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Publié par Messager

MES ENTRETIENS AVEC LEONARD SAIDI BIN PIRI, CAPITAINE DES LEOPARDS ET DE TP MAZEMBE DE LUBUMBASHI.

 

 

Les initiales:

SL: Saïdi Léonard;

CK: Claude Kangudie

 

 

4. QUE SONT-ILS DEVENUS ?

 

CK: Que sont devenus vos anciens coéquipiers de cette épopée africaine ?

 

SL:

 

5. LEONARD SAIDI CAPITAINE DES LEOPARDS

 

CK: Revenons en 1966. Vous revenez dans le TP Mazembe. Votre première sélection dans l'équipe nationale date de quand ?

 

SL: Ma première sélection s'est faite en 1970, après la première coupe de 1968 remportée contre les Black Stars du Ghana en Ethiopie.

 

CK: Donc vous étiez de la campagne du Soudan ? Avec tous nos espoirs sur André Kalonzo...

 

SL: Oui. En 1970, nous sommes allés à Ouad Medani, au soudan. C'était ma première campagne, elle fut un échec. Nous avions perdu contre les Black Stars du Ghana par 2-0. Nous avons été éliminés au premier tour. C'était Joseph Kibonge qui était capitaine.

 

CK: Vous êtes de retour à Kinshasa. Commence alors la préparation de la coupe d'Afrique des Nations 1972...Il y a déjà Justin Ntumba Pouce qui brille de milles feux...

 

SL: Oui. On s'est qualifié pour la phase finale. Notre pool était à Douala.

 

CK: Je me rappelle que votre premier match était contre l'île Maurice. Match gagné par 4-1. Je crois que Manu Kakoko avait fait un doublé...

 

 

SL: Oui. Mais lors de cette phase finale, il y a eu beaucoup de choses au niveau de la délégation...On nous avait promis 100 dollars de prime par match gagné. On a joué le premier match contre l'île Maurice, et on avait gagné. Le deuxième match était contre le Congo Brazza. Et les instructions de Kinshasa étaient de gagner ce match à tout prix...compte tenu des tensions de l'époque avec Brazzaville. Mais on avait toujours pas les 100 dollars du premier match gagné contre l'île Maurice. Alors Vidinic, nous motive pour ce match. Il nous dit que l'argent va arriver, il y a quelqu'un qui est parti de Kinshasa pour Douala, avec l'argent. Mais Vidinic a attendu l'argent jusqu'au jour du match, toujours rien...Il nous parle du plan de match. Et nous attendons qu'il dise aussi ce que nous aurons pour ce match. Il nous annonce que la prime n'est plus de 100 dollars, mais elle est tombée à 50 dollars. On s'est dit d'accord, nous allons jouer.

 

CK: Et la suite donc ?

 

SL: Nous sommes allés jouer. Pouce a marqué les 2 buts du match, très tôt...buts qui lui valurent le surnom de « tata mapasa ». Une feinte suivie d'un dribble sur le gardien...Et arrive le troisième match de qualification contre le Maroc. Et Vidinic nous parle de ce troisième match. Et le type du ministère des sports qui devait amener l'argent de nos primes n'est toujours pas arrivé à Douala...Ce qui s'est passé, ce que ce monsieur, pendant que nous l'attendions à Douala, il avait prit notre argent des primes et il est parti avec à Paris...Et Vidinic devrait nous dire aussi quelle sera notre prime si nous nous qualifiions pour le tour suivant...Alors, en tant que capitaine, je lui ai posé la question. Il s'est énervé et nous a prié sèchement d'aller chercher nos sacs et de nous rendre au stade. Donc sans nos primes, nous sommes allés jouer. On s'est qualifié pour le second tour difficilement. On avait fait match nul je crois.

 

CK: Là vous êtes en demi finale contre le Mali...avec Garry Ngasebe ?

 

SL: Oui. Mais nous étions déjà ennuyés par les promesses non tenues. On ne comprenait pas pourquoi Vidinic n'honorait plus ses promesses des primes. D'ailleurs il nous taillera dans nos primes en retenant 150 dollars dans les 900 dollars que nous avions eus pour prime à la fin.

 

CK: Ah...Donc, Vidinic, vous « bouffait » aussi ? Il était du côté des « négriers » de la fédération et du ministère des sports ?

 

SL: Oui. Il savait très bien ce que nous devions avoir. Mais les gens de la fédération lui donnait sa part et il se taisait.

