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Publié par Pedro

Le texte le plus court de la musique congolaise.

Référence: http://www.mbokamosika.com/2016/02/ndaya-paradis-et-belinda-pour-la-st-valentin.html

 

Ce serait beaucoup plus facile de dresser une liste des chansons d’un thème autre que l’amour. Et dans chaque thème, il faudra encore penser à des critères pour limiter le sujet. Voilà pourquoi je préfère un exercice formel, c'est-à-dire trouver la chanson la plus « quelque chose » selon la forme et non le thème. Par exemple, quel est le texte le plus bref de la chanson congolaise des années soixante ?

 Pour faciliter encore la tâche, il faut penser aux différentes structures des textes et choisir un. Par exemple, quel est le texte le plus court de la musique congolaise des années soixante dans la structure simple couplet simple refrain ?


Voici le texte que je considère comme le plus court dans la structure « simple couplet simple refrain ». C’est une chanson de Johnny Bokelo et Conga Succès intitulée “Jeanine”. En voici le simple couplet:

Sekele na ngai nyonso obimisi
Banzela na ngai nyonso obebisi
Ah Jeanine mama yo nde ndoki o
O o nakokufa po na yo



C’est un quatrain unique, chanté au moins trois fois avant le refrain. Voici le refrain, qui est lui aussi simple :

Nalingaka yo mingi o dis oyeba
Okomisa ngai zoba po nalinga yo
Lokumu na ngai e dis obebisa
Olobaki na bato dis olingaka ngai
Kaka po na mbongo wo wo
Kaka po na mbongo, Jeanine



Si vous comprenez ce que je veux dire par simple couplet simple refrain, croyez-vous qu’il y ait un texte plus bref que celui-ci ? Cher Messager, je crois qu’on n’a pas cette chanson sur le blog.

 

Pedro

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Pedro 17/02/2016 14:07

Ah! je ne connais pas cette chanson. Vrai. Voilà la chanson la plus courte.

MWENZE 17/02/2016 13:59

JACKIE
(Mizélé et l'orchestre African-Fiesta - Editions Vita)
Couplet:
Nayokaka sango o
Baninga na yébisa
Balokaki ngai é
Motéma na gnagi é pasi o
Refrain:
Jackie yébisa ngai likambo oyo o
Ngai na koyokaka
Mama yéla ngai pembéni i
Po ozongéla ngai
(Fin)
Pus court encore que Jeanine de Johnny Bokélo. Qui dit mieux?

Pedro 17/02/2016 12:01

Il faut vraiment qu’on ait la chance de réécouter les chansons. Comme vous voyez, chers mbokatiers, je ne savais même pas que cette chanson avait une introduction avant le simple couplet.

Nakosala nini o wo wo, Jeanina
Obebisi lokumu na ngai e
Oyebaka

Donc il faut trouver une autre chanson avec la structure « simple couplet simple refrain ». Entretemps, je profite de cette occasion pour expliquer l’importance de l’analyse de la structure des chansons.

Il y a sans nul doute des chansons dont le couplet est plus bref que celui de Jeanine, et il y en a dont le refrain est plus bref. Ce qu’il nous faut trouver, c’est une chanson dont le refrain ET l’avant-refrain sont plus brefs (le terme « avant-refrain » est très pratique, parce qu’il y a des structures qui commencent par le refrain). Voici un refrain plus bref que celui de Jeanine:

Kiri-kiri mabina ya mboka
Mabina ya Fiesta yasika
Ebongi tobina

Et voici l’avant-refrain de cette chanson, qui est plus disponible que Jeanine et que j’ai donc écoutée avant d’écrire ce commentaire :

Ngai nabebi motema mwa ngai moluki yo tomonana
Lelo natamboli bala-bala kama po ya kotunaka yo
Naleki epayi ya ma’Jeanne epayi ozalaki kofutela
Balobi na ngai osi’obima bayebi epayi okende te
Ekomaki ngai bongo na mawa nakomi komikanisa Angèle ozali wapi
Ngai nabebi motema

Ce couplet est déjà suffisamment plus long que celui de Jeanine. Les vers sont plus longs, même si on les dispose différemment. A part ce couplet, qui est repris deux fois, il y a encore dans cette chanson, avant le refrain, ce qu’on appelle un « pont »:

Angèle, lelo natamboli Kin mobimba suka na suka balobi ngai zoba, nayebi
Angèle, ebongi opesa mikolo ekoki tokutana na miziki ya Fiesta Sukisa
Bongo nde tobina

L’adjectif « simple » a deux antonymes: « composé » et « complexe ». L’avant-refrain de la chanson Kiri-kiri Mabina ya Sika dont le texte est transcrit ci-dessus, c’est ce qu’on peut qualifier de complexe. Il contient un couplet et un pont. Il y a évidemment d’autres structures qu’on peut qualifier de complexes. Par exemple, je le sais maintenant, l’avant-refrain de Jeanine est aussi complexe, parce qu’il contient une petite introduction avant le couplet. Le couplet est simple, certes, mais l’avant-refrain ne correspond plus au simple couplet. Par contre, un avant-refrain composé est celui qui contient plus d’un couplet. Par exemple, le premier couplet de la chanson « Makambo Maneno », pour citer une chanson que nous avons écoutée récemment, commence par « makambo e e bandeko … », le deuxième par « bolingo e e bandeko … » et le troisième par « mobomano e e bandeko ». (http://www.mbokamosika.com/2016/01/les-particularites-linguistiques-des-chansons-de-l-ok-jazz.html) Trois couplets dans un avant-refrain composé. Le ton des couplets est essentiellement le même. Si Makambo Maneno est une chanson du début des années soixante-dix, on peut trouver une chanson plus vieille avec un avant-refrain composé, je suis sûr.

Retenons donc deux hypothèses :

1. Le texte le plus bref doit se trouver dans la structure « simple couplet simple refrain ». Nous ne l’avons pas encore identifié, puisque l’avant-refrain de Jeanine n’est pas aussi simple que je le croyais. Ajoutons une caractéristique à la structure « simple couplet simple refrain » : il faut que le simple couplet et le simple refrain soient chantés en chœur par au moins deux voix. Il n’y a pas de solo vocal.

2. Les chansons kilométriques doivent nécessairement avoir une structure différente. Ce sont les chansons auxquelles l’article du 10 août 2013 fait allusion (http://www.mbokamosika.com/article-12-600-lettres-ou-l-illustration-des-chansons-extra-longues-119480375.html).

Déjà à l’époque de Jeanine, il y a des gens qui se plaignaient que la musique congolaise était monotone. C’est parce qu’ils ne réfléchissaient pas à la structure des chansons. Si l’on s’exerce à une théorie de la structure des chansons, on se rendra compte de leur diversité, même si la plupart des textes ne gravitaient qu’autour du thème de l’amour brisé.