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Publié par Samuel Malonga

La musique est universelle. Chaque peuple possède son art musical. A côté de celui-ci, l’homme où qu’il se trouve a fabriqué les instruments qui lui ont permis de créer  des sons mélodieux pour agrémenter son existence afin de la rendre vivante. La musique a existé au Congo bien avant l’arrivée des Européens. Les ethnies et les tribus congolaises se particularisent par leur musique qui est la façon de véhiculer leurs coutumes donc leur culture. A chaque tribu correspond une musique et une danse. Il y a autant de musiques dites traditionnelles, des danses et des cris qu’il y a des tribus et des ethnies. Le Congo des tribus, des ethnies et des traditions a ses artistes-musiciens et ses musiques, ses danses et ses cris, ses instruments et ses  accessoires. Beaucoup à l’époque sont uniquement voués à un usage musical. D’autres par contre notamment le tam-tam et le lokole servent aussi d’outils de communication pour envoyer des messages codés aux villages alentours, leur langage subtil étant compris. Au regard des éléments figuratifs qu’ils abhorrent, certains instruments notamment la harpe arquée des Mangbetu et des Zande, la sanza, le tambour rituel ou cérémoniel et le tambour à fente, ressemblent à de véritables œuvres d’art. La danse qui est si intimément liée à la chanson est exhibée lors des divertissements sociaux. Le texte chanté exprime une émotion, une sensualité ou une mélancolie. Son expression s’extériorise par le déhanchement des femmes, indice de la valeur artistique dont il découle.

L’utilisation des instruments traditionnels de musique se réduit de plus en plus en ville. Installés dans des centres urbains, les orchestres jouant le folklore utilisent toujours les instruments modernes. Leur emploi désacralise le vœu des ancêtres et défigure quelque peu l’essence de toutes les musiques traditionnelles séculaires qui se voulaient authentiquement africaines. L’expression ethno-tribale de ces musiques ainsi que leurs instruments se noient aujourd’hui dans la mare de la modernité. L’acculturation s’est installée dans le chef de la musique contemporaine au point de mettre le folklore au banc de la culture. Même si certains artistes actuels s’y ressourcent, les instruments traditionnels sont le parent pauvre de la musique congolaise moderne.

Dans la majorité des cas, les instruments traditionnels sont en bois issus des plantes et des arbres. Le bois n’est donc pas le seul matériau qui entre dans la fabrication des  instruments traditionnels congolais. Le fer est aussi employé tout comme d’autres matières premières animales (peau, corne). Fabriqués par des artisans, ils répondent à un besoin social (fête, réjouissance, cérémonie nuptiale), traditionnel (initiation, palabre, naissance, deuil) et culturel (circoncision). L’homme congolais a su faire usage des ressources naturelles en présence pour concevoir et inventer les différents instruments qui par les rythmes produits ont bercé le cours de la vie  dans les villages. Par cette multiplicité de sons et de rythmes, le musicologue et professeur allemand Heinrich Husmann de l’université de Hambourg, considérait le Congo comme étant la région la plus riche du monde en systèmes musicaux. Selon lui, on y retrouverait même les gammes de la Grèce antique.

Les instruments traditionnels n’ont pour la plupart rien avoir avec ceux de la musique moderne. Ils sont nombreux, variés et de toutes tailles. Ce qui indique la richesse dans la créativité des artisans qui les ont conçus puis fabriqués. D’autres ont subi tant soit peu les effets de la modernisation. Pour les besoins d’une bonne sonorisation, le groupe folklorique des Zombo répondant au nom de Konono a électrifié le likembe. Ces instruments ont accompagnés des danses et des cris traditionnels lors des grandes célébrations tribales. Ils ont dégagé une expression de séduction et de sensualité, de poésie et de romantisme, de lyrisme et d’emballement.

Les instruments africains sont généralement classés selon leur nature. On distingue entre autre les aérophones, les cordophones, les idiophones et les membranophones.

I. LES AÉROPHONES

Sont des instruments produisant des sons grâce à la vibration de l’air ambiant ou contenu dans un tube. Ce sont des instruments à vent. Le son est donc produit à l’aide du souffle.