 

CK: Et là, vous jouez contre le Mali. Match perdu par 4-3...avec le quatrième but marqué par Fantamady Keita.

 

SL: Contre le Mali, pour ce match, moralement, dans notre tête, nous étions déjà champions d'Afrique. On ne voyait pas comment le Congo Brazza, qui avait éliminé le Cameroun, pouvait nous battre...Mais hélas... Nous sommes allés aux prolongations car nous étions à trois buts partout. Et là, je ne m'explique pas comment Robert (Kazadi) a encaissé ce quatrième but...(Saïdi parle d'un air irrité et agacé, sans doute un rappel douloureux). Le gars a tiré presque du milieu de terrain, alors je ne sais pas pourquoi Robert a tremblé. Il avait pris le ballon et puis l'a relâché et c'était but...Et nous étions ainsi éliminés, sans compter les ratés de Ngasebe.

 

CK: Comment saviez-vous que le type qui devrait vous apporter l'argent était parti sur Paris alors que vous l'attendiez à Douala ?

 

SL: J'avais demandé à Vidinic: pourquoi tu nous parlait des primes alors que tu n'avais pas l'argent sur toi ? Il m'avait répondu que c'était ce qui avait été promis. Et il me dit qu'il devait allait à l'aéroport à 15h parce que le monsieur de la Fézafa arrivait avec l'argent des primes. A 17h, il n'était toujours pas parti..alors, je lui ai demandé pourquoi il n'était parti à l'aéroport comme promis. C'est alors qu'il me dira que le type est parti sur Paris avec l'argent.

 

 

CK: Je crois que Kalonzo, Kembo et Kibonge avaient été suspendus pour les mêmes raisons à votre retour du Soudan en 1970 ?

 

SL: Oui, avec Mokili Saïo...

 

CK: Le match de classement contre le Cameroun, en en cette édition 1972, nous avions gagné 5-2 ?

 

SL: Non. C'est le Cameroun qui avait gagné par 5-2.

CK: Ce match contre le Cameroun fut le dernier match du grand Kalala avec les Léopoards ?

 

SL: Non. Pierre n'était pas avec nous au Cameroun. Il avait déjà arrêté avec l'équipe nationale. Il était en stage en Belgique en ce moment là.

 

CK: Et Pouce faisait le milieu offensif au Cameroun ? La fin de carrière de Kalala, c'est suite à une brouille avec Vidinic ?

 

SL: Non. Pouce faisait le 9 ou le 10. Quand à la fin de carrière de Pierre dans les Léopards, je n'ai plus de souvenirs précis...peut-être lui même un jour le dira mieux que moi.

 

CK: Quand êtes-vous devenu capitaine des Léopards ?

 

SL: Après le Cameroun. Quand nous avons commencé les éliminatoires de la coupe d'Afrique des Nations 1974. Je suis resté capitaine jusqu'au moment où j'ai arrêté...

 

CK: Donc quand vous avez arrêté votre carrière, vous aviez les deux brassard de capitaine: celui de TP Mazembe et celui des Léopards...

 

SL: Oui. Pour les raisons que j'ai évoquées ci haut, à savoir notre forfait contre Hafia. Vidinic m'avait emmené en Zambie pour le match éliminatoire édition 1974 pour me remotiver à continuer mais, mais ma décision était catégorique. C'est ainsi que je n'ai pas participé à la phase finale 1974.

 

CK:Vous avez continué avec TP Englebert ?

 

SL: Oui. Ensuite je suis devenu entraineur de Mazembe. D'ailleurs j'ai conduit Mazembe jusqu'en finale de la coupe du Zaïre contre Vita, je crois.

 

CK: Ma dernière question: que pensez-vous de notre football aujourd'hui ?

 

SL: Aujourd'hui, les joueurs évoluent dans un football semi professionnel au Congo. Ils touchent dans ce système obligatoirement quelque chose après une victoire et les séances d'entraînement sont aussi payées à la fin de chaque mois. Et les joueurs ne sont motivés que par ce qu'ils vont toucher s'ils gagnaient un match. L'esprit d'équipe n'existe plus. De notre temps, nous jouions pour défendre les couleurs de l'équipe, dont le patriotisme. Les joueurs actuels se sont adaptés à l'évolution du football moderne qui procure certains avantages aux footballeurs. Situation que nous aurions voulu connaître aussi de notre temps. Voyez le TP Mazembe actuel, il recrute à Kinshasa, en Zambie, au Cameroun et au Zimbabwe grâce à cette politique de prime après une victoire. Et de ce fait les joueurs sont préparés pour le professionnalisme.

