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Publié par Messager

Vélo et machine à coudre, signes extérieurs de richesse !

Dans les années 60, tous le monde ne roulait pas en "Impala" ou en Stude backer". Ces voitures dont les Kalaka ont hérité des colons de kalina, auxquels ils ont succédé, ont commencé à envahir les rues de nos cités, jusque là réservé aux Kinga et autres "sans payés". Pourtant, le vélo tiendra tête aux belles voitures jusqu'au début des années 70, comme signe extérieur de richesses. Les employeurs s'en servaient pour récompenser leurs meilleurs ouvriers, avant que ceux-ci ne jouent les grands seigneurs en les offrant à leur femmes ou Bokilo, lorsque celles-ci donnaient naissance à des Mapasa ou à un garçon. 
"Marie Jeanne wa ngai chérie
Soki olingi nasomba vélo
Botela ngai nanu mwana moko
ya mobali chérie"
chantaient les bakolo miziki.
Les jazzeurs en chemises blanches et pantalons amidonnés s'en servaient juste comme "canne" sans monter dessus, de peur de se salir.
Vélo tambours douze dents
Evidemment, il fallait les connaître les vélos : il y avait d'abord les tambours et douze dents. Disposant d'un mécanisme de changement de vitesse, permettant à son utilisateur d'attaquer, les doigts dans le nez, la petite pente de Kintambo, du pont Makelele à la procure des Frères. Il y avait aussi le vélo des cycliste, avec leurs petits boyaux, qui ne sortaient que le soir et le dimanche pour impressionner les voisins sur son passé de cycliste émérite. Evidemment, il fallait faire attention au modèle dame et monsieur! les cadres étaient différenciés.
Tomber et se blesser en faisant du vélo, un "must"
Qui n'a pas eu sa blessure ou sa cicatrice en apprenant à faire du vélo, exhibée fièrement dans la courd de recrée? L'apprentissage de la conduite du vélo était un passage obligé pour tous les jeunes. C'était aussi une école du courage. Lorsqu'on tombait, on ne plaurait pas. Bien au contraire, comme le rappelle Koffi, il faut rire, même jaune!
"Koseka na ngai
Ya moto akweyi na vélo"
Entre 6 et 8 voire 10 ans, on s'exerce en "canard libata, c'est-à-dire, on pédale en passant l'un de ses pieds sous la barre du cadre, tout en tenant son guidon au dessus de sa tête. une vraie prouesse d'accrobate. Plus tard, en prenant un peu de la taille, on se pose sur la barre du cadre pour toucher du bout des orteils les pédales du vélo, et enfin, à 15-16 ans, on peut chipper le vélo de Papa pour aller impressionner les filles.
La griffe Orban "Cyclor"
Un bon vélo devrait être un "Cyclor". toutes les autres marques anonymes, ne pouvait pas rivaliser avec la reine des vélos. Un bon cyclor se reconnaissait par sa robe, un mélange de vert et de noir, son écusson dévant en or sur fond noir, ses jantes en aluminium. Il doit, en roulant émettre un petit bruit gréable à l'oreille"Kek kek". Lorsqu'on stationne quelque part avec son Cyclor, il doit pouvoir tenir debout tout seul, sur sa patte ou sa béquille. On pouvait aussi poser sur ses rayons un petit fluo pour ceux qui circulaient de nuit.
Le Vélo de mon père
Oui, je suis le fils d'un ancien propriétaire d'Orban. Mon père l'avait reçu de son employeur en 1964. Il trônait fièrement au fond de la parcelle, à côté du Nganda de mon cousin "Adolin Bill". Et chaque fois que mon Père rentrait à l'intérieur de la maison, le vélo disparaisait avec le cousin. On en profitait tous pour apprendre à pédaler avec celui-ci.
La taxe Vélo
Entre 1960 et 1969, je m'en souviens, mon père s'acquittait d'une taxe pour son vélo et recevait en retour une petite plaquette en alu, attestant qu'il est à jour. Et ceux qui n'avait pas la bonne plaque, se faisaient confisquer leur vélo par la police, qui les embarquaient dans leuyr "sans payer". Je signale que cette taxe s'étendait aux animaux domestiques. Notre chien s'est ainsi retrouvé dans un "sans payé" parce qu'il n'avait pas la bonne plaque.
Samedi entretien
Evidement, le samedi était une journée à part pour les heureux propriétaires de vélo. C'est le jour de l'entretien du vélo. Seuls les garçons étaient admis à côté du père pour s'initier à l'entretien de ce vélo qui pourrait leur revenir dans quelques années. Cela commençait toujours par retourner le vélo pour le poser sur le guidon et le selle. On démontait ensuite le pneu à l'aide d'une clé plate pour dégager la chambre à air. Le coeur du vélo comme disait mon Père, s'il est crévé votre vélo ne roule pas. On commençait donc par rechercher les trous dans la chambre à air en le plongeant dans une bassine d'eau. je passe sur le processus de prise en charge de la chambre à aire défectueuse: comment on gratte autour du trou avant de poser de la colle et le bout de boyau pour rafistoler tout cela. Le plus important dans ce cérémonial, c'est le cours magistral de mon Père sur l'art de l'entretien du vélo. Alors là il prenait son air important pour expliquer l'usage de chaque clé.
Le rodage au mikate ya loso
Une fois revue de fond en comble et astiqué, les assistants et leur maitre, prennaient place à bord du vélo. Plus jeune que mon frère, je disposait d'un siège en bois sur le cadre que mon père avait réalisé lui même, alors que mon aîné prenait place à l'arrière pour un tour d'essai. A trois, on validait la qualité et le bon état de la chambre à air. Ce petit tour pouvait parfois nous amener au délà de notre quartier, avec notre père, pour aller manger des mikaté ya loso chez Ma Sophie, pendant que lui et ses amis sirotaient un bon Polar bien tapé.
Acheter son tour de vélo
Cependant, tous le monde n'avait pa la chance d'avoir un père "propriétaire d'un vélo". pour passer son permis vélo, il ne restait qu'une solution : acheter son tour de vélo à un aîné, qui lui même avait piqué le vélo à son père.
Dans les années 80, presque tous les vélos avaient disparus des rues de Kinshasa. On en retrouvait quelques uns à Kintambo, reconstitué par de jeunes débrouillards, qui continuaient dans la tradition des tours de vélo sur la piste en pente du vélodrome.
L'art de freiner avec son talon nu
De cette époque j'ai gardé l'habitude de freiner avec mon talon. De temps à autre pour impressionner mes petits neveux, je les gratifie d'une exhibition de freinage à la Ngembo, rien que pour le plaisir de voir briller dans leur regard la convoitise de pouvoir un jour...quand ils seront grands, freiner comme leur Koko.

 

Joseph Pululu

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Frédéric MBAKI 23/10/2008 15:58

Je me rappelle aussi que vers les années 1958 et 1959, j'allais au stade Roi Baudouin pour assister aux matchs de football, mais comme l'accés du stade était interdit aux mineurs seuls, nous demandions aux vieux "papa simba ngai"quand on avait la chance de rencontrer un bon monsieur, il vous prenait par le bras et enfin on entrait dans le stade, sinon on restait déhors et on allait au parking des vélos. Nous enfourchons les vélos non fermés et on faisait le tour et ce jusqu'à la fin du match et c'est comme ça que j'ai appris à rouler sur vélo.