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Publié par Samuel Malonga

 

L’homme le plus riche du Congo belge

Le patronyme  "Tshombe" est devenu célèbre au Congo et dans le monde grâce à Moïse Tshombe l’ancien Premier ministre de la RDC. D’aucun se rappelle toujours de la boutade que l’ancien président du Katanga lança à l’endroit de Cyrile Adoula, alors chef du gouvernement central, qui se méfiait de lui : « Moi je suis d'abord né dans une famille de chefs, mon père est riche, mes frères sont riches, Adoula c'est un ancien commis de la Cofaco qui gagnait quoi ?… 2.000 francs. » Moïse Tshombe est non seulement né dans un berceau doré mais aussi dans une famille noble. Monsieur Tiroir-caisse, ce fils à papa, dormait sur une grosse fortune que lui a léguée son père, le richissime Joseph Kapend. Ce dernier est en effet l’homme d’affaires le plus prospère de la colonie à une époque où les opérateurs économiques congolais ne sont pas nombreux et la petite bourgeoise locale encore embryonnaire. Kapend est une figure marquante dans l’histoire du business au Katanga.

 

Monsieur  Manioc

Originaire de Sandoa, Joseph Kapend est né vers 1889 dans ce qui est encore l’État Indépendant du Congo. Issu d’une famille de négociants, ses ancêtres partent de Musumba (signifie ‘’Camp’’ en langue ruund) à Lobito et à Luanda voire sur les côtes de l’océan indien pour leur commerce. Leurs partenaires sont des Portugais et des Arabes avec qui ils échangent des peaux de léopard, de l’ivoire et du sel contre les étoffes et des produits venus d’Europe ou d’Arabie. Vers 1914, le jeune joseph Kapend se lance comme ses aïeux dans les affaires. Il ouvre un comptoir à Musumba, reprend la vente de sel et de manioc en  association avec un oncle maternel pour les écouler au Kasaï. Le commerce de manioc appelé "tshomba"  en tshiluba  lui vaut le sobriquet de Tshombe. Ce surnom va lui coller définitivement à la peau pour devenir le patronyme de sa famille. En 1918, Joseph Kapend Tshombe entre dans la cours impériale. Il épouse la princesse Louise Kat a Kamin, la fille du Mwant Yav Kaumb, empereur de Lunda-Ruund. De cette union naît 11 enfants dont le fils aîné est prénommé Moïse, le futur premier ministre.

 

Millionnaire en francs belges

Le richissime Joseph Kapend a plusieurs atouts. Il parle français et a appris la comptabilité. Ces deux avantages lui permettent de gérer et d’étendre son empire commercial tentaculaire. Ces activités commerciales sont nombreuses et variées. Le premier grand patron congolais possède en effet des magasins, un hôtel, des immenses plantations, des moulins, des péniches, une flotte de camions, une pharmacie, une boucherie, une quincaillerie, une minoterie, un abattoir, une forge et un entrepôt. En homme d’affaires avisé, Kapend établit des relations commerciales avec l’Angola portugais par la création d’un poste de négoces dans les environs de la localité minière de Dundu. Très vite, il devient le premier millionnaire congolais. Il emploie même sept ressortissants belges à Sandoa où il réside. En 1942, Joseph Kapend Tshombe s’associe avec ses deux fils, Moïse et David, et fonde la première société marchande conçue par un Congolais : les Établissements Joseph Kapend & Fils. Son siège est installé à Élisabethville qui à l’époque est le sanctuaire des entreprises européennes. Un capital d’un million cinq cents mille francs congolais, autant en francs belges (environ 37.500 euros), pris dans ses propres fonds est injecté dans cet investissement. Une somme considérable à l’époque et une première au Congo belge. De facto, Kapend reçoit la considération et l’estime des blancs. L’homme est à la tête d’un immense empire commercial qui s’étend dans les territoires de Sandoa, de Dilolo et de Kapanga, en passant par le  sud du Kasaï et Élisabethville enfin dans les localités frontalières en Angola. Mais ce succès cache mal les injustices que subit l’homme le plus riche du Congo belge. Il est souvent victime de discrimination dans l’octroi des crédits bancaires et fait les frais d’une concurrence déloyale. Le millionnaire a beaucoup de démêlées avec l’administration pour la simple raison qu’il est Congolais, Noir et très riche. Les colons voient d´un très mauvais œil la réussite de cet indigène. Les autorités coloniales qui ont refusé de laisser partir son fils Moïse étudier aux États-Unis, sont jaloux de son dynamisme  florissant et de l´expansion de ses affaires qui au Katanga mettent à mal le commerce des négociants portugais, belges, juifs ou grecs. Joseph Kapend n’est pas seulement le premier millionnaire congolais en francs belges, mais aussi le premier Congolais à avoir acheté une voiture (une Chevrolet en 1928) et le premier congolais à avoir visité la Belgique en 1948 à ses propres frais. Seul tableau sombre dans ce palmarès élogieux, le prodigieux homme d’affaires de Sandoa passe presque pour un inconnu à Léopoldville. Au contraire de son fils aîné, Kapend n’aura qu’une aura régionale.

 

De Joseph à Moïse

Lorsque Joseph Kapend, le fondateur de la dynastie Tshombe, meurt en 1951, la relève est déjà assurée. L’homme d’affaires a eu le temps d’initier ses deux fils aînés devenus aussi ses associés. A ses 11 enfants, le patriarche lègue en héritage une fortune colossale, un immense empire commercial et industriel à la santé saine. Aîné de cette famille illustre et puissante, Moïse qui remplace aussi son père au Conseil provincial prend la tête des affaires familiales. Le pactole paternel et son sang impérial permettent à ce fils à papa d’étendre son influence dans toute la province pour devenir plus tard l’homme fort du Katanga postcolonial.

 

Samuel Malonga

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