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Publié par Samuel Malonga

La musique se présente devant le consommateur sous des formes multiples. Qu’elle soit suave ou beaucoup plus cadencée, langoureuse ou ensoleillée, la chanson correspond à un genre précis celui dans lequel l’inspiration de l’auteur a bien voulu la placer. En griffonnant son texte et en y calquant une mélodie, l’auteur-compositeur s’impose un thème et un genre qui sera le socle du message qu’il va véhiculer tout au long de son titre. C’est en quelque sorte la griffe librement choisie par le compositeur pour marquer la nature et l’expression de ses sentiments. Il y a dans la musique congolaise plusieurs différentes catégories de chant définies par la nature du sujet traité par l’artiste-musicien. 

Nous avons tenté de catégoriser ces différents aspects musicaux ou ces divers visages de la chanson populaire congolaise.

Les chansons humoristiques ou comiques

Les textes des chansons drôles ou parodiées ainsi que les mélodies qui les accompagnent prêtent souvent à sourire. Derrière le message véhiculé, le but afficher est d’amuser la galerie tout en faisant danser les mélomanes. En 1962, le Nigérian de l’OK Jazz Dele Pedro lance Si tu bois beaucoup, une chanson sarcastique qui fait mouche. En 1968, Sam Mangwana qui pendant les concerts se caractérise aussi par son penchant à l’humour écrit Tarcisse. Alors que Muana Nsuka de mbuta Miyalu se révèle par son succès éclatant et se place dans le haut du hit-parade. Ces chansons couplées  parfois avec un brin d’amusement sont la forme où excelle l'artiste Zao (Ancien combattant, Corbillard, soulard).

Les chansons engagées ou d’éveil patriotique

Elles dénoncent, éveillent les consciences, parlent des faits le plus souvent politiques. Ce genre prend naissance en 1953 avec la chanson Ata Ndele d’Adou Elenga. Ce qui lui vaut de gros problèmes avec l’autorité coloniale. Après les indépendances, le plus grand chantre connu est sans conteste Franklin Boukaka qui jusqu’à son assassinat a multiplié les titres : Le bucheron, Pont sur le Congo, Les immortels, Etumba. Considérés comme des titres dangereux par les régimes totalitaires, les artistes qui optent ce genre sont le plus souvent censurés parfois même pourchassés. De ce fait, plusieurs compositions de Franklin Boukaka ont été interdites et circulaient à Brazzaville sous le manteau. Dans les années 90, alors qu’il est en exil en France, Tabu Ley après avoir longtemps glorifié Mobutu se résout à le critiquer ouvertement dans les chansons comme Le glas a sonné ou Exil Ley. Les chanteurs engagés sont toujours dans la ligne de mire des politiques qui les combattent. Adou Elenga a connu la prison, Franklin Boukaka est mort assassiné, Tabu Ley a écrit ses titres fâcheux en exil. Un autre pan de ce genre musical est l’exaltation du panafricanisme, de la lutte pour l’indépendance des dernières colonies portugaises d’Afrique dans les années 70 (Mia Angola, Likambo ya mabele), la lutte pour l’émancipation de la race noire (Le pouvoir noir, Misère). Aujourd’hui encore avec ce genre, l’artiste prend le risque de s’attaquer à un système politique qu’il veut combattre et de ce fait en dénonce les effets néfastes sur la population. Le rap congolais n’est pas en reste  (Monsieur le président, Supprimer le RAM).

Les chansons d’amour

La femme reste le thème principal qui  englobe la quasi-totalité de la discographie congolaise. Les chansons sentimentales sont les plus répandues, les plus connues. En réalité, la musique congolaise n’existerait pas sans la gente féminine. Dans ce genre ressortent plusieurs sous-thèmes ayant trait à l’amour comme le mariage (Libala ya 8 heures du temps), le divorce (naboyi divorce), l’opposition des parents (Mose Konzo), la déception (Bakake, Essesse na ngai, Kalosa), la désillusion (Estime n’est pas l’amour), la rivalité (Mbanda na ye, Bombanda compliqué), la jalousie (Jalousie mal placée, jaloux jaloux), dispute conjugale (Matata na mwasi na mobali esilaka te).

