lamento en sol majeur, l'un de ses registres de prédilection.

Pour sûr, il n'est pas d'homme aussi affable que ce troubadour joyeux que la vie arrache de la constellation sacrée pour l'installer à jamais sur le socle d'un volcan. Parce qu'en tant volcan, son rôle reste celui de cracher du feu. Cracher du feu ? Oui, pour réchauffer cet univers transi par l'absence chronique d'amour, pour consoler toute âme en déréliction, entre les routes des départs et des arrivées en paradis du cœur. Voilà que les magmas écarlates vomis par le ventre du volcan se hissent, dans un grondement d'orage déchaîné, jusque dans les firmaments comme pour rappeler à chacun que nul ne saurait oublier qu'il revient à « l'homme de s'élever à l'homme sans avoir à demander pardon à l'existence. » (E. Pépin).

Qui, d'entre nous, ne s'est pas surpris un jour en train de naître, voire de renaître en lui-même, rien qu'à l'écoute de la voix-volcan de ce héraut immense, dont le riche répertoire tramé d'une sensibilité joyeuse et enluminé par tant d'humanité à l'instar d'un kaléidoscope incandescent, vacille entre la secousse des mots, la justesse d'épure du phrasé, la houle remuante des tyroliennes, la hardiesse du propos, la fronde de la pensée et la quête lancinante du partage des émotions.

Aiyoleliii…yolii.. yiloli… !
Peut-être tout simplement croyait-il, lui le maître de la chanson, que la vie porte toujours trace d'une flamme de beauté, à la lueur de laquelle nul ne devrait être exclus, fût-ce au nom d'un certain aryanisme décadent.

Une autre certitude : lui, avant tout le monde, avait bien compris que nulle figure mythique digne de son nom ne saurait cimenter l'esprit de sa cité en rasant le mur de la gueule de bois, encore moins en infériorisant les siens sous les épaisseurs de poncifs. Ce, pour la simple raison que tout homme appartient à l'humanité pleine et entière, et qu'en tant que tel il a droit à la même lueur de beauté pour éclairer son tréfonds, le siège de notre humanité commune.

Telle est la grande leçon que nous devrons tirer du répertoire ensoleillé de ce grand père, le père de tous les rumberos du Congo, qui en franchissant ce jour la frontière fatale ne manquera sûrement pas de penser à nous, sa postérité, en préparant notre future arrivée au pays des ancêtres. De son vivant déjà il avait tenu à nous dire qu'il nous aimait tant et que nous ne devrions nullement nous sentir orphelin de père, car lui le père de tous les rumberos a su nous montrer en quoi il nous était possible d'enfanter en nous-mêmes de nouveaux pères de la rumba congolaise, à la manière du nomade du désert qui s'invente de nouvelles oasis dans l'infinie étendue sablée. Et si son panthéon n'était en réalité que dans cette parole de réconfort, qui résonne à nos oreilles comme un dernier souffle, doublé d'une ultime embrassade ?

Ainsi, nous tarde-t-il de projeter, d'ici, les retrouvailles dans l'au-delà avec ses estimés devanciers, tour à tour allègres dans leur indéfectible confraternité et amitié intangible, et pleins d'espérance dans leur perspective eschatologique commune : Paul Kamba, Baudouin Mavula, Avambole, François Bosele, Bondo Yamba Yamba, Tino Baroza, Adou Elenga, Manuel Mayungu D'Oliveira, Tekele Monkango, Léon Bukasa, Henri Bowane, Honoré Liengo, Camille Mukoko, Lucie Eyenga, Kallé Jeff, Franco Lwambo Makiadi, Vicky Longomba, Mwenda Jean Bosco, Losta Abelo, Ebengo Dewayon, Frank Lassan, Yayo, Verre Cassé, Willy Mbembe, Mujos, Kwamy, Bavon Marie Marie, Rossignol, Mpongo Love, Dr Nico, Déchaud Mwamba, Isaac Musekiwa, Empompo Loway, Abeti Masikini, Kisangani Espérant, Emile Soki Dianzenza, Maxime Soki Vangu, Monza 1er, Lengi Lenga, Pépé Kallé, Edouard Masengo, etc. On ne saurait les citer tous car ils sont nombreux là-bas, là où tu vas, Patriarche balisier.

Salut à vous peuple de l'au-delà, peuple à la confluence de l'immortalité et de l'éternité !
Salut à toi Voyageur solitaire !
L'évidence est pourtant là, devant nous : si l'art est vie, en voici une illustration digne de mémoire puisque incarnant l'immortalité, rare privilège qui n'est conféré qu'aux seuls Immortels que vous êtes, vous les artistes, vous nos artistes.

Aiyoleliii..yollii.. yiloli… !
Adieu Papa.
Manda Tchebwa
Abidjan, 29 juillet 2008.


Bonjour à tous,

Je reviens parmi vous après plus d'un mois de vacances. Je salue et remercie Manda Tchebwa Tchamalu un ancien journaliste à la voix du Zaïre pour son hommage rendu à sa façon à Wendo Kolosoy et pour sa contribution à Mbokamosika. Il ne peut pas me reconnaître de nom, mais du vue certainement. Toujours Voix du Zaïre, moi avec Makhylas Muranziem (ISA). Regrets que notre pays perde de telles têtes.

Sulmany

Salut à toi Messager.

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phil 10/09/2008 23:02

wendo toute l'afrique tu a tatoue dans nos veines veille sur nous tous encore papa donne nous la force ..nous allons transmettre ton nom partout ...tu es le grand patrimoine de l'humanite    

SULMANY 05/09/2008 10:33

Bonjour à tous,Je reviens parmi vous après plus d'un mois de vacances. Je salue et remercie Manda Tchebwa Tchamalu un ancien journaliste à la voix du Zaïre pour son hommage rendu à sa façon à Wendo Kolosoy et pour sa contribution à Mbokamosika. Il ne peut pas me reconnaître de nom, mais du vue certainement. Toujours Voix du Zaïre, moi avec Makhylas Muranziem (ISA). Regrets que notre pays perde de telles têtes.Salut à toi Messager.SULMANY