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Publié par Samuel Malonga

Vieux Néron, le compositeur de Nzambele ngingo

La saga des bills et des yankés de Léopoldville a été à maintes reprises racontée dans les colonnes de Mbokamosika. Nous n’allons pas y revenir. Mais dans la suite de cette période qui a marqué la jeunesse de la capitale, nous nous sommes souvenus d’un nom et d’une chanson. Un air populaire qui à l’époque a été entonné tant par les aînés que par les enfants. Et pourtant son auteur n´est pas un artiste-musicien conventionnel. Ce compositeur d’un jour a excellé dans un autre domaine qui a nourri la musique par sa présence en son sein et par son influence dans le quotidien de Léopoldville de l’époque : le billisme. Si le nom de Joseph Katshaya Kopombo est quasiment inconnu du public, celui de vieux Néron, est bien célèbre surtout à Ngiri-Ngiri. Le patronyme familial et le pseudonyme sont le reflet d’un seul et même personnage. Son de guerre faisait peur et inspirait respect. Beaucoup ignorent pourtant que c’est lui le compositeur de Nzambele ngingo appelé aussi Wele Ngingo ou Wele kingo. Cette chanson célèbre a marqué son époque. Elle était même devenue le chant de ralliement de tous les bills de Kinshasa mieux leur hymne. La danse qui l’accompagnait était digne des gourbas et autres fervents du kintulu et du kamo.

 

Vieux Néron est né vers 1935. A la différence des autres bills, son sobriquet n’est pas sorti d’un film western mais plutôt de Rome antique. On l’appelait aussi vieux Monerona dans le quartier Far West à Ngiri-Ngiri, devenu en lingala quartier Mofewana. Il trace sa voie dans son quartier dans la suite de vieux William Booth considéré comme l’ancêtre des bills. De par sa force physique doublée par le kamo, vieux Néron acquit un nième sobriquet : Prêtre de la puissance. Sa rencontre avec père Buffalo est déterminante et décisive. C’est le tournant. Le shérrif de Mofewana se dépouille de sa casaque de Néron pour se retrouver dans sa carapace d’origine afin de se fondre dans la peau de Joseph. Le loup est redevenu agneau. L’homme s’est toujours considéré comme un vrai bill, c’est-à-dire un justicier qui défendait les siens en punissant ces terroristes qu’étaient les faux bills. Vieux Monerona a tiré sa révérence en 2007.

 

Voici le texte de sa chanson (à modifier si possible)

 

Nzambe (4x)

Nzambe na likolo ba yanké na se

 

Wele wele wele ngingo

Nzambe

 

Masta, mast’oyo                      
Ah mast’oyo                               
Masta akimi combat                
Ah mast’oyo

Masta abundaka te   
Ah mast’oyo   
                              ‘

Likolo ya nzele

Ah mast’oyo

 

Petit nzele (2x)

Petit nzele na kokumba yo na camp GD oh

Sanduku na moto

 

Samuel Malonga

 

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A notre époque on racontait que le vieux Néron sous l'effet du fétiche qu'on appelait chez les Bills ou yankees ( CAMON ou BILAI), qui faisait trembler les jambes ,contaminait tout le corps...

Alors le vieux Neron avait la capacité de briser une dame jeanne vide de 5 litres par un coup de tête ,soit en piétinant par son pied droit sans se blesser ,ne se faire du mal. Alors l'adversaire se sentant petit se retire et demande pardon, soit fuir par peur d’être briser en pièces comme la dame jeanne. Et si tu demandes pardon (sans fuir) alors le vieux te mettra à genoux, et fera tout ce qu'il va te dire devant le public. Et tu seras l'objet de moqueries des petits et surtout des femmes.

 

VOICI SON ANIMATION FINAL:

"Nzambele kingo ,nzambele yeye

Nzambele kingo , nzambele yeye

Nzambele kingo , nzambele yeye

Nzambele kingo , nzambele yeye"


N.B: plusieurs fois

 

LUSED

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.

Messager,

si vous pouvez programmer la chanson de Vieux Yorgho-Franco "Mbanda akoti Kikumbi" qui décrit un peu son enfance dans ce quartier du Far-West. Nabetaka moto na Nzete...Nzete ekauka".....botika kotumola ngai....Luambo ayebaki William Booth! Pour mieux démarrer ce week-end!

 

Michel Kinzonzi

 

 

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Messager 02/09/2016 15:29

Michel,

Je viens de diffuser la chanson de Franco, en bas de l'article de Samuel Malonga.

