Les artistes anglophones de la musique congolaise
La rumba congolaise est une musique née en Afrique centrale, principalement dans les deux Congo et en Angola. Au fil de son évolution, elle s’est nourrie de multiples influences extérieures et a attiré des artistes venus d’horizons divers. Parmi eux figurent quelques musiciens originaires de pays anglophones qui ont laissé une empreinte remarquable dans son histoire, tant par leurs compositions que par leur contribution à son développement et à son rayonnement international.
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Originaires de contrées parfois très éloignées du bassin du Congo, ces artistes n’étaient pas prédestinés à devenir des figures de la musique congolaise. Pourtant, ils ont délaissé les traditions musicales de leurs pays d’origine pour adopter la rumba congolaise, qu’ils ont servie avec passion, talent et fidélité. Une particularité mérite d’être soulignée : tous ces musiciens anglophones étaient saxophonistes, instrumentistes dont le rôle fut essentiel dans l’enrichissement orchestral de la rumba.
Bien qu’ils ne soient pas nombreux, leur importance dans l’histoire de la musique congolaise ne saurait être minimisée. Trois noms émergent particulièrement : le Nigérian Dele Pedro, le Zimbabwéen Isaac Musekiwa, tous deux membres de l’orchestre O.K. Jazz, ainsi que le Nigérian Abdul Saki, qui évolua au sein de African Fiesta National. À ce cercle restreint pourrait être associé, malgré son appartenance à un pays francophone, le chanteur centrafricain Malawi Hennecy, tant son parcours est intimement lié à la musique congolaise moderne.
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Parmi ces artistes, Dele Pedro demeure surtout connu pour avoir composé la chanson « Si tu bois beaucoup », une œuvre qui connut un grand succès à son époque et qui témoigne de son intégration dans l’univers musical congolais. Mais c’est sans doute Isaac Musekiwa qui incarne le mieux la fusion entre un artiste étranger et la culture congolaise. Arrivé à Léopoldville dans les années 1950, le saxophoniste zimbabwéen s’imprégna profondément de son environnement d’adoption au point de devenir, aux yeux de nombreux mélomanes, un véritable Congolais.
Compositeur prolifique, il écrivit et interpréta des chansons aussi bien en anglais qu’en lingala. Durant son passage aux éditions Opika, dans Vedette Jazz puis à l’O.K Jazz, il signa plusieurs titres devenus emblématiques, parmi lesquels « Mawa na Isaac », « Masikini Good Bye », « Seven o’clock twist », « Nalembi ba promesses », « Athénée Muziki ya O.K. », « Tata otiki ngai na mawa », « Isaac Ombele », « Isaac Don’t Be So Funny », « Rendez-vous chez Kassien », « Muasi nalingaka », « Chérie na Maïté », « Muasi ya zoba », « Muana na ngai mawa » et « Ta Noël ». À travers ces œuvres, Musekiwa démontra une remarquable capacité à marier les sonorités congolaises à des influences venues d’ailleurs, tout en s’exprimant dans plusieurs langues.
Son attachement au Congo fut tel qu’il ne retourna jamais vivre dans son Zimbabwe natal. Léopoldville, devenue Kinshasa, était devenue sa véritable patrie. C’est dans cette ville qu’il passa l’essentiel de sa carrière, qu’il construisit sa vie et qu’il s’éteignit. Son parcours illustre parfaitement la force d’attraction de la rumba congolaise, capable d’intégrer des artistes venus d’autres cultures et de les transformer en acteurs majeurs de son histoire.
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L’apport de ces musiciens anglophones rappelle que la rumba congolaise n’a jamais été un art fermé sur lui-même. Bien au contraire, elle s’est construite grâce aux échanges, aux rencontres et aux influences croisées. En accueillant des artistes comme Dele Pedro, Isaac Musekiwa ou Abdul Saki, elle a confirmé sa vocation panafricaine et son pouvoir d’attraction au-delà des frontières linguistiques et nationales.
Samuel Malonga
Compilation : Si tu bois beaucoup, Ta Noël, Bana bakufelaka ngai, Naboyi ba promesses