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Publié par Samuel Malonga

Guvano, le soliste qui a osé défier Nico 

 

En 1966, une nouvelle secoue le monde musical. Trois ans seulement après sa création, l’African Fiesta des éditions Vita explose. Les deux amis, Nico et Rochereau, qui symbolisent la voix et le son de groupe,  se séparent. L’orchestre se divise en deux et chacun des deux protagonistes emporte avec lui son morceau de l’African Fiesta. Cette scission donne naissance à deux groupes distincts : African Fiesta 66 animé par Rochereau et African Fiesta Sukisa dirigé par Nico.

Inhérente à toute dislocation, cette séparation donne lieu à une situation rocambolesque sans commune mesure pour le chanteur et le guitariste. Les deux artistes devenus leur propre patron sont devant un fait accompli, celui de trouver chacun le digne remplaçant de l’autre. Nico devait chercher un chanteur digne de ce nom pour prendre la place de Rochereau. Celui-ci à son tour devrait trouver le plus proche équivalent de Nico. Or les deux artistes ont artistiquement placé la barre très haut que leurs "clones musicaux" sont des denrées rares. Les deux légendes de la musique congolaise moderne sont-elles vraiment remplaçables ? Les voilà pris dans leur propre piège.

 

Dans leur quête, Nico et Rochereau tombent sur deux oiseaux rares : le chanteur Chantal Kazadi dit Zadio venu de Super Élégance et le soliste Jean-Paul Vangu dit Guvano débauché dans Diamant Bleu par Faugus. Ce guitariste qui joue comme Nico est un choix judicieux. Les deux artistes "remplaçants" évoluant dans deux groupes musicalement rivaux, s’illustrent, s’imposent, confirment leur talent d’artiste chacun de son côté. Chantal, loin d’égaler le grand Ley, émerveille par sa voix, ses interprétations et ses propres titres. Un  vrai régal. Guvano mène la danse, tient le pavé en agressant artistiquement le maître. Paul Vangu a pourtant deux modèles : Nico dont il doit affronter pour le compte de son patron et Nedule Papa Noël.

Jusqu’en ces années-là, il y a seulement deux guitaristes en haut de la pyramide :  Franco gratifié du titre de sorcier de la guitare et Docteur Nico, le dieu. Ces légendes sont en quelque sorte les gardiens des styles de leurs écoles respectives. Si Luambo n’a pas de concurrent direct qui nuit à son assise sur les fondements de sa musique, Kasanda commence à se faire de petits soucis.

 

Dès les premiers enregistrements sous les couleurs de l’African Fiesta 66 qui devient en 1967 African Fiesta National Le Peuple, Guvano se montre agressif, se taille une place à côté du maître dont il est l’un des élèves les plus assidus. Son étoile monte au firmament de la musique congolaise. Il bouscule le "dieu" assis sur son trône. Les secousses sont tellement forts qu’il perturbe l’ordre établi. Le Docteur remarque pour la première fois dans sa riche carrière la montée en flèche d’un jeune prodige qui n’a pas froid aux yeux. Peut-il casser les convenances ?  Le Docteur va-t-il tomber de son piédestal ? Guvano innove dans des classiques comme Laisser-toi aimer, Souza, Connaissance koyebana, Likala ya moto, Maria Maria, Marie Jéa, Zando ya malonga, Lili mwana ya quartier, Mwanke, Bana ya Lipopo, Kassoule, Sophie Élodie sans oublier Micheline, Joujou Zena et Garba. Dans Peuple bo juger, L’élève reprend une partition du maître, l’imite fidèlement mais y ajoute une certaine sauce cuisinée à sa façon. Il fait chanter sa guitare dans le prélude de Congo nouveau Afrique nouvelle puis dans Libala ya moyeke. Dans ce déferlement de sons et de rythmes, les chansons se succèdent, le succès et l’euphorie aussi. Émerveillé par les prouesses de son poulain qui au fil des disques ne cesse de monter dans le firmament de la musique avec la maîtrise de la guitare solo, Rochereau, célèbre ses performances dans la foulée de la chanson Mokolo na kokufa par un slogan resté célèbre : "Guvano dans son répertoire". La guitare solo de l’African Fiesta National résonne comme celle de Nico sans pour autant qu’elle soit jouée par lui. Jean-Paul Vangu imite le doigté du maître avec une aisance déconcertante.