Messager

Michel Kinzonzi 02/09/2016 13:08

Messager,
si vous pouvez programmé la chanson de Vieux Yorgho-Franco "Mbanda akoti Kikumbi" qui décrit un peu son enfance dans ce quartier du Far-West.Nabetaka moto na Nzete...Nzete ekauka".....botika kotumola ngai....Luambo ayebaki William Booth! Pour mieux démarrer ce week-end!

Samuel Malonga 02/09/2016 18:04

Merci Michel pour cette chanson de Grand Maître. Elle nous met dans l'ambiance de son enfance tumulteuse à Far West autrement dit Mofewana.

Messager 02/09/2016 14:50

Michel,

Je vais chercher ce titre.

Messager

Pedro 02/09/2016 13:07

Donc la chanson Nzamblele Ngingo a vraiment un compositeur identifié et quelqu’un a eu le soin de le photographier pour la postérité à côté d’autres bills fossilisés ! Et le décor témoigne de la même décadence qui ne nous a jamais abandonnés depuis la cité coloniale. Nkenda ye kiadi.

Dans une des éditions de Jeunes pour Jeunes, il y a un épisode unique (c’est-à-dire, contrairement aux épisodes de Sinatra et Erol ou Apolosa et Kikwata qu’on attendait dans les éditions suivantes) où des bills ont tellement dérangé l’école qu’ils ont été expulsés par le directeur. A la fin de l’épisode, ils admettent tous que, comme dit l’un d’eux en parfait indoubil, « Nzakomba likolo bayanké na se, tobebisi l’avenir, bampela à moi ».

Ngimbi Kalumvueziko 02/09/2016 06:53

Je parle brievement du phénomene Indoubill et Yankées dans mon livre, KIBONGE, LE SEIGNEUR DU FOOTBALL CONGOLAIS, publié en 2015 aux "editions EDILIVRE de Paris. En voii l'extrait:

""Kibonge était encore trop jeune pour saisir la portée réelle de tous ces événements qui se déroulaient autour de lui. Comme les autres enfants de son âge, il traversait une période où les bouleversements internes priment sur les changements qui se produisent autour de soi. Le cinéma, la musique et le sport particulièrement le football occupaient la plus grande partie du temps de loisir. Kibonge et ses camarades allaient souvent assister à des séances de cinéma nocturnes en plein air. Depuis 1951, l’Abbé Cornil, un prêtre de la CICM, s’était lancé dans l’éducation du public par le cinéma. Il projetait régulièrement en plein air des films dans les différents quartiers de la Cité indigène et réalisait en plus des films de fiction avec des acteurs congolais dont la fameuse série Mbumbulu.
 A Léopoldville, les films à caractère éducatif furent rapidement supplantés par les films Western très prisés à l’époque par les jeunes. Des Congolais avaient ouvert des salles de cinéma dans la Cité, tels Astra, Macauley à Citas, Siluvangi à Kinshasa, dans lesquels les jeunes Congolais se ruaient pour noyer leur ennui. Les images des héros des films Western américains les plongeaient dans un monde d’illusions, les faisant rêver au point de les pousser à chercher à les imiter. Cela donna naissance au phénomène Indoubill, une culture de la rue calquée sur l’image de ces héros du Far West américain auxquels les jeunes cherchaient à s’identifier. On vit ainsi apparaître des bandes de garçons, appelés Bills et Yankées, portant des noms évocateurs comme Garry Cooper, Burt Lancaster, Tex Stone, Pecos ou encore Wayne et reconnaissables par leur accoutrement -imitation des Cow Boys américains- et leur langage, le Indoubill, sorte d’argot du Lingala plein de néologismes. Ils se partageaient des territoires, véritables zones de non droit, baptisés de noms sortis de leurs rêves tels ONU Britannique à Matete, Far West et Dynamique à Ngiri-Ngiri, Texas et Casamar à Citas, Las Vegas à Lemba, US (Uz) et Juif à Léo II (Kintambo). Ils avaient leurs repaires, appelés ranch, interdits aux non-initiés, où ils s’adonnaient à la consommation du chanvre indien, diamba ou noix. C’étaient de véritables délinquants qui semaient la terreur dans les quartiers de Léopoldville. Les anciens de Léopoldville doivent encore garder le souvenir des figures emblématiques des Bills et Yankées qu’étaient Bingema, Ebende, Willy Cody et Vieux Porin à Léo II (Kintambo), William Booth, Gazin et Néron, le compositeur de l’hymne des Yankées Wele, Wele, Wele Kingo Nzambe, à Ngiri-Ngiri, Libre et Soto à Léo I (Kinshasa), Burt Lancaster, Samson et Léopard à Renkin (Kalamu), Océan, Wagon et Zorro à Matete, Mive John, Pecos et Duguru à Ndjili, le musicien Jimmy Zacharie Elenga et de Gazin à Saint Jean (Linguala).
 Le Père scheutiste Jef de Laet (1931-2009), connu à Léopoldville et Kinshasa sous le nom de Père Buffalo, est arrivé au Congo en 1957. Apres avoir servi comme Vicaire à l’école Saint Boniface de Matete, il fut muté à la paroisse Pie X de Ngiri-Ngiri en 1959. C’est là où il a été en contact direct  avec le phénomène Indoubill et Yankées. Prenant conscience des dangers réels de déperdition de la jeunesse que posait ce phénomène, il s’est senti la vocation de le combattre par la réinsertion des jeunes marginalisés dans la société, en leur apprenant des métiers. Sa méthode était originale; il s’intégrait dans leur milieu, vivant comme eux, parlant l’Indoubill pour gagner leur confiance jusqu’à en faire presque des amis, n’hésitant pas à l’occasion, comme il se disait, à les accompagner dans la consommation de diamba ! Pour cela, il avait accepté d’être appelé Père Buffalo, une appellation qui sonnait bien pour les Bills et Yankées. Quand il fut muté dans la commune de Kinshasa au début des années 1980, il choisit de vivre en dehors de la Paroisse St Pierre dans une parcelle où il avait ouvert un cabaret, le Cabaret Liyoto, un foyer d’activités culturelles, où se produisaient régulièrement une troupe de théâtre, une troupe de spectacle et l’orchestre Minzoto Wela Wela qu’il avait créés. Sa troupe de spectacle en particulier a produit des œuvres de grande valeur artistique, telle l’Opérette Takinga que les Kinois de cette époque-là évoquent encore avec beaucoup de nostalgie.""

