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Publié par Messager

 

  

LE PATRIOTISME CONGOLAIS A TRAVERS LES CHANSONS

CAS DE L’ORCHESTRE AFRICAN- JAZZ

 

AJazz

 

Le dictionnaire définit le patriotisme comme étant un sentiment partagé d’appartenance à un même pays, la patrie, sentiment qui renforce l’unité sur la base des valeurs communes. Tout citoyen prêt à se dévouer ou à se battre pour elle afin d’en défendre les intérêts est appelé patriote. On peut prendre les armes pour défendre son pays tout comme on peut le faire de plusieurs autres manières comme par exemple la chanson. Tel est le cas de l’orchestre African Jazz que nous allons essayer d’examiner.

Pour rappel, l’African Jazz fut fondé  en 1953 par Joseph Kabasele, très connu sous le pseudonyme de Grand Kallé. Loin de moi l’idée de m’élancer sur l’historique de ce grand orchestre du Jazz, je rends un hommage mérité à cet ensemble musical pour son esprit de patriotisme.

En effet, vers les années 54, le Congo belge était devenu le centre des émeutes. Plus rien ne marchait  entre les nationalistes congolais et les forces coloniales belges. Sur toutes les lèvres, il n’y avait plus que le mot Indépendance. En janvier 1959, les batailles et les arrestations se multiplièrent à Léopoldville. Pour calmer les esprits surchauffés, on convoqua à Bruxelles une conférence baptisée la Table ronde. Cette Table belgo-congolaise était une rencontre entre les intellectuels congolais et les dirigeants belges de l’époque coloniale. Les deux parties devaient négocier pour fixer la date de l’indépendance du Congo belge  au 30 juin 1960.

Sur proposition de Thomas Kanza, l’African Jazz était retenu pour accompagner les intellectuels congolais à cette rencontre historique. Lorsque la nation est attaquée, tous les fils du pays doivent s’unir pour bouter l’envahisseur dehors. C’est cela l’esprit  patriotique. Pour montrer cette unité sur le plan musical, le stratège Kabasele va former un orchestre de 7 personnes, c’est-à-dire, cinq musiciens  de l’African Jazz (Grand Kallé, Roger Izéidi, Dr Nico, Dechaud et Petit Pierre Elengessa) et deux autres ténors de l’OK Jazz (Vicky Longomba et Moango Brazzos) pour compléter le groupe.

 

 

 

 

Ils formèrent ainsi l’orchestre national du Congo. Chaque jour, après des chaudes discussions  à l’hôtel La Plaza où se déroulaient les travaux de la Table ronde, les délégués devaient se détendre le soir grâce à  l’ambiance créée par l’African Jazz. Lorsque les délégués congolais et les représentants de la Belgique arrivèrent à un accord, ils fixèrent alors la date de l’indépendance au  30 juin 1960. Thomas Kanza vint avec cette nouvelle le soir alors que l’orchestre s’apprêtait à agrémenter la soirée. Muni de la liste des délégués congolais qu’il tendit à Kabasele, il lui demanda d’improviser une chanson pour fêter l’événement. C’est alors que la chanson Indépendance cha cha fut exécutée à chaud, gravée sur place aux éditions Philips et signée Kabasele. A Léopoldville, lors des cérémonies d’indépendance, ce sera  le même orchestre qui jouera devant le roi Baudouin et un parterre de dignitaires internationaux. N’est-ce pas un exemple à suivre pour nos musiciens actuels, spécialistes de Mabanga (1)  ou dédicaces et des flatteries?

Après la proclamation de l’indépendance du Congo, Kabasele Tshamala et Lutula ont composé d’autres chansons patriotiques pour inciter les Congolais à l’unisson, à l’amour du pays et à sa construction. Nous citons Congo se ya Biso, Congo ya Bankoko, Batata ya Lipanda, Bowumbu boisili, Matata masila et Tolimbisana. Ils ont accompli un véritable d’éducation des masses avec des rappels fréquents adressés aux hommes politiques sur leurs rôles ou mieux leurs responsabilités. L’African Jazz ne s’est pas limité simplement à l’indépendance du Congo. Il a chanté les grands hommes africains comme l’immortel Patrice Emery Lumumba et Modibo Keita, l'une des figures de proue de l'Afrique naissante et père de l’indépendance du Mali. Charles de Gaulle disait qu'il était le seul chef d'État devant lequel, il n'était pas « obligé de baisser la tête pour lui parler ». A sa mort, il a été pleuré  par l’African Jazz et Grand Kallé l’avait immortalisé dans la chanson Matanga ya Modibo Keita.

