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Publié par Alena Shahadat

LES RÉVÉLATIONS SUR L’ANTHOLOGIE DE LA MUSIQUE CONGOLAISE 

 

Cher Messager,

 

D'abord, je vous remercie pour avoir publié nos questions, ainsi que

passez mes remerciements à Samuel Malonga pour la photo d'Antoine Kaya

De Puissant.

 

En réaction à l'article publié sur Mbokamosika au début de l'année,

"1974, l'année de grands événements" nous avons rédigé un article pour

expliquer la genèse et les circonstances de l'Anthologie de la musique

zaïroise moderne de 1974. L'article créera une polémique, mais c'est en

discutant et confrontant des vues opposées que l'on crée ensemble le

savoir historique.

 

Je sais que, sur le blog, vous avez déjà passé les chansons de

l'Anthologie, mais, je vous transmets quand-même le côté A du premier

disque ORIGINAL  qui commençait par "Ata Ndele" d'Adou Elenga. Cela fait

plaisir d'entendre les voix et guitares acoustiques des Pionniers,

accompagnés par Papa Noel avec sa guitare électrique.

 

Bien cordialement,

 

Alena Shahadat

L'histoire de l'Anthologie de 1974 : l'Authenticité, l'industrie de la musique au Zaïre et Antoine Kibonge Ferreira

En 1974, à Kinshasa, dans le cadre de la politique culturelle de l'Authenticité, le bureau du président Mobutu Sese Seko publie la première Anthologie de la musique zaïroise moderne. Elle sortira en deux volumes et quatre disques. C'est l'un des Pionniers de la musique congolaise moderne, Antoine Kibonge Ferreira qui est le directeur artistique du projet. Il accompagne également les autres musiciens stars sur l'orgue, le piano et l'accordéon. Pour les enregistrements, Antoine a choisi les Pionniers de la première génération de la Rumba congolaise : Adou Elenga, Wendo Kalosoy, Manuel d'Oliveira, Leon Bukasa, Camile Feruzi et Lucie Eyenga Moseka. Michel Kibonge Ferreira, fils d'Antoine, raconte les souvenir de son père et les faits qui entourent la réalisation de l'Anthologie.

Lorsque, en décembre 1972, le président Mobutu a mandaté le Département de la Culture (qui a remplacé le Ministère) pour réaliser l'Anthologie, le Département s'est tourné vers la Régie Nationale de Programmes Educatifs et Culturels qui étaient les studios d'enregistrement de la radio-télévision nationale. Le directeur de la RENAPEC Joseph Davier Tala Ngaï a ensuite confié la direction de l'Anthologie à Antoine Kibonge. Antoine était ainsi chargé de choisir les musiciens qui allaient participer aux enregistrements. Pour accompagner les Pionniers, il a appelé les Pionniers parmi les musiciens instrumentistes. Les deux premiers contrebassistes congolais sont Charles Kibonge, et ensuite Albert Tawumani. Ils ont été les premiers titulaires de la contrebasse dans l'African Jazz. Charles, frère d'Antoine Kibonge et Pionnier, né en 1928, se trouvait en mission du gouvernement en Belgique. Antoine a donc affecté Joseph Mwena (1932) à la contrebasse et Tawumani à la guitare basse.

Antoine a confié à Michel Kibonge que son choix de guitaristes s'était porté d'abord sur ses élèves Tino Baroza et Raymond Brainck, mais ceux-ci étaient absents. Il a donc fini par appeler son élève plus jeune, Antoine Nedule Monswet dit Papa Noel. Mais il ne savait pas que Papa Noel, son élève, allait un jour détourner les faits pour prendre la place de son professeur dans la réalisation de l'Anthologie. Après la mort d'Antoine Kibonge et de Franco Luambo Makiadi, Papa Noel a répandu des publications mensongères à la presse. Le guitariste et ses journalistes fanatiques ont soutenu que la Présidence a appelé directement Papa Noel pour diriger la réalisation de l'Anthologie.