1. La trompe

Elle est fabriquée à l’aide de la corne animale (antilope, bœuf, buffle, zébu) ou de la défense d’un éléphant. Elle conserve la forme de la corne dont elle est fabriquée. L’instrument possède un trou  qui le relie à l’intérieur creux de la corne. La trompe en ivoire est à la fois impressionnante et imposante. Il existe aussi une variété des trompes de bois notamment chez les Bakua Mputu du Kasaï, les Mangbetu et les Pygmées. La trompe est connue sous les noms suivants : mpanda (Warega), mpungi (Kikongo), mvila mvili / mupara / munguani / mbabiyimi / nkuanku / kô (Teke), musembu (Bahungana).

2. Les flûtes

Elles sont généralement des tiges creuses séchées de jeune bambou ou d’un autre végétal.

  2.1. La flûte traversière

En bois ou en bambou, elle doit ce nom au fait qu’elle traverse la bouche du flûtiste par la droite. On y souffle en la tenant de travers. Elle compte au maximum cinq trous. Cette flûte s’appelle mulizi chez les Shi du Sud-Kivu, mpuela ou tuti en Kikongo, ndere chez les Hema.

2.2. La flûte droite

Elle a une embouchure terminale. Le joueur tient  l’instrument verticalement et la joue droit sur lui comme pour la trompette. On l’appelle tuti ou mpuela en Kikongo. Sa variante est la flûte nasale que l’on trouve chez plusieurs peuples dont les Yanzi du Kwango.

2.3. La flûte de pan ou syrinx

Elle est composée d’un assemblage de tubes de roseau ou de bambou de différentes longueurs. L’embouchure de chaque tube est taillée en forme de bec. Le nombre de petits tuyaux qui la compose varie entre 4 et 10. La flûte de pan est formée par plusieurs flûtes droites rassemblées par des liens. Elle est appelée bitanda chez les Yaka, nshiba chez les Luba, mishiba chez les Songye, mishiy chez les Lunda. Elle porte plusieurs noms en Kikongo : kwanga, makwanga, mavonda.

​​​​​​​2.4. La flûte globulaire ou ocarina

Elle possède un corps de forme ovoïde avec quatre à huit petits trous et se tient à la manière d'une flûte traversière. En argile ou en terre cuite, elle est appelée lofolongo par les Mongo et kitolori par les Bembe..

 

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II. LES CORDOPHONES

L’Afrique est le continent des cordophones. Les cultures africaines ont en effet fait émerger plusieurs types totalement inconnus ailleurs. Les cordes sont de nature végétale (fibres de raphia, lanière d’écorce), animale (crin de queue de girafe) ou métallique (fil de fer).  

1. Le pluriarc

Il est composé de plusieurs arcs accolés les uns aux autres et fixés à la caisse de résonnance. Chacun de ces arcs est muni d’une corde. Le pluriarc n’est autre que le luth à archet qui a le plus souvent cinq cordes. L’instrument porte différents noms selons les tribus : longombe (Nkundo), lungoyongoyo (Kikongo), ngweme (Teke), motumbe (Ngombe).

 

2. La harpe arquée

C’est un instrument à cordes pincées qui a entre 60 et 80 cm de long. Elle est connue sous le nom de kundi chez les Zande, domu chez les Mangbetu, seto chez les Ngbandi.

3. La cithare sur bâton

L’instrument se compose d’une corde tendue au-dessus d’un support en bois qui repose sur une caisse de résonance de forme arrondie. Il est connu sous les noms vernaculaires suivants: enanga (Nande), esanzo (Mongo), inanga (Lega, Rundi),  langangu (Mbunda), lulanga (Shi), lunzenze (Luba-Kasai), nedongu (Mangbetu).

4. L’arc musical

C’est un arc de chasse transformé en instrument de musique après y avoir ajouté une calebasse fixée à l’arc pour faire office de caisse de résonance et une corde tendue vers l’arc.  Pour le jouer, le musicien tient l’instrument à la  verticale. Parmi les peuples congolais, l’arc à bouche est connu sous les noms vernaculaires suivants : belumu (Pygmées), dweme ou ngomi (Boma), ekibulenge (Nande), kadad (Lunda), lingungu (Lega), longofi (Mangbetu), longombi (Mongo), lukungu (Pende), lunkombe / nkutu kubidi (Luba Kasai), lunzenze (Tshokwe), lusuba (Luba Katanga), mbela (Ngbaka), nedungu / nelingoti (Mangbetu), nguem (Teke), nzenze (Shi), rukung (Lunda), zeze (Nande).