Ce courant était plus au moins suivi à l’arrivée de Laurent Désiré Kabila. On avait vu tous les musiciens se regrouper par un élan de sentiment patriotique en mettant leurs  talents ensemble pour dénoncer l’invasion de notre pays par les Ruandais et les Ougandais et une fois encore pour l’accueil  de la nouvelle monnaie congolaise. C’est ainsi que sous l’égide de Souzy Kaseya, ils ont chanté Tokokufa pona Congo et Franc congolais ou Mpwo (2). Cet élan patriotique n’a duré que l’espace d’un feu de paille.

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Le fait de chanter les louanges de quelqu’un.

La devise officielle de la RDC depuis juin 1998

En effet, sous la deuxième république Franco Luambo Makiadi initia un autre élan  qui continue à se perpétuer jusqu’à l’heure actuelle. Franco, disait-on,  était un chantre avéré du mobutisme. Le courant ainsi introduit consistait à faire  des musiciens congolais les véritables propagandistes ou messagers des hommes politiques. Depuis la deuxième république, le musicien congolais est toujours au service du parti au pouvoir (MPR Parti-État, PPRD…), du comité central, de l’armée, de l’assemblée nationale ou autres organes. C’est l’époque de chansons telles que Mobutu candidat na biso, Biso toko voter vert, Lokuta monene et toutes les autres chansons qu’on lance à l’occasion d’une campagne électorale.

Sur le plan politique, Dominique Sakombi Inongo et Mavungu Malanda Mamongo ont été les initiateurs d’un autre courant  pour  la propagande par la voie des ondes. Ils fouillaient à longueur des journées tous les dictionnaires à leur disposition pour trouver les qualificatifs à coller au chef de l’état. Ils ont enrichi le dictionnaire politique congolais avec des synonymes tels que le bâtisseur, l’unificateur, le timonier, le guide éclairé, clairvoyant et que sais encore. La fin de leur carrière politique et journalistique est un bel exemple qui doit nous renseigner. Malheureusement, le congolais n’aime jamais tirer  les leçons du passé.

Aujourd’hui,  nos musiciens sont devenus les véritables louangeurs des hommes politiques. On retrouve dans le corps de leurs chansons une longue liste des acteurs politiques avec les mêmes qualificatifs que ceux utilisés par  Mavungu et Sakombi. Les artistes musiciens utilisent des termes tels que  «Le pacificateur», «la sagesse», «l’attaquant de base et de pointe» pour encenser ou louer les hommes politiques ou certains honorables députés qui vont au Palais du peuple simplement pour dormir ou applaudir au lieu de mener des véritables débats démocratiques pouvant aboutir à l’avancement ou la bonne marche du pays. En lieu et place de dénoncer les incartades des hommes politiques, la guerre à l’est du pays, les massacres, les tueries, le viol de nos sœurs et mères, la balkanisation du pays, les violations sur les droits de la personne,  ils chantent ceux qui sont à la base des conflits, les fossoyeurs de la république et de la démocratie ainsi que l’amour. C’est ce qui est à l’origine de l’incompréhension entre les combattants et nos artistes musiciens. Je ne fais pas le procès du phénomène Mabanga qui a une origine lointaine, mais je voudrais ici souligner le fait que nos musiciens en abusent.

 

 

C’est bien  illustré dans cet extrait de T. Bukasa : “«Joseph Kabila Kabange, «le raïs Che Guevara lettre J», Antoine Gizenga «Mbuta Fundji», Vital Kamhere «le pacificateur», Ingele Ifoto «Apesa atala te, c'est-à-dire celui qui donne sans compter…», Jeanine Mabunda, «la dame de fer», Jean Kimbembe Mazunga «Ya Tonton», André Kimbuta «le haut sommet»… Les surnoms et sobriquets collés à toutes ces hautes personnalités, décideurs politiques de surcroît, tirent leurs origines du monde musical avant tout“.