Vu que Papa Noel était le cadet de tous les musiciens qui participaient à l'Anthologie. Pour cela, Antoine Kibonge l'a chargé d'aller chercher ceux d'entre les Pionniers qui n'avaient pas entendu l'appel à la radio - télévision lancé par la présentatrice des émission culturelles Mama Kanzaku. Camile Feruzi, le plus ancien des Pionniers, a été l'un d'entre eux et Antoine a insisté pour qu'il soit présent pour l'Anthologie. Bien des années plus tard, ce fait a été détourné par Papa Noel et par ses journalistes fanatiques pour dire que les Pionniers ont répondu à son appel et que c'était lui qui avait dirigé l'Anthologie. En plus d'être fausse, cette version des faits est inacceptable parce que, en Afrique, les aînés sont respectés. Un cadet ne peut pas diriger ses aînés. Papa Noël était âgé d'une treintaine d'années à l'époque, alors que les Pionniers comme Wendo Kalosoy, Antoine, ou d'Oliveira et Feruzi sont nés dans les années 1910 et 1920. Emmanuel d'Oliveira était longtemps directeur chez la maison d'édition et studio Ngoma. Pour clarifier la question des générations, Franco Luambo, Raymond Brainck ou encore Docteur Nico Kassanda sont de la deuxième génération de la Rumba congolaise des artistes nés dans les années 1930. Papa Noel, néen 1940, est donc de la troisième génération. Comment pourrait-il alors diriger les Pionniers de la première génération ? Vous pouvez constater l'écart de l'âge sur notre affiche des Pionniers ici.

En 1973, après avoir perdu son orchestre Bamboula, monté avec l'aide de Franco, Papa Noel se trouvait sans contrat. Antoine l'a engagé, et, lorsque Franco Luambo Makiadi a entendu Papa Noel dans les enregistrements de l'Anthologie, il est allé personnellement féliciter Antoine Kibonge pour avoir formé un si exellent guitariste. Puis, en 1978, Franco a engagé Papa Noel dans l'O.K. Jazz. Il faut comprendre que dans les années 70, l'alignement de Tout Puissant O.K. Jazz ressemblait à la première équipe du Real Madrid, en quantité et qualité des guitaristes vedettes. Pour Papa Noël cela a été le sommet de sa carrière. Cela lui a aussi permis d'enregistrer son propre album. Lorsque Franco est parti à Bruxelles pour s'occuper de l'aile européenne de l'O.K.Jazz, Papa Noel a produit "Le Samaritain", son premier grand succès. Il avait Simaro à la direction artistique et des musiciens de l'O.K. Jazz. Même si l'artiste peu scrupuleux a subi ensuite une suspension pour ces entrefaits le jour où Franco est revenu, il n'en reste moins que "Le Samaritain" a marqué l'histoire de la Rumba congolaise.

En 1974, l'année de grands événements au Zaïre, le Bureau de Président a édité les volumes un et deux de l'Anthologie. Les deux volumes suivants, déjà enregistrés, n'ont pas pu être publiés. Selon notre hypothèse, les raisons qui ont empêché le gouvernement d'éditer les volumes trois et quatre sont politiques, économiques et sociales : la corruption et des pillages, la mauvaise gestion des archives et la pénurie. Sinon, on aurait retrouvé les enregistrements et on pourrait les encore publier. Mais il semble que l'Anthologie s'est retrouvée en travers de la route de la "Marche de l'Histoire". Pour continuer l'oeuvre de son père, Michel Kibonge prépare actuellement une Deuxième Anthologie. Il l'a appelée "Différence" parce que elle sera en version entièrement instrumentale, fait inusité au Congo, et avec des arrangements symphoniques et jazz.

L’Authenticité – La Décolonisation culturelle

La politique culturelle de l’Authenticité fut l’idéologie inventée par le président Mobutu Sese Seko qui devait rendre aux Congolais, ainsi qu’à tous les Africains leur dignité et leur identité. Pour ce faire, il s’efforçait de promouvoir la culture africaine qui avait été supplantée dans les esprits des Congolais par la culture européenne durant la Colonisation. Le concept de l'Authenticité a été élaboré par phases.

Dans la première phase, dans les années 60, Mobutu s'inspire par le mouvement muleliste (appelé par le nom de son leader, Pierre Mulele). Tout en combattant la rebellion, il s'approprie leur programme politique et social. En 1966, dans le Manifest de la N'sele (depuis son quartier général) Mobutu parle d'un "nationalisme authentique". Ce nationalisme rejettait toutes les "idées toutes faites d'origine externe." Mobutu écartait ainsi les idéologies importées (comme le socialisme scientifique, note l'historien Ndaywel é Nziem - comme on l'a vu en Tchécoslovaquie).