 

La rivalité entre les deux franges de l’African Fiesta celle dite National et l’autre appelée Sukisa se transforme vite en une confrontation artistique directe entre Guvano et Nico, entre l’élève et le maître. La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf, va-t-elle éclater ou plutôt réussir à atteindre l’imposante masse musculaire de la ruminante ? En tout cas, quasiment inconnu du grand public dans Diamant Bleu, Guvano devient une vedette qui fait parler de lui, qui fascine par sa maîtrise de la guitare qu’il a apprivoisée. L’école African Jazz peut compter sur lui.

Pour Rochereau et ses fanatiques, Guvano qui a valablement remplacé  Nico remplit honorablement son contrat dans le groupe en accomplissant de la plus belle manière la tâche ardue qu’on lui a confiée. Chouchouté par l’artiste d’ébène, Guvano connaît des moments difficiles. Un accident ménager l’éloigne pendant un bon moment des lieux de production. Le malheur qui est arrivé au jeune guitariste est vite imputé à Nico qui selon la rumeur a vu d’un très mauvais œil la montée fulgurante de Guvano qui lui fait ombrage. En guise de soutien à son poulain en ce moment particulier à la fois pour le soliste et l’orchestre, Rochereau l’immortalise avec le titre Muana ya Vangu.

 

Lorsque le Festival des Maquisards est créé, Guvano étale une fois de plus son savoir- faire dans des classiques comme Zela ngai nasala, Chérie Vicky, Yambi chérie et tant d’autres. Mais vite, le groupe éclate au bout d’une année. L’orchestre Dua qu’il fonde ne fait pas long feu . De guitariste, Guvano se transforme en journaliste de la presse écrite et ne touche pas pendant plusieurs années à son instrument de prédilection qui pourtant a fait sa renommée. Ainsi disparaît du paysage musical congolais, l’un des guitaristes les plus méritant qui selon la rumeur a eu le mérite de mettre le grand Nico Kasanda en difficulté.

Après une longue traversée du désert, Guvano retrouve enfin son premier amour. Il gratte à nouveau les cordes de sa guitare mais refuse d’accepter qu’il a à une certaine époque été le concurrent de Nico.

Samuel Malonga

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Congo Zoba 04/06/2021 12:37

Il parait, ndenge tozalaki koyoka, Rochereau choix na ye ezalaki Bavon Marie Marie, mais ba ndeko na ye bamemela ye Guvano Vangu dit Ya Polo (ndenge bazalaki kobenga ye na bana ya rue Yahuma na commune ya kasavubu), hein Guvano muana, tangu tozalaki na Vita, a qui faisait allusion le vieux kasongo... et dans les Maquisards Sam Mangwana n´hesitera pas de crier Guvano Mokolo...

C. Kim 04/06/2021 08:59

Papa Samuel Malonga, merci. En lisant l'article, je me suis posé la question suivante: " Fallait-il terminer ma lecture ou écouter immédiatement les chansons citées ci-haut?". Quoique amoureux du style Odemba de Franco, de fois ma tête me poussait de rester distant du style fiesta, mais lui-même, le Grand Maître dira un jour : " Tangu nazalaki na poto, nakendaki epiya ya Ley koyekola". Et cela, durant la fameuse période de Lisanga ya Banganga.
Au debut, si j'ai dit :"Papa Samuel Malonga, merci." C'est seulement pour saluer cette capacité d'éclairer ou de remettre les choses à leurs places exactes permettant ainsi aux gens de connaître l'histoire. Une belle voix accompagnée par une belle guitare sous le label African F..., qui ne penserait-il pas ipso facto aux deux génies (Nico et Rochereau) de Fiesta? Et pourtant, il y a eu d'autres prodiges dans le (leur) sillage comme Chantal ou Guvano .

Simba Ndaye 03/06/2021 18:51

Ba lobi na nga te a elubu ya mille moko o kokate o lingi o somba mbisi na ba pigeon makako na makemba ya lituma/ Ba lobi na nga te a o lembi bo tanga mbongo na misapi o lingi o somba eloko miso e kokagama o boya na ba mbongo o ya sanze... Toute mon enfance!!!!
Et mince! J'ai toujours cru que ''Zando ya malonga'' datait de 1964 et que le solo était de Nico Kasanda. Je me trompais. Conclusion: Jean-Paul Vangu était vraiment l'authentique héritier de Nico...