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Publié par Messager



 

"civil azali mongunya", le civil est un ennemi ?   

Comprenant que pour occuper le Congo, il lui fallait organiser une armée, Léopold II Créa en 1886 la Force Publique. Au début, celle-ci était composée d'Africains recrutés en Afrique de l'Ouest (Haoussas), en Somalie, en Egypte, au Zanzibar, et en Afrique du Sud (Xhosas du Natal). Les soldats étaient placés sous le commandement d'officiers européens venus de Belgique et de partout en Europe, principalement d'Italie et de Scandinavie. Quatre missions étaient assignées à la Force Publique: maintenir l'ordre dans les territoires occupés; occuper et sécuriser les territoires et les frontières; assurer la mise en exécution de la politique d'exploitation des ressources du Congo et assurer la mise en exécution des décisions de justice.

La force publique a mis en déroute les swahilis et soumis au prix de graves exactions les populations congolaises au travail forcé de collecte du caoutchouc et de l'ivoire. 

Ces missions n'avaient pas changé jusqu'à l'accession du Congo à l'indépendance.

Le règlement militaire de la Force Publique par exemple qui recommandait au soldat de considérer le civil comme un ennemi est resté inchangé des années durant après l'indépendance ! Ne dit-on pas toujours (en lingala) dans l'armée que "civil azali mongunya", le civil est un ennemi ?  

 

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Soldats africains de la Force Publique vers 1909 

En 1894, Léopold II décida l'enrôlement obligatoire des congolais. Les premiers à joindre les rangs de la Force publique venaient des tribus de la région de l'Equateur, les Bangala, gens du fleuve habitués aux contacts avec d'autres tribus, et considérés à l'époque par les belges comme plus ouverts. Ce fut ensuite les Batetela du chef militaire Ngongo Lutete qui venait de rompre son alliance avec Tippo-Tip (un esclavagiste célèbre). Pour contrebalancer la grande prédominance des Bangala et des Batetela, obligation fut faite par la suite à chaque tribu du Congo de fournir un contingent de recrues. Les chefs coutumiers en profitèrent pour se débarrasser des éléments gênants ou des marginaux et parfois fournirent des esclaves.


C'est avec un collier au cou que les recrues quittaient le village pour rejoindre le camp militaire. En règle générale, ils signaient un contrat de 7 années au terme duquel, ils pouvaient choisir entre la démobilisation. Dans ce dernier cas, ils regagnaient leur village où ils jouissaient d'un certain prestige et devenaient des candidats privilégiés aux postes d'encadrement des équipes de travail dans les sociétés coloniales. Les congolais ne pouvaient prétendre à un quelconque grade d'officier. On y entrait avec le grade de soldat de 2è classe, on en sortait avec le grade de caporal, le grade le plus élevé qu'un congolais pouvait normalement atteindre. Les conditions de vie dans les camps militaires de la Force Publique étaient des plus difficiles. L'alimentation était très pauvre, les salaires modiques, la discipline très rigoureuse, et les punitions très sévères et pénibles. Cela créa des frustrations qui dégénérèrent en mutineries et révoltes dont les plus importantes furent menées en 1895 et 1897 par les soldats de la garnison de Luluabourg et celle des soldats Batetela conduits par Ngongo Lutete.

 

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Arrestation d’un civil par les éléments de la Force Publique


Afin de prévenir les révoltes...

Afin de prévenir les révoltes à caractère tribal, l'EIC (Etat Indépendant du Congo) instaura le principe de limitation à 25% des effectifs d'un contingent le nombre de soldats appartenant à une même tribu. La conséquence immédiate de cette disposition fut le recul de la langue des Batetela, le kitetela, au profit du lingala, la langue du commerce des peuples du fleuve qui finira par s'imposer comme langue officielle de la Force Publique. Cependant l'incorporation des mots français ou tirés d'autres langues congolaises, le lingala de la Force Publique appelé "kisoldat" se distinguait du lingala traditionnel.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                           

La Force Publique fut souvent appelée à faire taire toute révolte des populations comme la répression des adeptes du prophète Simon Kimbangu suivie de deux décrets d'interdiction pris en 1936 et 1940 et celle très sanglante (300 morts) de la révolte en 1930 des populations de Luluabourg qui protestaient contre l'effondrement des prix de l'huile de palme.

 

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Villes, pays ou région où  la Force Publique remporta des succès militaires lors des 2 guerres mondiales

 

Et aujourd'hui, la Belgique oublie ses anciens combattants congolais qui ont participé aux deux dernières guerres mondiales !

La Force Publique a apporté un appui remarquable aux forces alliées pendant les deux guerres mondiales. Aujourd'hui, les hauts faits d'arme de la Force Publique au cours des deux guerres mondiales sont des souvenirs lointains, ne survivant que par la maison des anciens combattants dans l'actuelle commune de Kasavubu à Kinshasa. Quant aux anciens combattants, ils ont tout simplement été oubliés par la Belgique. A part les médailles reçues à la démobilisation en guise de reconnaissance, ils n'ont jamais perçu une quelconque indemnité de retraite. Presque tous ont déjà été emportés par la vieillesse, la maladie ou les difficiles conditions de vie après la démobilisation.



Extrait de "Congo-Zaïre, le destin tragique d'une nation", Ngimbi Kalumvueziko aux Editions l’Harmattan

 

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