 

Les chansons érotiques

Les titres des artistes-musiciens actuels sont bourrés d’érotisme. Ces chansons osées ont fait de la musique congolaise non une musique glamour mais plutôt sexy ou des termes à caractères impudiques sont employés. Le désir sexuel s’exprime publiquement par l’emploi des mots immoraux. Même si aujourd’hui, ce genre est décrié, le décor a été planté par les anciens. La génération actuelle ne fait que suivre la route déjà balisée par leurs aînés. Si dans Jacky et Hélène, Luambo est allé loin en simulant l’acte sexuel par des mots à peine voilé, il y a lieu de citer son complice Tabu Ley. Dans Face à face, l’artiste d’ébène manque de retenue à l'égard de ce qui se rapporte aux ébats sexuels. On entend aussi des paroles déplacées dans Djibebeke on l’on parle à mots couverts de jouissance sexuelle tout comme dans Mbanzi ya kamundele dont le titre même dans ce contexte précis fait allusion au sexe. Dans ce genre musical, l’immoralité toise la pudeur dans un fracas de sons et de mélodie suave. L’érotisme dans la musique congolaise est antérieur aux obscénités actuelles. Celles-ci lui ont fait perdre son attrait d’antan et l’essence qui caractérisait la profondeur de ses textes à la fois sensuels et romantiques.

 

Les chansons à thèmes divers

Dans les années 70, le ministère de la Culture et Arts demanda aux artistes de changer de thématique. Il encouragea l’écriture des chansons sur des thèmes beaucoup plus variés mais en dehors de celui ayant trait à la femme. La musique s’en accommoda dans la douleur. Quelques artistes ont parié sur ce changement. Tabu Ley (Balabala, Mass média). Luambo (Likambo ya ngana, Boma l’heure, Casier judiciaire) et Soki Vangu (Zamba). Mais à cours d’inspiration, ils sont vite revenus sur les fondamentaux. Il faudrait ajouter les titres dans lesquels d’autres thèmes sont exploités comme l’argent (Mbongo, l’argent appelle l’argent) , la sorcellerie (Bondoki. Kindoki kisangamene), le fleuve Congo (Mobembo na Congo), la mort (Mokolo nakokufa, Kisita), la ville/le village (Mbanza velela, Mbandaka), le jour de l’an (Bamasta bonne année, Bonne année na Noël), la nostalgie (Tango ya ba Wendo, Souci ya Likinga, Lisano ebandaki na Kin Malebo), les fétiches (Valenta yoka, maseke ya meme), le travail (Article 15 beta libanga, Mofuku na libenga), l’existence humaine (Mokili, La vie).

Les pamphlets  

Une partie importante de la chanson congolaise est constituée des diatribes. Écrits de façon énigmatique pour désavouer, les pamphlets visent une personne sans la nommer. Cet aspect se présente sous plusieurs formes. L’auteur-compositeur peut habiller sa chanson pour camoufler sa pensée (Ekeseni, Mopepe ya mbula, Faux millionnaire, Mosolo). Parfois il va droit au but dans sa volonté d’en découdre (Course au pouvoir, Conseil d’ami, Chicotte). Fruits de discorde et des différends, les diatribes alimentent les polémiques entre les différents protagonistes. La musique est le terrain où ils s’affrontent par la chanson interposée. Beaucoup s’y sont jetés à bras le corps pour y régler leur compte. Ce genre flirte le plus souvent avec la satire. L’artiste congolais a même osé écrire des pamphlets à l’endroit des hommes politiques (Luvumbu ndoki, Tailleur, Ingratitude).   

 

Les chansons éducatives ou morales

La musique est aussi utilisée avec un objectif pédagogique. Avec elle, la masse peut être sensibilisée sur un point précis. Mangwana qui a une certaine époque  a été le porte-étendard de ce genre s’est vu récompensé par les mélomanes qui lui collèrent le surnom de Moraliste. C’est dire que l’homme s’est distingué par la moralisation des couples et de la société par la chanson (Sisika, La vie). A côté de la morale existe aussi les chansons éducatives (Albertine mokonzi ya bar, Prince Baudouin, Sofele).

