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Publié par Messager

 

HOMMAGE A NINO MALAPET 

Par Audifax BEMBA 

Artiste 

  NINO MALAPET 

Il aurait pu rester aux PTT où il débuta une brillante carrière sous la coloniale pour figurer parmi les premiers cadres des années d'indépendance. Il aurait pu poursuivre ses études de droit,dont il avait obtenu la propodeutique au Centre d'Enseignement Supérieur de Brazzaville(C.E.S.B.), ancêtre de l'Université de Brazzaville et devenir un cadre supérieur voire haut fonctionnaire de son pays. Ni l'un, ni l'autr. Son choix était clair:la musique,rien que la musique.Nino Malapet a ainsi vécu de sa passion.

 

Un mélodiste impénitent de la musique congolaise

 

Nino Malapet dont les oeuvres sont un label,figure parmi les grands compositeurs de notre musique.Une chanson de Nino Malapet est reconnaissable est dès les premières notes.Son style simple,aéré et dépouillé, se distingue par la pureté des lignes harmoniques dans un agencement de notes où prime le beau.Il a ainsi offert aux voix harmoniques,Satan pour le Rock-A-Mambo,Kouka Célestin pour les Bantous,l'occasion de déployer leur talent mais surtout leur compétence de deuxième voix par la maîtrise de la voix dissonante,technique de chant délicate et difficile,inutilisée dans notre musique mais prisée dans la musique cubaine des années 50 ("Jacky","Micky mi quiero" Rock-A-Mambo,"Gégé","Faficina" Bantous).Dans "Micky mi quiero",notons Tino Baroza à la guitare qui se faufile entre Kallé,Rossignol et Satan pour pousser une tierce énigmatique au refrain.Du grand art!

Les chansons de Nino Malapet sont des pièces d'orfèvrerie,ciselées avec passion et méticulosité,qui me laissent penser que Nino Malapet ne composait pas ses chansons,il les sculptait.

 

Un virtuose du soprano

 

Nino Malapet a excellé au soprano,hobby de son oncle Emmanuel Damongo Dadet que j'eus la chance de croiser.Quoique l'ayant utilisé de manière sporadique,Nino Malapet en fut sans conteste un virtuose.C'est au soprano qu'il a exprimé avec exubérance et exaltation ses talents de soliste.Ecoutez ses mordants et ses ballades dans "Monsieur on va se marier" (Pamelo,Bantous) où il alterne avec le saxo ténor,comme en 1957 dans "Aimé wa bolingo" (Edo,OK-Jazz),"Cha cha de mi vida" (Vicky,Ok-Jazz ), "Botikéla ngai yé" (Passy Mermans), "Pitié", (Rikky Siméon) et de sa facture, "Gégé", Faficina" , des Bantous,qu'il exécuta exclusivement au soprano.Un régal auditif,un plaisir pour l'oreille.

Je note aussi que Nino Malapet jouait du vibraphone autant qu'il pouvait s'illustrer aux timbalès.

 

Le duo Essous-Nino,les meilleurs saxs d"Afrique Centrale

 

Dans "Jacky" (Nino,Rock-A-Mambo) on en oublierait que nous sommes en 1957, une technique précaire non seulement pour les instruments,mais également pour les infrastructures de studio.Cette chanson a toujours symbolisé pour ma part la technique de ce duo qu'auront composé Essous Jean-Serge et Nino Malapet.Ils surent projeter dans le futur et graver dans l'éternité leur savoir-faire.En effet le son  fluide de leur sax demeure la marque d'un doigté et d'un phrasé de rêve, jusqu'ici uniques.Il est jusqu'aux oeuvres de Rock-A-Mambo,Bantous (séries éditions CEFA,Bruxelles 1962,et Stenco,Brazzaville 1964) ainsi que l'album solo de Nino Malapet en 1984 (l'unique de sa carrière) où les deux saxs semblent se dédoubler. Le duo Essous-Nino,le premier de la musique congolaise dès les années 50 en ce qui concerne les cuivres,a fait école.Jusqu'aux ensembles qui avaient bâti leur force sur le solo sax.Toutefois si le style a été adopté,la technique n'a pas encore été égalée.Aujourd'hui on pourrait parler du son Essous-Nino au saxo  comme on parle du son Nico pour la guitare,c'est-à-dire un son parfait.

 

 L'humilité d'un grand artiste

 

Si Nino Malapet a pris son travail au sérieux,il ne s'est jamais pris au sérieux.Homme affable,serviable,humble,conciliant.L'humilité,trait de caractère des grands hommes,guida sa vie.Ne se laissera t'il pas diriger par le saxophoniste et multidisciplinaire Sébastien Bikouta Bick's,avec son complice Essous,dans l'orchestre National,en 1977?De ce dernier,Nino Malapet me confiera dans un élan de modestie et en présence d'Essous qui confirmera:<<c'est le plus grand de nous tous>>.L'album "Vision" de l'orchestre National,un nectar,une oeuvre d'anthologie jamais rééditée,aujourd'hui...introuvable!.

Nino Malapet a appartenu au groupe très fermé des artistes absolus que l"Afrique ait jamais eus.

Les opprimés, par Bemba Audifax

 

Adieu Chef Nino!

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