5. L’arc à bouche ou arc musical à résonateur buccal 

Probablement ancêtre de tous les instruments à corde, il  se compose d’une tige flexible dont les deux extrémités sont reliées par une corde en roseau ou en fibre mesurant entre 50 et 70 cm. Pour le jouer, le musicien tient la corde entre les lèvres à une de ses extrémités et la frappe d’une main à l’aide d’une baguette. La bouche fait office de caisse de résonance. L’instrument est tenu à l’horizontale lorsqu’il est joué. Parmi les peuples congolais, l’arc à bouche est connu sous les mêmes noms vernaculaires que l’arc musical.

6. L’arc-en-terre

Il se compose d’une tige flexible dont une extrémité est solidement plantée dans le sol et d'une corde tendue verticalement jusque dans un petit trou couvert de feuille de bananier ou d’écorce qui fait office de caisse de résonnance. Le joueur s’agenouille ou s’accroupit. La corde est pincée entre l’index et le pouce. L’arc-en-terre peut aussi être utilisé comme un simple jouet. Parmi les peuples congolais, l’instrument est connu sous les mêmes noms vernaculaires que l’arc musical et l’arc à bouche.

 

III. LES IDIOPHONES

Ce sont des instruments de musique qui produisent des sons par eux-mêmes, sans caisse de résonance. Ils ne possèdent ni corde ni membrane. Selon leur mode d’émission sonore, on distingue les idiophones par percussion, par pincement, par raclement, par secouement etc.

  1. Les idiophones par pincement

L’émission se fait avec des lames qui vibrent.

1.1. La sanza

C’est un morceau de bois en forme de parallélépipède rectangle vidé qui porte des lamelles métalliques ou végétales de tailles variées. Leur nombre varie entre six et vingt comme chez les Pende. Mais la majorité des instruments en possèdent dix.  Appelée piano à pouce par les coloniaux et les missionnaires dans leurs écrits, ce lamellophone est répandu quasiment dans toute l’Afrique noire. Il n’a pas d’équivalent dans le corps instrumental occidental. La sanza a traversé l’Atlantique avec les esclaves qui l’ont amenée avec eux. On la trouve aux Caraïbes. Elle porte le nom de marimbula à Cuba, manuba en Haïti, rumba box ou thumb piano en Jamaïque. C’est un vieil instrument dont les premiers spécimens ont vu le jour il y a 3.000 ans aux alentours de l’actuel Cameroun. Michel Ngongo, professeur et musicologue, remarque une transposition des sons produits par la sanza sur la guitare. De ce fait, il estime qu’elle a fini ainsi par donner naissance à l’usage de la guitare solo dans la musique congolaise. Car les Congolais sont pratiquement les seuls à avoir un musicien dans l’orchestre qui joue uniquement de la guitare solo, alors qu’ailleurs le guitariste n’a pas cette spécificité. Parmi les peuples congolais, la sanza est connue sous les noms vernaculaires suivants : tshisanji tsha nzadi (Tshiluba), sambi / ndara (Kikongo), likembe (Lingala), kisanji (Teke), esanzo (Nkundo, Ekonda).

2. Les idiophones par secouement

L’émission du son se fait lorsque l’instrument est remué.

2.1. Le hochet

Instrument de prédilection des femmes, il est composé d’un manche ou poignet et d’un élément rempli de grains. Il est la version primitive du maracas. Le hochet utilisé en musique par les atalaku n’a pas de manche. On distingue notamment le hochet calebasse, tressé, en boule et en métal. Parmi les peuples congolais, il est connu sous les noms vernaculaires suivants: pedo (Swahili), disaka (Tshiluba), kinsakala / nsakala / nsansi (Kikongo), kisakasaka (Lingala), sheker (musique), tshotsha (Tshokwe), wanga (Ngbaka), yatsh (Kuba), zeze (Ngbandi). Le hochet-calebasse s’appelle en kikongo mukwanga  ou nkwanga.

 

2.2. Le grelot

Objet sphérique creux ou de forme proche de la sphère, c’est un maracas de poignet  attaché comme un bracelet. Il est utilisé par les percussionnistes. Il en existe en métal et en  matières végétales. Lorsqu’il est secoué l’objet placé à l’intérieur (bille, perle, cailloux, grains) le fait résonner en heurtant la paroi qui est fendue ou percée de trous. Il constitue souvent un accessoire rythmique qui est souvent porté par les batteurs de tam-tam. Il est appelé kiozi, nkembi a moko (hochet pour les mains) ou nsansi en Kikongo. A Cuba, ce petit bruiteur porte curieusement le nom de nkembi.

