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Publié par Messager

 

 

Moïse Tshombe dans  sa prison


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Sur les hauteurs d’Alger


Moïse Tshombe a été emprisonné en Algérie où il trouva la mort. Kidnappé
dans de conditions rocambolesques, il est placé en cellule dans un pays
dirigé par un sympathisant de Lumumba. Les images de sa détention en terre
algérienne sont rares. Sur cette photo de UPI reprise par Argenta Images, on
le voit seul en bras de chemise mais  sous la garde de deux soldats
algériens armés qui le tiennent à l’œil. Il a les traits tirés, froid, les
yeux hagards et perdu dans ses pensées. Aucune date n’y est pas mentionnée, mais on croit savoir que la photo a été prise deux semaines après son rapt.
On remarque que le fond de l’image est découpé afin que l’emplacement exact où est écroué l’ancien homme fort du Katanga ne soit ni connu, ni reconnu, ni localisé, ni révélé. L’endroit est tenu secret par les autorités
algériennes dans les premières semaines qui ont suivi l’incarcération. Les
conditions de détention sont difficiles pour le leader katangais qui sait
qu’il est en terre hostile. La nouvelle de son incarcération connue, le
magazine Révolution africaine, organe du FLN, annonce les couleurs dans un
éditorial intitulé : "Nous allons venger Lumumba ". A Alger, certains disent
que Tshombe est placé en résidence surveillée au château de Polignac sur les hauteurs de Bouzaréah où Ben Bella fut aussi enfermé après sa destitution ;
alors que pour
d’autres, il se trouve bel et bien dans une villa située à El
Biar.





     
Moïse Tshombe en détention quelque part à Alger sous bonne garde

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Atterrissage à Boufarik

Ce 30 juin 1967, lorsque l’avion dans lequel il a été kidnappé entre dans
l’espace aérien algérien, c’est à l’aérodrome de la base militaire de
Boufarik à 35 km d’Alger qu’il atterri. Un premier interrogatoire d’identité
a lieu sur place. C’est tard à 3 heures du matin que les prisonniers
quittent l’aéroport pour Alger. Tshombe est menotté.




Demande d’extradition

Condamné à mort par contumace pour haute trahison le 13 mars 1967, son
arrestation est une aubaine pour Mobutu. A partir du 2 juillet 1967, le
Congo-Kinshasa demande à trois reprises l’extradition du captif auprès du
gouvernement algérien successivement par Mungul Diaka (ambassadeur en
Belgique), Singa Boenge Musambayi (chef de la sûreté) et le procureur de la
République André Kabeya. Boumediene pose des conditions inacceptables pour
Kinshasa. Tshombe est un bien précieux prisonnier dont il veut se servir
pour faire chanter le monde occidental et ses alliés. En effet le président
algérien exige du Congo en échange de l’extradition de Moïse Tshombe, la
rupture de ses relations diplomatiques avec Israël, la libération de Gaston
Soumialot et des autres mulélistes emprisonnés. Jugée proposition
irrecevable, Mobutu refuse.




Procès à Alger et transfert à Batna

Lorsque l’affaire Tshombe démarre alors qu’il croupit en prison, sa famille
sollicite d’abord Maître Vergès, inscrit au barreau d’Alger, pour empêcher
son extradition demandée par Mobutu. Selon Jacques Givet, l’anticolonialiste
Vergès accepta cette offre pour les plumer et qu’en plumant les Tshombe, il
vengeait Lumumba. On ne sait pas trop pourquoi, Ruth Machik le relègue au
rôle de conseiller locale de la famille et le remplace par Maître Floriot,
spécialiste des cas complexes et sensibles. Il est pour elle la seule
personne qui peut sauver son mari de l’extradition au Congo où une mort
certaine l’attend. Le plus cher des avocats parisiens de l´époque accepte de
prendre la défense de l’ancien homme fort du Katanga. Le procès de Tshombe a
lieu le 14 juillet 1967 à Alger. Il se passe à huis clos devant la Cours
suprême de justice. Mais coup de théâtre, Me Floriot est expulsé de la salle
avant le début de l’audience et c’est Maître Benabdallah qui plaide seul son
cas. Le 21 juillet, les magistrats algériens prononcent l’acquittement mais
accepte l’extradition du leader katangais vers Kinshasa. Boumediene de qui
dépend le sort de Tshombe est embarrassé par ce prisonnier indésirable et
gênant. Il refuse de signer le décret. Il ordonne sa remise en prison dans
un autre lieu carcéral dans des meilleures conditions. Il est alors
transféré à Batna à 345 km au sud-est d’Alger. Est-il plus tard réinstallé à
Alger ? Les documents consultés sont muets sur ce sujet. De son côté, Ruth
Machik Tshombe se bat pour la libération de son mari. Pour ce faire, elle
écrit des lettres à des dizaines de chefs d’Etat afin qu’ils puissent
intercéder auprès du colonel Boumediene. Au début de 1969, la famille croit
à une possible libération. Mais elle n’aura jamais lieu.


