Le jour où les Congolais diront : « Assez… »
Le jour où les Congolais diront : « Assez… », quelque chose de profond basculera dans l’histoire du pays. Ce jour-là, il ne s’agira pas d’un slogan, ni d’un mot lancé dans la colère. Ce sera un souffle collectif, longuement retenu, qui se libérera enfin. Un souffle qui vient de loin, des villages délaissés, des mines éventrées, des quartiers oubliés, des familles déplacées, des mémoires meurtries. Un « assez » qui dira à la fois la fatigue, la lucidité et la décision de ne plus accepter l’inacceptable.
Assez de voir la richesse du pays bénéficier à ceux qui n’y vivent pas. Assez d’enterrer des générations entières pendant que d’autres profitent des minerais qui sortent du sous-sol congolais. Assez de recommencer sans cesse, à chaque cycle de promesses cassées, de médiations inutiles, d’accords imposés. Assez des manipulations géopolitiques où la paix se discute sans les premières personnes concernées.
Assez des puissances étrangères qui dictent les solutions et récoltent les dividendes. Assez des élites qui s’accommodent de l’effondrement pourvu qu’elles conservent leur part du gâteau.
Ce jour-là, les Congolais ne demanderont plus à être entendus. Ils s’entendront eux-mêmes. Ils n’attendront plus l’approbation de ceux qui ont intérêt à ce que rien ne change. Ils ne céderont plus aux discours lénifiants qui expliquent que la paix arrivera « avec le prochain accord », « après la prochaine mission », « à la signature du prochain document ». Ils auront compris que la liberté ne se signe pas. Elle se prend.
Le « assez » qui viendra ne sera pas un cri de colère aveugle, mais un cri d’éveil. Il appellera à la responsabilité, à la justice, à la vérité. Il rappellera que la dignité d’un peuple ne se négocie pas, et que l’histoire d’une nation ne peut pas être écrite depuis des bureaux lointains, loin des collines, des lacs, des villes et des villages où vivent ceux qui en portent le nom.
Alors, le Congo se regardera autrement. Non plus comme un pays condamné à être pillé, divisé, fragilisé, mais comme un peuple debout, conscient de sa force. Ce jour-là, les alliances changeront. Les rapports de force s’inverseront. Les masques tomberont. Et ceux qui pensaient que les Congolais pouvaient être éternellement dupés découvriront qu’un peuple peut rester patient, mais jamais indéfiniment.
Le jour où les Congolais diront : « Assez… », le pays ne sera peut-être pas encore en paix, mais il aura retrouvé la direction de son propre destin. Et ce simple mot, « Assez… », aura davantage de puissance que toutes les déclarations signées dans des capitales étrangères.
Samuel Malonga