3. Les idiophones par raclement ou friction

L’émission du son se fait par le frottement de l’instrument.

​​​​​​​3.1. La racle, le racleur ou le frottoir

Peut-être originaire de la RDC, l’instrument a une longueur qui oscille entre 30 et 120 cm. Il est constitué d’un racloir incisé de nombreuses encoches transversales qu’on frotte avec une baguette souple. L’instrument porte le nom de mvunku en Tshiluba, munkwaka en Kikongo, dikwakasa chez les Luba du Katanga et mukwasa dans le Maï-Ndombe.  Avec l’esclavage, le racleur a traversé l’Atlantique. Un peu modernisé, il est quasiment répandu dans toute l’Amérique latine. Il porte le nom de guiro à Cuba.

4. Les idiophones par percussion ou frappement

L'émission du son se fait par le frappement d'un percuteur manipulé par le musicien.

​​​​​​​4.1. Le xylophone

L’instrument est constitué des lames en bois juxtaposées et montées sur des calebasses qui servent de caisse de résonnance. Il existe aussi des xylophones sans calebasses. On frappe les lames avec de petits maillets. Il est le plus souvent joué à deux. Il existe des xylophones à une seule touche jusqu’à ceux qui en comptent dix-sept. C’est un instrument complexe qui demande une grande habileté dans ses techniques de fabrication. Appelé balafon en Afrique de l’Ouest, beaucoup pensent que le xylophone  est le précurseur du synthétiseur. Parmi les peuples congolais, il est connu sous les noms vernaculaires suivants : pandingbwa (Zande), madimba (Kikongo, Luba, Pende), anemba (Tetela), bifanda (Yaka), djimba (Tshokwe), dujimba (Lunda), didimba-dimba (Luba Katanga), endara (Nande), gbengbe (Budja),  manza / bandjanda (Ngbaka, Ngbandi),  midimb (Lunda).  

​​​​​​​4.2. Le gong (double cloche métallique)

De forme conique, simple ou double (la plus répandue) , c’est dit-on l’instrument de musique le plus ancien du Congo. Lorsque les cloches sont doubles, les deux cônes donnent deux sons différents et sont réunis par un manche. Le gong est très utilisé pour accompagner les danses. L’Eglise du Saint-Esprit (Bangunza) est l’une des premières à l’avoir utilisé dans les cultes. L’instrument est joué avec une baguette tour à tour sur les deux cloches. Parmi les peuples congolais, il est connu sous les noms vernaculaires suivants : ngongi (Kikongo), ngonga (Tsiluba), kengele (Swahili), lubembo (Katanga), munku / inkoro (Teke).

 

​​​​​​​4.3. La bouteille vide en verre

Elle est parfois utilisée comme instrument de percussion. Tenue verticalement, on y frappe dessus avec une cuillère. La bouteille de bière est la plus utilisée.

​​​​​​​4.4. Le corps humain

Le corps humain peut être employé comme idiophone à percussion c’est-à-dire un instrument de musique pendant la danse. Le battement des mains produit des sons joyeux. Il en est de même pour les coups de mains sur la bouche en même temps que l’on crie. Une autre manière de produire le son avec les membres du corps est le piétinement du sol (par les hommes) qui ajoute un brin d’ambiance et de gaité.

​​​​​​​4.5. Le tambour de bois

 4.5.1.   Lokombe

C’est un instrument musical de forme trapézoïdale que l’on trouve principalement chez les Tetela et les Warega. Il se joue avec deux baguettes. C’est une sorte de tam-tam qui porte une large fente et qui est taillé dans un tronc d'arbre spécial. Il est aussi utilisé pour transmettre des messages.