En effet, célèbres sur tout le continent africain et même au-delà de ses frontières, certaines vedettes de la musique congolaise ont trouvé la recette pour vendre leurs titres : se faire payer pour chanter les louanges de telle ou telle personnalité ou des litanies de noms plus obscurs.  Adam Bombole, «le grand Saoudien, l'homme qui affronte la conjoncture quelle que soit la hausse ou la baisse du dollar » ; Cardoso Mwamba, «le Bill Gates congolais»; Serge Kasanda «FMI», Rajou Ngoma «SFR», Jean-Marie Lukulasi «Eyadema 40 ans de pouvoir» (3)  Le musicien congolais comprend-t-il qu’il a un grand rôle  à jouer dans la société pour l’éducation des masses populaires“?

Selon un musicien de Viva la Musica qui a acquis l’anonymat dans ce même article, chaque nom cité dans un titre rapporterait de 500 à 2000 euros (327 500 à 1 310 000 F CFA). Une chanson dédiée exclusivement à une personne, un diamantaire ou un homme politique puissant, peut rapporter une jolie fortune, 2000 dollars voire plus à son auteur-compositeur nous révèle cet article. Posons-nous maintenant la question de savoir où ces hommes politiques vont puiser de telles sommes d’argent à distribuer aux musiciens. Dans leurs revenus personnels ou dans le trésor public? N’est-ce pas révoltant quand on considère la misère dans laquelle vit la population congolaise?

Ironie du sort, les mêmes hommes politiques qui les utilisent, se servent d’eux pour faire asseoir leur autorité ou passer leurs messages propagandistes les ont réduit au rang des véritables mendiants. Ils sont animés de très mauvaise volonté pour mettre en place une bonne  politique sur les droits d’auteurs ou la protection de leurs œuvres. Ceci me rappelle exactement ce que la politique de la deuxième république et celle d’aujourd’hui ont fait subir aux journalistes de la de la RTNC. Le musicien congolais quel que soit sa renommée est réduit au rang de simple mendiant. C’est un lèche-botte des politiciens.

Tshieke Bukasa (Top Visages) Par SDC, Starducongo.com | Mercredi 25 Novembre 2009

 

Kabasele Tshamala alias Grand Kallé restera à jamais le père de la musique congolaise moderne. Ce grand chanteur à la voix limpide mérite qu’on érige un monument pour sa mémoire. Il a beaucoup travaillé pour la musique congolaise moderne et africaine. Kabasele n’est pas un nom qui peut vite tomber dans les oubliettes. C’est une vedette internationale de la chanson, un musicien qui a su marquer son époque. Il n’a pas seulement accompagné, mais aussi marqué les plus grands événements politiques de notre pays.

 

Zéphyrin Kirika Nkumu

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Richard MAWETE 20/10/2012 07:04


Hier soir à 21h45,la chaine de télé France o avait rediffusé le concert que Houssoupha,le fils de Tabu Ley avait donné à l'Olympia au mois de mai 2012.


A travers ce concert,Houssoupha avait rendu hommage à son papa,qui fut le premier artiste musicien de l'Afrique noire,à se produire dans cette salle.


J'ai été emu de voir que des jeunes gens nés en France entre les années 80 et 90,reprendre ensemble la chanson de Tabu Ley;Pitié.


Ce garçon qui est né à Kin,d'une mère Senegalaise en 1978 n'avait pas connu la joie d'etre élèvé par son père,qui comme vous le savez a eu plus de 50 enfants avec plusieurs femmes.A 10 ans,sa
mère l'envoi en France chez une de ses soeurs qui y habitait en banlieue Parisienne.Il a grandi dans des conditions difficiles car sa tante qui elle aussi avait ses enfants à élèver,ne faisait
que des petits boulot mal renumerer,à tel point qu'un jour,ils se sont retrouvés toute la famille dans la rue,pour cause de loyer impayés.


Malgrès toutes ces difficultés,il est allé au bout de ses études en obtenant une maitrise après cinq années d'études universitaires.