 <http://www.congotube.ca/video/1528/Tshombe-condamn%C3%A9-%C3%A0-mort>
http://www.congotube.ca/video/1528/Tshombe-condamn%C3%A9-%C3%A0-mort

 <http://footage.framepool.com/fr/play/984529961>
http://footage.framepool.com/fr/play/984529961





Alger 21 juillet 1967, après l’énoncé de la sentence par la Cour suprême
algérienne, Moïse Tshombe est présenté à la presse.




Projet d’évasion

Après le procès, le clan Tshombe est persuadé que Monsieur Tiroir-caisse ne
sortirait pas vivant de sa prison. D’où l’idée de le faire évader. Selon des
témoignages cités dans le journal français Médiapart, sa famille monte ce
projet avec l'aide de  Jacques Vergès qui a une certaine influence auprès du
gouvernement Boumediene. L’avocat aurait reçu pour cette mission si délicate
plusieurs millions de francs belges pour intervenir auprès de ses amis
algériens mais sans succès. Les héritiers et les proches de l’ancien leader
katangais lui en veulent. Se sentant floué et faute de pouvoir récupérer
leur argent (perspective inenvisageable vu la nature secrète des
transactions), ils veulent  le faire tuer. Jacques Vergès a eu sérieusement
peur pour sa vie. Un second plan d’enlèvement aussi est parait-il envisagé
et l’intransigeant Boumediene craint une intervention des services secrets
occidentaux qui redoutent un scandale si Tshombe est extradé vers Kinshasa.




En résidence surveillée

Selon A. Lederer de l’Académie Royale des Sciences d’Outre-Mer, Tshombe
passe sa captivité dans une villa située à El Biar sur les collines d’Alger.
C’est un prisonnier en liberté surveillée. Il sort de sa résidence-prison
toujours accompagné de deux officiers qui le surveillent en permanence. Il
se déplace là où il veut dans tout le territoire algérien. Il va souvent au
restaurant. Au cours de ses déplacements, il ne cesse de répéter que
l’Algérie n’est pas l’Afrique. Le leader katangais tue son temps à lire, à
écouter la radio et à regarder la télé. Au matin du 29 juin 1967, lorsque
son domestique vient lui apporter son petit déjeuner, il voit Tshombe étendu
dans son lit, inanimé.  Il est déjà mort.
<http://www.kaowarsom.be/documents/bbom/Tome_VIIa/Tshombe.Moise_Kapenda.pdf>
http://www.kaowarsom.be/documents/bbom/Tome_VIIa/Tshombe.Moise_Kapenda.pdf



Mort mystérieuse et invraisemblables hypothèses

Lorsque Tshombe meurt dans la nuit du 29 juin 1969, (à Alger ? à Batna ?)
une "autopsie officielle" est aussitôt demandée par les autorités
algériennes pour déterminer la nature et la cause de sa mort. Elle est
pratiquée en l’absence de sa famille par onze chirurgiens dont trois
Français. Le colonel Boumediene les oblige à signer le rapport d’autopsie
rendu public par le Service de presse algérien. Selon ces médecins, l´homme
d´Etat congolais est mort des suites d´une insuffisance cardiaque. Mais ce
décès pour le moins surprenant et suspect a soulevé plusieurs hypothèses
invraisemblables qu’aucune preuve évidente n’a pu étayer. Moïse Tshombe
n’a-t-il pas été supprimé ? Comme sa disparition arrange la plupart des
protagonistes : Mobutu, la Belgique, la France, la CIA, l’Algérie voire le
KGB soviétique, beaucoup pensent plutôt à un assassinat, car l’homme
dérangeait.






