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Publié par Messager

L’ÂGE DU COTON AU CONGO BELGE.

 

Cette simple photo du marché de coton au Kasaï, trouvée parmi les archives du journal HORIZONS du 18 juin 1959, nous a poussé à nous documenter davantage sur ce produit durant la période coloniale au Congo.

En effet, l’histoire du coton au Congo belge est particulièrement liée à la vulgarisation de sa culture  et à l'implantation de l’industrie du textile, dans la mesure où nos aïeux maîtrisaient déjà le tissage du raphia et du coton bien avant la colonisation.

Mais force est reconnaître que de somptueux tissus en raphia et en coton confectionnés d’une manière artisanale n’étaient pas à la portée de tout de le monde. C’est pourquoi est-il judicieux de souligner que l’introduction de la culture du cotonnier au Congo durant la colonisation a contribué à son essor sur deux régions adaptées à sa culture.

Dans le système scolaire, l’introduction à l’agriculture en générale était inculquée aux élèves dés l’école primaire, à travers les travaux manuels. Les Moniteurs agricoles et les Agronomes diplômés formés dans les meilleures écoles étaient chargés d’encadrer les agriculteurs. Il convient de noter à cet àgard que trois personnalités congolaises entre autres, sont issus du secteur agricole : Albert Kalonji et Litho Moboti ( tous deux agronomes diplômés), Victor Nendaka Bika, agent de la Cotonco de 1941-1950.

 

Un coup d’œil sur l’historique de l’introduction du coton au Congo belge.

 

Selon Auguste Chevalier et un autre document sur la Compagnie Cotonnière Congolaise (COTONCO), " l’histoire du Coton au Congo débute bien avant l’Etat Indépendant du Congo puisqu’on trouve déjà ce produit dans les matières collectées par les factoreries établies dans l’estuaire du fleuve, produit acheté à certaines caravanes en provenance du Haut Congo. Il semblerait d’ailleurs que le coton ait été introduit par les Arabisés au Kasaï et en Uélé, régions où on trouve des plantes sous formes vivace et où on peut constater son tissage par certains autochtones sur des métiers rudimentaires….

D’autres part, dans son livre publié en 1686, O. Dapper mentionne déjà les couvre-chefs exclusifs en coton blanc du roi du Congo et de ses dignitaires, preuve que le coton existait, était déjà tissé mais devait être très rare, car réservé aux dignitaires".

 

"Dans l’État Indépendant du Congo, c’est une journaliste américaine visitant le Kasaï, qui prend conscience qu’on pourrait cultiver le coton dans cette région. Rentrée en Angleterre, Mrs. Sheldon fait envoyer des graines aux services agricoles de l’EIC, par le biais de Sir Alfred Jones, le président de la compagnie maritime Elder Dempster de Liverpool, et entre 1905 et 1909, l’ingénieur agronome Claessens tentera d’établir cette culture dans les stations agricoles du Bas Congo pour arriver à la conclusion que celle-ci est impraticable dans cette région ".

 

Le même document poursuit « qu’en 1913, sur recommandation du directeur de la British Cotton Growing Association de Manchester, le directeur général de l’agriculture du Congo belge, Edmond Leplae, engagea le spécialiste du coton M. Fischer, qui procéda à un essai de culture au Bas-Congo, à Kitobola, pour arriver finalement à la même conclusion que l’agronome Claessens. »

 

Enfin, le coton est cultivé dans certaines régions du Congo

 

« En 1914, à l’initiative du commissaire de district du Kasaï Gelders, la propagation de variétés indigènes de coton et l’introduction de graines égyptiennes de coton (Sakellarides) ne donnèrent pas les résultats escomptés.

Entre temps, l’expert Fisher envoyé au Maniema à Nyangwe y essaie diverses variétés durant la saison 1914-1915 et y développe avec succès la culture du coton Triumph Big Boll. En 1917, l’agronome de l’État Blommaert sera chargé de la propagande de cette nouvelle culture chez les indigènes du Maniema.

" Au Kasaï, en 1915, les variétés américaines de coton furent également introduites et en 1916, M. Fisher créa une station expérimentale à Lonkala. Dans l’Uélé, des essais préliminaires réalisés en 1919 furent suivis en 1920-1921 par les premières plantations de coton créées à l’initiative du Gouverneur de Province de Meulemeester".

 

Les deux grandes régions cotonnières du Congo

 

Après ces expérimentations, les deux grandes régions cotonnières indiquées sur la carte étaient définies et la culture du coton survenait fort heureusement au moment où les paysans venaient de perdre les revenus suite à la saignée du caoutchouc dont le commerce était en crise. Mais ce n’était pas le rôle ni la mission des stations de recherche de l’État de contrôler l’extension de cette nouvelle culture.

« En 1917, le roi Albert 1er confia une mission d’investigation à M. De Poortere qui aboutit à des conclusions favorables ; cette mission fut suivie d’une autre confiée par le ministre des Colonies à M. Robert Mees, qui aboutit aux mêmes conclusions, malgré les réticences du comte Jean de Hemptinne qui était le président de l’Association Cotonnière de Belgique, qui persistait que « jamais une tonne de coton de sortira du Congo ».

 

Création d’une société anonyme dénommée la Compagnie Cotonnière Congolaise (COTONCO)

 

MM. de Poortere et Mees proposèrent d’abord la création d’une société coopérative, mais finalement, c’est le projet d’une société anonyme qui fut retenu malgré le scepticisme qui régnait.

Les premiers pionniers de la cause du coton congolais en Belgique furent MM. Willy Friling et Gérard Cooreman grâce auxquels la Compagnie Cotonnière Congolaise fut créée le 10 février 1920 avec un capital de 6.000.000 Fr.

Après quelques années d’exploitation, le coton devint un produit agricole hautement côté à la Bourse de Bruxelles, avec une production de plusieurs milliers de tonnes par an.

 

 

Les vestiges de la COTONCO subsistent encore au Kasaï, au Maniema, dans l’Uélé, et dans l’Ubangi. Lors de notre dernier séjour à l’intérieur du pays en 1987, nous avions vu les bâtiments de la COTONCO à Gemena, non loin de la résidence de l’adjudant Movoto, frère aîné de l’ex-président Mobutu.

Nous ignorons de l’état des installations de la COTONCO dans le reste des régions cotonnières du pays actuellement. À l’instar des autres grandes sociétés du pays, la COTONCO disposait des installations et des camps pour travailleurs, de sorte que plusieurs élites du pays font partie des enfants de la COTONNIÈRE, au même titre que les enfants de la GÉCAMINES, BCK (KDL), MIBA, ONATRA, SUCRIÈRE, CIMENTERIE, ARMÉE, etc, etc.

 

 

Une culture sous contrainte

 

Ce chapitre sur la culture du coton serait incomplet si nous occultions son aspect contraignant. En effet, en dépit de l’amélioration des conditions sociales des cultivateurs du coton, ceux-ci étaient contraints de cultiver des champs selon les dimensions et les périodes imposées par les agronomes de la colonie. Les cultivateurs inaptes étaient déférés devant les tribunaux en vue de purger une peine de servitude pénale. Par conséquent, la culture du coton durant la colonisation peut être considérée comme du travail forcé.

 

Informations compilées par  Messager  

 

 

Sources:- Horizons du 18 janvier 1959

                 - Auguste Chevalier: La culture du cotonnier au Congo belge et en Af.Eq.  

                 - Courrier d'Afrique du 8 janvier 1959  

 

   

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