C'est par ici que se terminent mes entretiens avec un de nos monuments de football, un géant, un joueur de légende, comme je les appelle. Il s'agit de de Léonard Saïdi. Voici le témoignage de l'un de nos footballeurs phares des années '70. Il est malheureux de constater qu'on avait offert à cette génération des cailloux dans les emballages des bonbons. Victimes, parmi tant d'autres, du système de la 2ème république. A cette génération et à d'autres, il a été offert des « décorations de l'ordre de léopards ». Distinctions pour rire...ou permission de voler sans être inquiété. Que valent ces décorations aujourd'hui ? Même pas la valeur d'emballages de nos cacahuètes. Comme beaucoup de nos compatriotes qui exprimaient leur joie en chantant et en dansant, eux ils ont donné le meilleur d'eux au sport. Ceci pour le bonheur de tout un pays, de tout un peuple. Pour le bonheur de la grande majorité d'entre nous. Et que sont-ils devenus au crépuscule de leur vie ? Comme la masse de damnés congolais que nous sommes, ils constatent, désabusés, qu'ils ont été utilisés pour faire briller des vitrines pour la gloire des dignitaires de la 2ème république et de leur chef. A travers lui, nous rendons un vibrant hommage à cette génération. Nous, qu'ils avaient obnubilés par leur talent, nous ne les oublierons jamais. Leurs victoires et actes de bravoures sont dans nos coeurs.

 

Est ce que la nouvelle génération en a-t-elle tiré la leçon ? Le Congolais n'a pas ce genre de réflexe et se prend inutilement pour le centre de l'univers...A chacun d'y répondre.

 

 

 

CLAUDE KANGUDIE

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Situtu 22/03/2010 11:57


Ndeko Jerôme Nzembele,
Bonjour, ne crois pas que l´homme qui a dit un jour à son peuple au stade du 20 Mai, lors d´un meeting populaire du MPR parti-état, BOYIBAKA MOKE MOKE, n´etait pas au courant de la mafia, c´est lui
qui encourageait la chose, on connait leur slogan : SOKI BA PETITS WANA BAKOMI NA MBONGO, BAKOKOMA MOTO MAKASI.

Situtu


Jérôme nzembelé 22/03/2010 10:52


Les détournements, encore et encore.

Alors que tous les analystes contemporains se mettent d'accord pour dire que le début des années 70 était une période faste de l'économie Zaïroise, il y a quand même des dindons de la farce. C'est
malheureux de détourner des l'argent déstiné aux jeunes gens qui faisaient la fierté d'une nation et porte étendard malgré eux d'une liberté ou confience soi-disant retrouvée, par des
mafieux qui, du reste disposaient des plusieurs autres canaux d'entrée de fonds pour assouvir leur insatiable sale bésogne.

Je pense que cette génération des nos aînés était trop polie pour être respectée. Eux qui avaient la possibilité d'obtenir des audiences auprès de quiconque, pourquoi n'ont-ils pas cherché à
rencontrer le sommet de la mafia lui-même en personne en vue d'étaler au grand jour leurs déboires ? Simplement parce qu'ils n'étaient solidaires que sur le terrain et pas aussi à l'extérieur.Ils
pouvaient eux tous emboîter les pas leurs collègues Kibonge, Mokili, Kembo ou Kalonzo (même ce n'était pas des problèmes de même nature), en boycotant les entrainements et en refusant de ne pas
jouer carrement les matches par exemple. De cette manière, le grand public aurait été au courant bien avant et ceci aurait peut-être changé la position du Füreur.

L'interview du vieux Saïdi nous montre précisement la moralité des gens qui nous ont dirigé durant la 2è république. Ils étaient certes très diplômés mais sans conscience, ayant été tiré du
fin fond de leurs milieux naturels par la bourse du contribuable congolais (zaïrois), logés, nourris et instruits gratuitement dans des universités avec la sueur du front de nos parents. Ce
sont ceux-la même qui, une fois rentrés au pays, ont réfusé aux jeunes générations de jouir de mes avantages, en supprimant restaurations universitaires, bourses, transport et même salaires des
enseignants. Honte à eux.