4.5.2.   Le tambour à fente (lokole)

Petit tambour frappé à l'aide de deux baguettes, il est entièrement fait en bois. Contrairement aux autres sortes de tambour, le lokole n’a pas de peau d’animaux. A la place, il y a une fente qui fait office d’ouverture de résonnance. Son origine semble se trouver chez le peuple Mongo. Les modèles les plus courants sont le tambour trapézoïdal et cylindrique. Il en existe aussi en forme de tulipe, de demi-lune, de bateau ou en forme animale. La résonnance du tambour à fente est plus grande que celle du tambour à peau. Parmi les peuples congolais, il est connu sous les noms vernaculaires suivants: itwoomba (Kuba), tshondo (Tshiluba, Swahili), mondo / mukonzi / nkonko / kiondo (Kikongo), kyondo (Kiluba), boungou (Lokele), bugu / gugu (Zande),  gbugbu (Ngbandi),  kiyondo (Songye), lokole (Batwa, Ekonda, Mongo), mandru (Mangbetu), mond (Lunda), mongungu (Ngombe), ndundu (Pygmées), tshingufu (Tshokwe), mukoku ngombu (Yaka). Le grand tambour à fente de forme trapézoïdale est appelé lukumbi ou nkumvi en Kikongo.

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IV. LES MEMBRANOPHONES

Ce sont des instruments.de percussion dont les sons sont produits par la vibration d’une membrane tendue sur un cadre. 

1. Le tam-tam ou tambour (à peau)

Instrument-roi donc incontournable de la musique traditionnelle, il est présent dans toutes les cultures locales. Il joue le rôle de la guitare solo qui fait danser le public.  Il est taillé à partir de longs troncs d’arbres évidés. Vu la richesse de nos forêts, chaque tribu a son essence pour la fabrication du tambour. Il s’appelle mu ngoma-ngoma chez les  Kongo, mongei chez les Teke, mungele chez les Bangongo et mungiedi chez les Bahungana du Bandundu. Le tam-tam est le plus souvent de forme cylindrique. Sa membrane étirée sur un cadre en bois et nattée ou fixée à l’aide de clous est une peau d’animal (vache, mouton, antilope, chèvre). Le plus souvent, on applique au milieu une sorte de pâte pour avoir un son différent. L’accord de la membrane se fait sous l’action de la chaleur en mettant le tambour au-dessus d’un feu. Le tam-tam est joué à mains nues en frappant la membrane. Il peut aussi être percuté avec un bâton. Le batteur porte parfois des grelots autour de ses poignets pour ajouter un timbre supplémentaire dans son instrument. Généralement joué debout (parfois aussi assis), le tambour est tenu obliquement entre les jambes et attaché à la taille par une corde.

Le plus grand tambour peut mesurer un mètre. Il existe aussi ceux de taille moyenne comme de petite taille. Ils varient selon les ethnies et les tribus. Le tam-tam chante lorsqu’il produit des sons merveilleux qui invitent à la danse. C’est aussi un instrument parleur. Par un système de code rythmique approprié, il transmet des invitations, communique une bonne (naissance, intronisation d’un chef) ou une mauvaise nouvelle (deuil, présence des ennemis), annonce la récolte ou le jour du marché dans les villages environnants. Cette fonction sociale qu’il assurait autrefois semble aujourd’hui disparue. Notons qu’il y a environ 300 types de tambours au Congo. Parmi les  peuples congolais, le tam-tam est connu sous les noms vernaculaires suivants: ngoma (Kikongo, Swahili, Tshiluba, Warega), mbonda (Lingala).

Si dans beaucoup de patois congolais, le mot "ngoma" est le terme générique qui désigne tous les tambours, il existe une gamme variée des tamtams. Les différentes sortes de cet instrument portent selon les tribus et les ethnies des noms bien particuliers : bulup (Kuba), ngomo (Bahungana), ditumba (Luba du Kasaï et du Katanga), mukupela (grand tambour des Tshokwe), ndungu (tambour tronconique allongé des Kongo), ngomonene, mumbomba ou idudu (différents tambours à peau des Teke). Le ngoma serait l’ancêtre de deux types de tambours universellement utilisés : la conga cubaine et l’atabaque brésilien.

 

2. Le tambour à double membrane

C’est un tam-tam cylindrique qui a une membrane de chaque côté. Il est porté à l’épaule à l’aide d’une courroie. Le joueur le bat simultanément d’un côté avec sa main et de l’autre avec une baguette ou une mailloche. En Kikongo, il est dénommé bandi (de l’anglais band).