Ngimbi Kalumvueziko

Lused 02/09/2016 00:55

A notre epoque on racontait que le vieux Neron sous l'effet du fetiche qu'on appelait chez les Bills ou yankees ( CAMON ou BILAI), qui faisait trembler les jambes ,contaminait tout le corps...

Alors le vieux Neron avait la capacite de briser une dame jeanne vide de 5 litres par un coup de tete ,soit en pietinant par sont pied droit sans se blesser ,ne se faire du mal.Alors l'adversaire se sentant petit se retire et demande pardon ,soit fuit par peur d'etre briser en pieces comme la dame jeanne.Et si tu demandes pardon (sans fuir) alors le vieux te mettra a genoux,et faira tout ce qu' il va te dire devant le public.Et tu seras l'objet de moqueries des petits et surtout des femmes.

Lused 02/09/2016 00:34

VOICI SON ANIMATION FINAL:

"Nzambele kingo ,nzambele yeye
Nzambele kingo , nzambele yeye
Nzambele kingo , nzambele yeye
Nzambele kingo , nzambele yeye

N.B: plusieurs fois

Messager 01/09/2016 20:20

Samuel,
Ton article mérite qu’on reparle encore du phénomène « Bill », « Yankee », « Cow-boys ». En cet égard, en plus de tout ce que nous avions déjà évoqué antérieurement , nous pouvons aussi ajouter que le mouvement des Bills et des Yankee peut être intégré à la désobéissance civique vers la fin de la colonisation.
Tous ces yankee vivaient à la cité et faisaient partie des jeunes qui avaient défié l’autorité coloniale en fumant du chanvre. Philippe Kanza, le frère de Thomas Kanza nous avait révélé lors d’une conférence qu’en 1958, Jean Jacques Kandé avait signé un article audacieux et provocateur intitulé « Oui on fume du chanvre à la cité ». Dans cet article, Kande avait argué que le jeunes fumaient du chanvre à cause des difficultés consécutives à la colonisation.
Nous savons que parmi ces jeunes « crapules » de l’époque, certains sont devenus des autorités et ont occupé de hautes fonctions, d’autres des officiers généraux et supérieurs dans l’Armée, et ceux qui avaient négligé les études ont mené une vie précaire.
Messager

Samuel Malonga 02/09/2016 18:01

Le billisme a été sans doute une réponse des jeunes à une certaine situation sociale qui aujourd'hui est visible avec le phénomène kuluna. Il manque de nos jours des hommes de la trempe de Père Buffalo pour essayer d'affronter le problème face à la démission des parents et des responsables politiques. Notons qu'il y avait aussi de jeunes femmes yankés qu'on appelait "bilesses". Nous y reviendrons peut-être un jour.