La Ligue des états négro-africains
La Ligue des états négro-africains (LENA) est un projet politique ambitieux lancé en 1984 en République démocratique du Congo alors République du Zaïre par le président Mobutu. Conçu comme un instrument d’unité, de solidarité et de défense des intérêts du monde noir, il n’a cependant jamais été concrétisé en raison de plusieurs facteurs internes et externes. Théorisée le 21 juin 1984 à Lubumbashi par l’ambassadeur Dominique Sakombi Inongo et soutenue politiquement par le président Mobutu Sese Seko, l’initiative de création de la Ligue des États négro-africains n’a jamais véritablement décollé. Elle s’est heurtée, d’une part, à l’hostilité de certains acteurs du monde arabe, qui y percevaient une menace géopolitique, et d’autre part aux divisions profondes du monde noir, tant sur le plan politique qu’idéologique.
Président du Zaïre en 1984, Mobutu Sese Seko nourrit l’ambition de créer une Ligue des États négro-africains qu’il conçoit comme un cadre de solidarité et de concertation politique entre les nations du monde noir. Il annonce officiellement ce projet à Kinshasa à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire de sa prise de pouvoir en 1965. La même année, à Abidjan en Côte d’Ivoire, la création de cette ligue est portée sur la scène diplomatique internationale par l’ambassadeur du Zaïre en France, Dominique Sakombi Inongo, qui est reçu par le président ivoirien Félix Houphouët-Boigny. Le diplomate zaïrois est alors porteur d’une invitation officielle de Kinshasa, transmise au nom du président Mobutu Sese Seko, conviant le chef de l’État ivoirien au lancement de la Ligue des États négro-africains au Zaïre.
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Cependant, le projet se heurte rapidement à de fortes résistances. L’opposition la plus marquée provient d’une partie des intellectuels africains qui expriment leur refus au nom de divergences religieuses, idéologiques, politiques et culturelles entre les États africains. Pour eux, l’hétérogénéité du continent rendait difficile, voire impossible, la mise en place d’un tel cadre unitaire. Cette résistance ne se limite pas au continent africain. En Europe, en Asie et dans plusieurs régions d’Afrique, Mobutu Sese Seko rencontre des réticences similaires. Des dirigeants africains tels que Paul Biya au Cameroun et Omar Bongo au Gabon émettent des réserves, dénonçant notamment la démarche jugée solitaire du président zaïrois dans la conduite de ce projet.
Au Caire, l’idée de la création d’une Ligue des États négro-africains suscite également de vives réactions, perçue par certains comme une tentative de recomposition géopolitique susceptible de créer des tensions avec le monde arabe. L’opinion publique zaïroise elle-même ne se montre pas unanimement favorable au projet. Une partie de la population exprime une hostilité marquée à l’idée d’une présence du monde arabe au sein de la Ligue des États négro-africains. En 1987, Dominique Sakombi Inongoa écrit un livre intitulé » Ligue des États négro-africains et l’avenir de l’Afrique noire ».
Samuel Malonga