 

3. Le tambour à friction 

Constitué d'un fût cylindrique comme caisse de résonance, il est recouvert d'une membrane à travers laquelle une tige de bois ou de bambou est fixée. Le joueur frotte la tige avec une main mouillée pour garantir une meilleure friction. L'autre main, laissée libre, exerce une pression plus ou moins forte sur la membrane afin d'en modifier le ton. Le tambour à friction imite le rugissement du lion ou du léopard. Par contre, le son  est comparé au grognement du cochon. Parmi les peuples congolais, l’instrument est connu sous les noms vernaculaires suivants: kwita (Tshokwe), mfing nene (Mbunda), mondo (Yaka), mondule (Ekonda), mpwit (Lunda), ngoma i pwita (Tshiluba), mukwiti / kingulu-ngulu / nkwiti (Kikongo), pwita (Songye), koy na bula (Kuba, Pende). ngoma wa bimrunku / tambwe ngoma (Kanyoka). A Cuba, il s’appelle kinfuiti (sûrement une déformation du Kikongo nkwiti).

4. Le tambour sur cadre

Le tambour sur cadre est moins présent au Congo. Si la quasi-totalité des ethnies utilisent le tambour circulaire, certaines dont les Kongo et les Pende font aussi usage du patenge. Les Luba-Shankadi l’appellent tambur (altération du terme français tambour) tandis que les Luba Kasaï le désignent sous le nom générique de ngoma. C’est un petit tambour plat de forme carrée ou rectangulaire sur cadre en bois. Il se joue à l'aide des mains. On fait varier le timbre en appuyant sur la peau avec le talon. L’instrument est toujours posé entre les jambes et se joue en position assise. Sa membrane est une peau d'antilope, de mouton  ou de chèvre. Le patenge, dit-on, a donné naissance aux bongos cubains.

5. Le tambour d’aisselle

De forme cintrée, il est composé de deux peaux reliées et tendues par un laçage de corde. Il est frappé avec une baguette courbe. L’instrument est appelé ntambu en Kikongo.

La musique du village, de la tribu ou du groupement ethnique offre un nombre impressionnant d’instruments traditionnels. Cette diversité de produits musicaux montre l’esprit créateur des artistes des 450 tribus que comptent la RDC. Beaucoup de ces instruments ne sont pas répertoriés ici. On peut ajouter entre autre la cloche (ngunga en Kikongo,  kpworo / ngbongbo en Ngbandi), les sonnailles, le sifflet (piololo / filimbi  en Swahili, kashiba / piololo en Tshiluba), piololo en Lingala, mpiololo en Kikongo), le mirliton, le violon monocorde (akaghovoghovo en Nande,   lungoyongoyo ou nkenkete en Kikongo), ndingiti en Hema). Signalons que plusieurs noms culturels venus du Congo ayant un rapport avec la danse, le rythme et les instruments ont été hispanisés ou altérés avant de s’imposer dans la musique cubaine ou caribéenne. C’est le cas notamment de madimba devenu marimba ; nkumba (danse de)  transformé en rumba ; ngoma déformé conga, ngongi a évolué en ngongui. On trouve aussi à Cuba des tambours qui portent des noms kongo comme makuta (larges tambours rebondis ou tambour-tonneau) et yuka (longs tambours cylindriques qui se joue en groupe de trois). La conga (tumba ou tumbadora) est également appelée tambour Congo.

En RDC comme dans toute l’Afrique sub-saharienne, les instruments traditionnels font revivre des sons qui émanent des musiques anciennes. Celles-ci perdurent encore malgré les progrès technologiques et toutes les facilités qu’offrent la modernité.

Samuel Malonga

 

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B
Comme l'ont déjà dit avant moi ceux qui ont eu à intervenir, c'est un véritable travail de fourmi. Je connais les instruments comme les tambours, les arcs musicaux. J'ai même appris à jouer de l'arc à bouche. Il y a aussi le xylophone qui ressemble un peu à ce que nous appelons balafon et les grelots qui sont utilisés ici en Côte d'Ivoire. Pour le grand reste, c'est une nouveauté pour moi, bien sûr que je n'ai pas fouiné dans tous les confins du pays. Je n'ai cité que ceux que je vois régulièrement. J'ai été très content de voir la sanza, dont le nom revient souvent dans les chansons congolaises. Merci pour le travail fait.
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S
Impressionnant...
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L
Chers Messager et Sam Malonga,<br /> Bonjour et merci pour tout le travail énorme que Sam Malonga vient de réaliser. Enfin, un bon répertoire pour trouver ou retrouver des instruments traditionnels de musique. En attente ,bien à vous.
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S
Je t'en prie.
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M
Sam,<br /> Comme d’habitude, tu as encore réalisé un véritable article de fond. Un travail fouiné et scientifique.<br /> <br /> Messager
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