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Publié par Carmen Odimba

 

 

 Avec sa fille Carmen.

 

C'est avec une profonde tristesse que nous annonçons le décès de notre père, Augustin ODIMBA OMAKOKO, survenu le 18 juin 2026, à l'âge de 72 ans. 

Connu de nombreux lecteurs de Mbokamosika pour ses contributions consacrées à l'histoire et à la musique congolaises, il laisse derrière lui bien plus que des articles. Il laisse le souvenir d'un homme de conviction, d'une grande élégance, passionné du savoir, profondément attaché à son pays et à sa culture.

Né le 15 août 1953 à Menga Otete, dans l'actuelle province du Kasaï-Oriental, Odimba OMAKOKO, baptisé sous le prénom d'Augustin et affectueusement appelé « Papa Ango » par ses amis, était un homme animé d'une curiosité intellectuelle peu commune. Cette soif de comprendre et d'apprendre l'accompagna toute sa vie. Elle le conduisit à l'Université de Genève, où il obtint en 1987 un diplôme d'études européennes, puis à l'Université de Strasbourg, où il soutint en 1994 un doctorat en sciences de l'éducation.

Mais réduire mon père à ses diplômes serait passer à côté de l'essentiel. Il aimait profondément la vie. Amateur de bonne cuisine, de bons vins et de longues conversations, il savait apprécier les plaisirs simples autant que les débats d'idées. Il riait volontiers, possédait un humour fin et avait ce talent rare de mettre ses interlocuteurs à l'aise. Son élégance faisait partie de son identité. Pendant toute mon enfance, je ne l'ai connu qu'en costume. Il le portait avec une telle évidence que le voir, des années plus tard, dans un simple hoodie me parut presque irréel. Cette image me fait encore sourire aujourd'hui.

Issu d'une famille de commerçants, il avait conservé un véritable esprit d'entreprise. Au cours de ses études, il lança différents projets, notamment dans l'exportation de véhicules vers Kinshasa et la vente de produits cosmétiques. Ces activités lui firent découvrir Bruxelles, qu'il connaissait comme sa poche. Lorsque nous nous y sommes retrouvés à Matonge il y a quelques années, c'est lui qui me fit visiter le quartier, jusqu'à un petit café aux tables surélevées, idéal pour observer discrètement la vie qui s'y déroulait. Je revois encore son sourire lorsqu'il me racontait les histoires attachées à ces lieux.

En 2023, nous avons eu le bonheur de retourner ensemble en République démocratique du Congo, son premier voyage dans son pays natal depuis plus de trente ans. 

 À Kinshasa, lors de son retour en République démocratique du Congo en 2023, plus de trente ans après son dernier voyage.)

À l'aéroport de Kinshasa, on l'invita spontanément à passer avant les longues files d'attente. J'y ai vu moins un privilège qu'une forme de respect naturel inspiré par son maintien et sa prestance. Je garde surtout le souvenir de son regard. Derrière l'historien et l'universitaire, j'ai cru y lire la nostalgie d'un homme retrouvant une terre qu'il n'avait jamais cessé d'aimer. Il parlait de la RDC avec lucidité, mais aussi avec une immense espérance, convaincu des ressources humaines et du potentiel de ce grand pays. 

Bien qu'il ait passé l'essentiel de sa vie en Suisse, ses racines tetela demeurèrent profondément vivantes. Il parlait encore cette langue avec ses proches et il lui arrivait parfois de s'adresser spontanément à moi en tetela, avant de sourire en réalisant que je ne la comprenais pas. Son érudition sur l'histoire du Congo impressionnait tous ceux qui échangeaient avec lui. Il était capable de retracer les grandes étapes de l'histoire nationale avec précision, nuance et honnêteté intellectuelle, sans jamais céder aux simplifications.

À Kinshasa, en 2023.

Cette exigence de rigueur guidait d'ailleurs toute sa manière d'être. Il croyait profondément à la valeur du savoir, à la force de l'argumentation, au travail bien fait. Il attachait aussi beaucoup d'importance à la dignité : celle que l'on exprime par sa manière de se présenter, de parler, de respecter les autres et de se respecter soi-même. Patient lorsqu'il fallait transmettre, intransigeant lorsqu'il s'agissait des principes, il nous a appris qu'il ne fallait jamais craindre de viser l'excellence. Cette exigence, je la considère aujourd'hui comme l'un des plus beaux héritages qu'il nous laisse.

Augustin ODIMBA OMAKOKO laisse derrière lui ses cinq enfants – son fils aîné, Ingride, Carmen, Laetitia, Darlène et son fils cadet, Pierre – ainsi que six petits-enfants, qui perpétueront chacun, à leur manière, une part de son héritage. Nous avons reçu de lui des qualités différentes, mais tous avons connu le même père encourageant, exigeant et généreux. Une conversation avec lui était rarement anodine : elle se terminait presque toujours par une réflexion nouvelle, un conseil ou une invitation à voir plus loin.

 

La musique occupait une place essentielle dans sa vie. Les voix de Wendo Kolosoy, Grand Kallé ou Tabu Ley Rochereau resteront à jamais indissociables du souvenir que je garde de mon père. Depuis son départ, je me surprends à écouter Marie-Louise en boucle. La douceur, l'élégance et la beauté de cette mélodie me ramènent inlassablement à lui.

Grand mélomane, passionné de musique congolaise, il trouva tout naturellement sa place parmi les contributeurs de Mbokamosika. Ses articles participaient d'une même ambition : préserver, transmettre et faire vivre le patrimoine musical et culturel congolais. Il écrivait avec le souci de partager un savoir, mais aussi de contribuer à la mémoire collective.

 

Aujourd'hui, ses écrits demeurent. Ils continueront d'accompagner les lecteurs qui s'intéressent à l'histoire et à la culture du Congo. Mais son héritage le plus précieux réside sans doute dans ce qu'il a transmis à sa famille : l'amour de la connaissance, le sens de l'effort, l'élégance, la curiosité intellectuelle et la fierté de ses origines.

En écrivant ces lignes, je mesure combien il est difficile de résumer une vie en quelques pages. Pour beaucoup, Augustin ODIMBA OMAKOKO était un universitaire, un auteur ou un passionné de musique. Pour nous, il était tout simplement Papa.

 Père et fille, en 2025.)

 

Au nom de toute notre famille, nous remercions chaleureusement les lecteurs de Mbokamosika ainsi que toutes les personnes qui nous ont témoigné leur affection et leur soutien dans cette épreuve.

Repose en paix, Papa.

Ton élégance, ton humour, ton exigence et ton amour du savoir continueront de vivre à travers tes enfants, tes petits-enfants, tes écrits et tous ceux que tu as inspirés.

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