Contrairement à un garçon comme Mario Balotelli,qui a renié ses parents biologiques,qui ne l'ont pas élèvés,Houssoupha a fait connaitre le nom de son père,à tous les jeunes en France qui aiment
le rap,alors que leurs parents ou grand parents à l'époque ignoraient le passage de seigneur Ley à l'Olympia.


Aujourd'hui,si vous demandez à un jeune en France;qui est le segneur Rochereau,il vous dira que c'est artiste musicien Congolais et il peut meme vous chantez les aires de la chanson Pitié.


Quelle reconnaissance,grace à un fils dont durant son enfance,on ne preta meme pas attention,alors que les autres enfants à Kin veulent vendre les biens immobiliers de Rocherau,alors qu'il est
encore vivant.

Omeli Yango 16/10/2012 08:36


Ndeko Mwenze,


O rappeler ngai histoire ya Festac  na Lagos, na Kinshasa basalaki ba orchestres nationaux mibale moko ya OK Jazz mosusu ya Afrisa. Ndeko na biso Michel Boyibanda Boboy azalaki naturellement
na oyo ya Ok Jazz, kasi mokolo oyo délégué ya République du Zaïre - Vieux Amasco Kisombe - ayaki ko assister na répétition ya miziki ya Ok Jazz, pour appréciation, ye Boboy a sobotaki répétition,
d´ailleurs ayaki na ye te, catastrophe ya somo, Franco De Mi Amor asilikaki mabe penza, tangu ba journalistes batunaki ye Boboy mpo na nini asali ndenge wana, réponse ya Boboy ezalaki boye : J´ai
le sang Ok Jazz, je ne peux accepter na kati ya Ok Jazz babeta ba nzembo ya African Jazz, il faisait référence na ba nzembo ya African Fiesta National oyo babetaki na Olympia na 1970, puisque na
répertoire ya ba nzembo oyo Ok Jazz akobeta na Festac , ba nzembo ya Olympia ezalaki nionso na kati. Mais surprise de taille na Festac kuna na Lagos Afrisa abetaki ba vrais nzembo ya African
Jazz, lokola ba Indépendance cha cha, Kelya, Parafifi etc... la suite est connue de tous l´Afrisa sera retenue par les autorités Nigerianes pour agrémenter certaines soirées après le Festac.

analengo 16/10/2012 07:22


Bonjour chers mbokatiers, je suis a la recherche de chansons: 1. Onya 2. Soraya  (Koffi Olomide) et Zaire Oye de Abeti Masikini.


Merci

MWENZE 15/10/2012 20:25


Bonsoir.


Je voudrais revenir un instant sur le contrat de Thomas Kanza,contrat individuel signé avec Vicky Longomba,suspendu alors dans ses fonctions de Directeur Artistique des Editions Loningisa
par son directeur Papadimitriou,pour une affaire de femme.Alors que Papadimitriou intima l'ordre à Franco de ne point y associer L'OK-Jazz,Vicky Longomba se tourna vers son
ami intime Joseph Kabassellé dont l'African-Jazz venait de connaître sa première scission.En donnant son accord au projet,Le Grand Kallé recommandera à Vicky Longomba d'y associer Nico
et Déchaud qui avaient déjà formé l'African-Jazz Aile Nico,avec la consigne de ne pas leur révéler qu'il était de la partie.Voilà la vérité sur cette formation de "La Table Ronde" que l'on
dénomma tout simplement "African-Jazz",vu que les éléments de ce dernier y étaient majoritaires.La suite on la connaît,une suite que décrit si bien notre frère Zéphyrin Kirika Nkumu à qui je tire
mon chapeau quant à la pertinence de son article.


MWENZE

Claude Kangudie 15/10/2012 00:09


Salut Zephy...Excellent travail comme d'hab....Le fil conducteur de la dégénérescence de l'homme congolais musicien, de l'homme congolais journaliste et de l'homme politique congolais y est. A
nos lecteurs, de bien prendre note du virage du musicien patriote et nationaliste au musicien mendiant et rempli inutilement de soi...Ata ndele Congo ya Kabasele ekosekua !!!!


Claude Kangudie