                 
Coupure du New Yorker du mardi 1er juillet 1969

Daniel Monguya affirme que Mobutu avait chargé Jacques Vergès d’empoisonner
Tshombe contre un chèque de 5 à 7,5 millions de francs belges (environ
150.000 euros actuels). Quant à Sese Seko, il déclara lui-même au Ministère
belge des Affaires étrangères que c’est plutôt Bernardin Mungul-Diaka, alors
ambassadeur du Congo à Bruxelles, qui est responsable de la mort de Monsieur
Tiroir-Caisse. Réponse du berger à la bergère, Mungul de son côté confirme
dans une interview en mars 1982 à La Libre Belgique que le maréchal avait un
intérêt vital à faire taire  Tshombe. Pour L’homme du 24 novembre,
l’ex-président du Katanga n'était pas un ennemi politique mais un ennemi
physique, c'est-à-dire viscéralement détesté. La dernière hypothèse avancée
atteste que sa cellule avait été peinte d’un poison mortel susceptible de
provoquer une embolie après une longue inhalation. Pourtant Tshombe dont la
constitution physique était plutôt robuste, fut sujet au gonflement de ses
membres et aux malaises  cardiaques. Devant répondre pendant plusieurs
années à des sollicitations diverses, usé par de nombreux et épuisants
voyages, soumis à de multiples stresses et à des angoisses répétées, Tshombe
n’a-t-il pas succombé à un épuisement prématuré ? Notons qu’en octobre 1967,
avant que le colonel Boumediene ne décide de son cas, le leader katangais
fut hospitalisé pour des douleurs à l'estomac.




Enterrement à Bruxelles

Ruth Machik qui n’a pas vu son mari depuis deux ans comme le dit Joseph
Kayomb Tshombe, se rend à Alger. Elle est accueillie par le Croissant rouge.
Le corps du  défunt  se trouve à la morgue de l’hôpital militaire. Il va
être transféré en Belgique ainsi en a décidé la famille. A l’aéroport
d’Alger, un détachement militaire rend les honneurs au passage de la
dépouille mortelle de Tshombe avant la montée dans l’avion qui part pour
Bruxelles. L’appareil transportant les restes du leader katangais arrive à
l’aéroport militaire de Melsbroek. Suivant la consigne des autorités belges,
la famille observe la plus grande discrétion et aucune cérémonie officielle
n’est organisée. Le 5 juillet 1969, après un service funèbre célébré au
Temple méthodiste de Bruxelles, l’inhumation provisoire a lieu au cimetière
d’Etterbeek situé dans la banlieue bruxelloise dans  l’attente que le corps
soit plus tard rapatrié au Katanga. Une foule nombreuse composée de
Congolais et de Belges, anciens du Congo sont venus témoigner leur
sympathie. Mort dans des circonstances douteuses, suspectes et non
élucidées, grand officier de l’Ordre de la Couronne, Moïse Kapenda (qui veut
dire : Moïse Bien-aimé) était père de dix enfants et n’avait que 49
printemps.






Livres :

-       Le rapt de Tshombe : la mise à mort du leader congolais, Joseph
Kayomb Tshombe, Quorum,1997, 221 pages.

-      Moïse Tshombe abandonné, Jacques Burlion, Pierre de Méyère Editeur,
1969, 195 pages.



Portrait de Moïse Tshombe (réalisé par RFI) :
http://www.rfi.fr/search/sinequa_search/protrait%20moise%20tshombe%20(7/8)

 

 

Samuel Malonga

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