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Publié par Samuel Malonga

Le 11 novembre, l’Angola a célébré le cinquantième anniversaire de son indépendance, un jalon historique profondément symbolique. Pourtant, au lieu d’un élan d’unité nationale, les festivités ont été éclipsées par une polémique retentissante. En cause : la décision du président João Lourenço de consacrer 12 millions d’euros à la venue de Lionel Messi et de l’équipe d’Argentine, l’Albiceleste, pour un simple match amical à Luanda.

 

Dans un contexte où la pauvreté reste alarmante et les lacunes en matière d’infrastructures sociales criantes, de nombreux Angolais peinent à saisir la logique d’une telle dépense. Dès l’été, avant même que la rencontre ne soit confirmée, plusieurs collectifs de la société civile avaient appelé la Fédération argentine (AFA) à annuler le déplacement, arguant que jouer dans un pays récemment secoué par une répression meurtrière contre des manifestants serait contraire aux valeurs des droits humains. À leurs yeux, refuser ce match aurait constitué un puissant geste de solidarité.

 

Malgré ces mises en garde, le gouvernement a maintenu son choix. Selon plusieurs médias, la facture totale avoisinerait désormais les 17 millions de dollars, sans compter les frais de logistique, d’accueil et de sécurité de la délégation argentine, une somme jugée démesurée dans un contexte économique tendu. Le journal O Jogo rapporte par ailleurs que des citoyens comptent protester lors des prochaines mobilisations publiques, brandissant des slogans tels que « Nous avons faim ». En anticipation de possibles tensions, les autorités ont mobilisé environ 3 000 agents de sécurité.

 

Paradoxalement, l’enthousiasme populaire ne s’est pas éteint. Les 50 000 billets du stade du 11-Novembre se sont écoulés en quelques minutes, certains se revendant à des prix multipliés par vingt. Sur le terrain, l’Argentine s’est imposée 2 à 0, avec un but et une passe décisive signés Lionel Messi. Mais la performance du champion du monde a vite été éclipsée par la controverse politique entourant l’événement. La cérémonie protocolaire précédant le match a, elle aussi, nourri le débat. Lorsque le président João Lourenço a remis un trophée à Messi, qui lui a offert en retour un maillot dédicacé, la scène, pensée comme un moment de prestige diplomatique, a été interprétée par beaucoup comme une démonstration d’indécence budgétaire.

 

Aujourd’hui, les critiques portent sur l’opacité des dépenses publiques et sur la pertinence d’un tel investissement dans un pays confronté à des priorités urgentes. Pour une large partie de la population, cette affaire symbolise un déséquilibre profond dans la hiérarchie des priorités nationales. Elle ravive surtout une question essentielle : comment les États du Sud peuvent-ils conjuguer ambitions de visibilité internationale et impératifs de justice sociale ? Ce match, au départ conçu comme un événement festif, s’est finalement transformé en miroir des contradictions d’un pays partagé entre quête de prestige et exigences de survie collective. Comme l’ambition gouvernementale a eu un prix démesuré et qu’elle a opposé un rêve de grandeur à une réalité sociale difficile pour célébrer le cinquantenaire de l’indépendance, le football s’est transformé en miroir des tensions nationales. Le ballon rond, pourtant censé rassembler, a cette fois mis en lumière les fractures du pays. Aujourd’hui, l’Angola se retrouve confronté à la facture symbolique de ce choix..

Samuel Malonga

 

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B
Permet moi de dire mon frère Malonga. Est- t- il besoin d'une autre preuve pour comprendre pourquoi les pays occidentaux ne prendront jamais les nôtres au sérieux. L'argentine à joué en Angola et après ? Qu'est ce que ça apporté aux angolais ? Si le football tenait tant au Président, pourquoi ne pas sélectionner des joueurs africains de notoriété mondiale pour affronter l'Angola. Ce qui ne coûterait pas tant. Beaucoup de présidents noirs africains n'ont aucune considération pour les populations de leurs pays. Ils démontrent toujours que ce qu'on devrait considérer comme mauvais langue est une réalité : à savoir qu'ils sont imposés de l'extérieur et qu'ils répondent de leurs patrons et parrains. Pauvre Afrique . Moi je ne sais pas si mon désir de voir mon Afrique libéré se réalisera de mon vivant. l'Afrique, le continent le plus riche, le plus peuplé, avec la population la plus jeune mais soumise à la stupidité de ses dirigeants. Merci monsieur MALONGA pour l'information.
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S
Permettez-moi de vous répondre, mon frère.<br /> <br /> Vos mots résonnent avec une lucidité que beaucoup préfèrent ignorer. Il n’est nul besoin d’une autre preuve : ce genre d’événement, comme la venue de l’Argentine en Angola, n’apporte rien de concret à la population, sinon un vernis de prestige dont personne ne se nourrit. Quand un dirigeant s’entête à chercher la reconnaissance extérieure plutôt que le bien-être intérieur, cela dit tout : ce prestige-là est un masque, pas un projet.<br /> <br /> Vous posez une question simple mais lourde de sens : si le football tenait vraiment au Président, pourquoi ne pas mobiliser des talents africains déjà reconnus mondialement ? Cela aurait coûté moins cher, renforcé la fierté du continent et envoyé un message cohérent. Mais on préfère acheter des symboles étrangers plutôt que de valoriser ses propres enfants.<br /> <br /> Ce que vous dites sur les dirigeants africains est dur, mais il n’y a hélas rien à répondre pour contredire. Beaucoup montrent, par leurs actes, qu’ils ne se sentent pas redevables envers leurs peuples, mais envers ceux qui les ont installés ou soutenus. Ce que certains appellent “mauvaises langues” n’est souvent que la vérité mise à nu.<br /> <br /> Pauvre Afrique, oui… mais aussi Afrique puissante, Afrique vaste, Afrique qui ne demande qu’à se lever. Le continent le plus riche, le plus jeune, le plus dynamique, mais toujours entravé par des dirigeants dont la vision ne dépasse pas leur propre fauteuil.<br /> <br /> Quant à votre désir de voir l’Afrique libérée de toutes ces tutelles visibles ou invisibles… nul ne peut dire quand ce jour viendra. Mais ce qui est certain, c’est que ce désir-là, porté par des voix comme la vôtre ou comme celle des millions d'autres est une force qui ne disparaîtra jamais.