De ce "Nationalisme authentique", Mobutu a plus tard retenu le qualificatif "authentique" qui a donné l'Authenticité.[1] L'idéologie continue à se construire, et, en 1971, lors de la conférence de l'Union Progressiste sénégalaise, Mobutu parle de la recherche de l'authenticité et de l'héritage des ancêtres. Mais c'est en 1974, à l'occasion de l'ouverture de l'Institut Makanda Kabobi, l'école politique des cadres, que l'Authenticité est codifiée. Le Nationalisme zaïrois authentique devient la doctrine du parti MPR, l'Authenticité devient son idéologie et le recours à l'authenticité, sa démarche. Ce schéma constitue le mobutisme. Le point culminant fut, le 4 octobre 1974, le discours prononcé par Mobutu devant les Nations Unies. Le concept de l'authenticité fut résumé en tant que le retour aux sources, aux valeurs des ancêtres et l'affirmation de l'homme, avec ses structures mentales et sociales propres. [2]

 

[1]Ndaywel é Nziem, Isidore, Histoire Générale du Congo, De l'héritage ancien à la république démocratique, De Boeck Larcier s.a., Bruxelles, 1998, p.675.

[2]Ndaywel é Nziem, 1998, p.676.

Mais déjà à partir de 1971, l'Authenticité fut la base d'une tranformation du pays et de la société. La réforme terminologique, les Trois Z (le 27 octobre 1971), la réforme des tenues vestimentaires et le changement des prénoms pour des prénoms africains (1972). Cette évolution, sur le plan de la politique économique, mène, le 30 Novembre 1973, à l'instauration de la zaïrianisation du secteur agronomique, des carrières et des entreprises et petits commerces. La zaïrianisation, interprétée par la population à leur façon, a provoqué des pillages.

La musique avait une place de choix dans la politique culturelle de l'Authenticité. A titre d'exemple, nous retenons ici la création de l'animation politique avec les MOPAP (Mobilisation, Propagande et Animation Politique) et du Théâtre National et l'organisation du festival de musique de 1974 pour accompagner les événements du Match du Siècle. Mobutu a fait venir des musiciens militaires coréens pour moderniser la musique militaire des Forces Armées Zaïroises avec la création de la Division Kamanyola. Le Président qui fut un grand mélomane a pratiqué aussi le mécénat. Le projet de l'Anthologie de la Musique Zaïroise moderne, en l'honneur des Pionniers - Bakolo Miziki fut l'une des facettes de cette politique culturelle de grande envergure. Nous allons voir, la plupart de ces grands projets ont bénéficié de l'encadrement et de l'expertise musicale d'Antoine Kibonge.

Décembre 1972 lancement du projet de l'Anthologie de la Musique Zaïroise Moderne

Entre 1972 et 1974, le gouvernement organise l'enregistrement de la première Anthologie pour promouvoir les musiciens zaïrois. L’objectif du projet fut de conserver l'héritage des Pionniers fondateurs de la Rumba Congolaise qui, à cette époque-là, étaient encore en activité. Nous reproduisons ici le mot du Président Mobutu, dans l'introduction d'un beau livre sur la culture et musique Zaïroises qui accompagnait les deux premières volumes. Le livre s'ouvre sur l'avant-mot du Président, surprenant dans ses idées, comme toujours :

Préface pour l'Anthologie par le Président Mobutu Sese Seko

Le 5 décembre 1972 le général MOBUTU SESE SEKO KUKU NGBENDU WA ZA BANGA, président de la République du Zaïre, dans son discours sur l'état de la Nation, constata l'insuffisance de la connaissance de la musique zaïroise par les Zaïrois. Il lança en ces termes un appel au pays en faveur de son étude:

"Nous devons à tout prix revaloriser notre musique. Jusqu'à maintenant, Nous nous sommes éforcé de sortir de l'anonymat la plupart de nos musiciens. Mais ce travail est la tâche de chacune et de chacun d'entre vous et ne doit pas être réservé exclusivement au Président de la République. Ce qui Nous choque à bien des égards, c'est que beaucoup d'entre nous connaissent de façon précise - et ce n'est point un mal, bien au contraire, la vie des grands musiciens qui ont nom Mozart, Beethoven et d'autres Wagner, jusqu'à ne rien ignorer de la chronique de leur vie amoureuse ni même du nom de leur dernière maîtresse, alors qu'ils ne savent rien du nom de nos artistes. C'est un peu comme si nos propres musiciens, qui sont les chantres de notre propre authenticité, n'avaient ni talent, ni vie amoureuse digne d'être connue de la postérité. Pour remédier à ces carences, nous avons dès a présent confié au département de la Culture et des Arts, en collaboration avec notre bureau, la préparation d'une anthologie de la musique zaïroise."