Les chansons patriotiques

L’indépendance fait monter la fibre nationaliste. L’éveil de conscience patriotique est l’apanage des musiciens. Joseph Kabasele donne le ton avec son célèbre Indépendance cha cha, considéré aujourd’hui comme l’hymne des indépendances africaines. A beau milieu des années 60 dans cette Afrique qui ne jure plus que par la révolution on voit l’émergence des régimes totalitaires et des partis uniques. Ceux-ci se cristallisent sur le patriotisme, la fibre nationaliste et le militantisme pour asseoir leur pouvoir. La musique va jouer  un rôle non moins important. Beaucoup d’artistes s’y adonnent à cœur joie : Congo avenir, Pont sur le Congo, Tongo etani na mokili ya Congo, tokowa pona Congo, Lombonga.

La propagande politique

Joseph Kabasele et Victor Longomba lors de la table ronde de Bruxelles ( 20 janvier au 20 février 1960)

Les chansons à caractères politiques voient le jour après l’indépendance quasiment au même moment que les chansons patriotiques. Des dédicaces aux hommes politiques sont sur les bacs (Bomboko awuti na New York, Gouvernement ya Katanga Oriental, Vive Tshombe, Kasa + Tshombe = Congo). Après 1965  et l’avènement du Mobutu, la propagande politique s’intensifie et finit par se confondre avec le régime installé par le Guide.  Le gros de ces chansons sortent les unes après les autres sous son règne. Il se sert de l’art d’Orphée pour asseoir sa politique et imposer sa vision personnelle de la société congolaise.  Outre des titres ronflants à la gloire du leader au pouvoir, les échéances électorales ont aussi été des moments-clés dans l’histoire politico-musicale où les  artistes moyennant des espèces sonnantes et trébuchantes sont amenés à contribution.

Les publicités

Les opérateurs économiques ont compris l’importance de la chanson qui pouvait être utilisée à des fins commerciales. Le but affiché était d’atteindre les clients potentiels partout, même ceux qui étaient en train de siroter leur verre dans un bar. Des titres comme Savon Omo, Pic nic ya Nsele (Rochereau), Azda (Luambo), Yengo (Mangwana) avaient boosté les ventes et fait la promotion desdits produits et marques.  La publicité chantée et dansée avait apporté sa petite pierre à l’épanouissement commercial de plusieurs entreprises de la place.  

 

Les dédicaces

Outre les femmes, les artistes-musiciens font des dédicaces à des amis, à des hommes politiques voire à leurs équipes de football. Autrefois, la chanson-dédicace était dédiée à une seule personne dont le patronyme servait le plus souvent de titre. Ils sont aujourd’hui presque remplacés par les mabanga à outrance. Toutefois, les dédicaces les plus célèbres sont celles qui ont été faites pour les dames (Jarya, Kallé Katho, Amazone). Dans ce genre, l’amour filial surgit parfois pour se manifester dans une sorte de reconnaissance et d’hommage (Merci mama, mama, mama na muana).

Les hommages post-mortem

La disparition d’un être cher ne laisse personne indifférent. L’artiste-musicien congolais qui le plus souvent compatit à tout ce qui arrive dans la société n’oublie pas les défunts. Le malheur nourrit aussi l’esprit du compositeur qui profite de ces moments de recueillement pour rendre hommage aux êtres chers partis pour l’éternité. Plusieurs célébrités congolaises ont été honorés à titre posthume dans des chansons comme Liwa ya Wetshi, Tino Baroza, Testament ya Bowule, Kashama Nkoy, In memoriam Kabasele, Okeyi te Maxo. Ces chansons amènent à la réflexion et surtout à la méditation sur l’existence humaine.

 

 

 

 

 

Samuel Malonga

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C
Un vrai survol comme article. Peut-on ajouter dans la catégorie des chansons à thèmes divers :
- celles à caractère sportif: Bonne année ya Bana Vea, 8eme Round de Sosoliso, Vive les Léopards de Rochereau, Banga Imana de Roitelet et Roger Izeidi, ...
- celles liées à la Sape comme Proclamation et Sapologie de Papa Wemba, ...
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S
Merci Kim pour cet ajout.