Le livre, édité par le bureau présidentiel, présente un mot de chacun des grands Pionniers, qui parlent du rôle de la musique dans leur vies et dans la vie du peuple. Il y figure aussi une brève description et explication de chaque chanson. Nous vous présentons ici une des double-pages avec de belles photos qui valorisaient le pays.

A suivre

Malgré le certificat nous autorisant de reproduire l’intégralité de l’article sur l’anthologie de la musique congolaise sur notre site, nous n’avons pas été en mesure de le faire, suite aux difficultés techniques.

Jusque-là, nous nous contentons de reprendre une partie du contenu envoyé par Alena Shahadat, en attendant d’en publier l’entièreté ultérieurement.

Par ailleurs, nous affichons le point de vue de Samuel Malonga, qui aurait dû l’être à la fin de la publication.

"À l’impossible nul n’est tenu". Dit-on.

Toutefois, l’intégralité de la publication peut être consultée à travers ce lien :

https://bakolomiziki.com/anthologie_1974.html


Messager

Qui fut réellement le directeur artistique de l'Anthologie de la musique zaïroise moderne ?

La question de la direction artistique de l’Anthologie de la musique zaïroise moderne (1973-1974) oppose aujourd’hui deux lectures : celle qui attribue la responsabilité à Papa Noël Nedule Montswet et celle qui suggère que Antoine Kibongre Ferreira aurait conduit les travaux en raison de son âge et de sa position institutionnelle. Pour trancher avec rigueur, il faut distinguer direction artistique des enregistrements et conception ou coordination administrative du projet.

 

Les sources discographiques et biographiques disponibles attribuent explicitement la direction artistique à Papa Noël. Le site Afrisson le mentionne comme directeur artistique. Les notices biographiques consacrées à Papa Noël indiquent qu’il fut chargé par la Présidence de la République de superviser la réalisation musicale. Dans un entretien vidéo, il affirme lui-même avoir été choisi pour diriger les séances. Ces trois types de sources sont indépendants les uns des autres et convergent sur le même point : il aurait dirigé musicalement l’enregistrement.

 

À ce jour, aucune source discographique publiée ne crédite explicitement Antoine Kibongre Ferreira comme directeur artistique, réalisateur musical ou chef d’orchestre des sessions. En revanche, plusieurs traditions orales et analyses historiques le situent dans la sphère institutionnelle de la politique culturelle du régime de Mobutu Sese Seko. Il est plausible qu’il ait joué un rôle de conception, de coordination ou de préparation administrative, notamment dans l’identification des pionniers comme Wendo Kolosoy ou d’autres Bakolo Miziki. Cela correspondrait à un rôle de commissaire culturel ou de maître d’œuvre institutionnel, mais non nécessairement de directeur artistique au sens musical.

 

L’argument de l’âge avancé pour écarter Papa Noël ne constitue pas, historiquement, une preuve. Dans la musique congolaise, l’autorité artistique ne dépendait pas strictement de l’âge. Franco Luambo s’est imposé très jeune à la tête de l’OK Jazz. Papa Noël, au début des années 1970, était déjà un guitariste confirmé et respecté. Dans un studio, le directeur artistique est celui qui maîtrise l’arrangement, la cohérence sonore et la direction musicale, pas nécessairement le plus âgé.

 

 

La difficulté actuelle vient du fait que l’Anthologie fut une production d’État dont les crédits imprimés sont incomplets. L’absence des noms sur les pochettes ouvre la porte aux reconstructions mémorielles. Mais en historiographie, on s’appuie d’abord sur les sources attestées. À ce jour, les seules sources documentées et publiées identifient Papa Noël comme directeur artistique des enregistrements. Aucune documentation équivalente ne prouve que Kibonge dirigeait les séances en studio.

 

L’hypothèse la plus solide aujourd’hui est donc la suivante : Antoine Kibongre Ferreira a pu jouer un rôle institutionnel important dans la préparation et l’organisation du projet, tandis que Papa Noël a dirigé les travaux musicaux d’enregistrement. Dans l’état actuel des preuves accessibles, rien ne permet d’affirmer que Papa Noël aurait menti. Si de nouvelles archives officielles, contrats de production ou témoignages techniques de studio apparaissaient, l’analyse pourrait évoluer. En l’absence de telles pièces, la balance des sources penche clairement en faveur d’une direction artistique assurée par Papa Noël pour les enregistrements eux-mêmes.

 

Samuel Malonga

 

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