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Publié par Messager

 

Extrait (complet) du livre CONGO-ZAIRE, LE DESTIN TRAGIQUE D’UNE NATION, sur le complot de la Pentecôte. 

un commentaire vient d'être posté par Ngimbi Kalumvueziko sur l'article Le moral de Mobutu avant et après une exécution,

Extrait (complet) du livre CONGO-ZAIRE, LE DESTIN TRAGIQUE D’UNE NATION, sur le complot de la Pentecôte. 

‘Pour mieux s’implanter, tout pouvoir qui s’installe par la force a besoin de recourir à l’intimidation et la terreur afin d’étouffer la contestation. Fin mai 1966, les Congolais apprennent la découverte d’un complot ourdi par un groupe de politiciens et visant de renverser le régime nouvellement établi. Ce complot survenu pendant la période de célébration de la Pentecôte catholique est connu sous le nom de « Complot de la pentecôte ».

.Évariste Kimba, ancien Premier Ministre, Emmanuel Bamba, Jérôme Anany, Alexandre Mahamba, tous anciens ministres, sont arrêtés et jugés par une Cour Militaire d’exception. Condamnés à mort, ils sont exécutés par pendaison sur la place du Pont Cabu, rebaptisée plus tard Pont Kasa-Vubu où se trouve érigé le « Stade des Martyrs de la Pentecôte ».

Ce jour-là, des dizaines de milliers de personnes avaient répondu à l’appel lancé la veille à la radio pour assister à la pendaison des quatre conjurés.

À l’époque, j’avais 15 ans et habitais la Commune de Léopoldville II (actuelle Commune de Kintambo). J’étais élève au Cycle d’Orientation de l’Athénée de Lemba avant d’être inscrit à l’Athénée de Kalina (actuel Institut de la Gombe) où j’ai terminé le Cycle d’Orientation et le Cycle supérieur des Humanités Littéraires. Comme ma classe (Cycle d’Orientation) commençait chaque jour à 12 heures, j’occupais l’avant-midi à vendre des journaux, le « Courrier d’Afrique » et les « Actualités Africaines », ce qui me procurait un peu d’argent pour payer le transport (éviter de faire le pied jusqu’à Lemba comme cela arrivait souvent), assister aux rencontres de football au stade Tata Raphael et aller au cinéma. Avec d’autres camarades, nous faisions chaque matin le pied jusqu’au Palais de la Nation, siège du Parlement, en passant par le complexe de l’usine textile UTEXCO, aujourd’hui UTEXAFRICA, et le building le Royal où étaient logés le personnel et les soldats de l’ONUC, aînée de la MONUC. Les parlementaires et le personnel de l’ONU étaient nos principaux clients. Je me souviens du Président Kasa-Vubu qui, à force d’utiliser chaque jour la même route que nous pour se rendre à son bureau (un petit bâtiment en face de la Banque Centrale), dans une voiture sans escorte, avait fini par reconnaître notre petit groupe et nous adressait parfois un signe de salutation.

À l’entrée du Parlement où nous avions l’habitude de nous poster, nous pouvions voir et approcher les personnages politiques importants de l’époque comme Tshombe, Adoula, Bomboko ou encore Mobutu pour ne citer que ceux-là. Cela exerça sur moi une grande fascination et un attrait aux événements politiques. Ainsi, je ne ratais aucune occasion pour assister aux grands événements politiques de l’époque comme le meeting de Tshombe au stade Tata Raphael quand il avait promis un « nouveau Congo » dans les trois mois suivant sa nomination comme Premier Ministre, le retour de Pierre Mulele à Kinshasa en 1968, la prise d’arme au Camp Kokolo pour la reconnaissance de Mobutu au grade de Lieutenant Général une semaine avant son coup d’Etat, ou encore la légitimation de son coup d’Etat par le Parlement. C’est dire que je ne pouvais manquer cet événement.

Ce jour-là donc, le 2 juin 1966, j’étais dans la foule rassemblée au Pont Cabu, à une dizaine de mètres à peine de la potence.

Le doute subsistait encore jusqu’à l’appel du premier condamné. En effet, le sentiment généralement partagé dans la foule était que le nouveau régime encore fragile, ne pouvait pas se permettre d’exécuter publiquement des personnalités politiques de si haut niveau. On pensait à une mise en scène et qu’au dernier moment le pardon serait accordé publiquement.

Hélas, il a vite fallu déchanter car nous fûmes plutôt confrontés à une réalité macabre. Apres un son lancinant des trompettes, suivi de la lecture de l’arrêt de mort par un magistrat et de la prière faite par un prêtre, un bourreau à la tète cagoulée traînant un premier condamné lui aussi cagoulé, monta sur l’échafaud puis passa la corde autour du cou du supplicié. La foule poussa un cri de frayeur lorsque le corps du supplicié bascula sous la trappe. Il resta suspendu pendant environ une vingtaine de minutes. Ce scenario se répéta à trois reprises.

La longue attente de la descente des corps avait fini par lasser la foule. À la dernière pendaison, la foule, paniquée, se dispersa dans un désordre indescriptible, laissant le corps abandonné du dernier condamné, Alexandre Mahamba, se balancer dans le vide pendant de longues minutes.

Mobutu avait voulu justifier son acte par la nécessité de faire l’exemple. Toute contestation de son régime devait être sévèrement sanctionnée. La pendaison publique avait démontré cette détermination. Ce fut le meurtre fondateur du système d’impitoyable répression qui allait caractériser son régime.

"Quelle fut la réalité du « complot de la pentecôte » ? Larry Devlin1  indique qu’il avait averti Mobutu de ses préparatifs et qu’à son étonnement celui-ci lui avait déclaré en être aussi informé. Ils avaient convenu de suivre son évolution jusqu’à sa maturation afin de réunir des preuves suffisantes, arrêter les comploteurs, et les traduire en justice.

Tout laisse plutôt croire à une diabolique manipulation menée par le gouverneur militaire de la Ville de Kinshasa.

Mobutu avait-il voulu arrêter la montée de la fronde de contestation par les députes des mesures de restrictions des prérogatives du Parlement, notamment le partage du pouvoir législatif, qu’il avait prises quelques mois après son coup d’état, et cherché à imposer son diktat par l’intimidation?       

Ainsi, au terme des réunions qu’il organisait régulièrement à sa résidence avec les « comploteurs », le gouverneur militaire de Léopoldville avait réussi à les convaincre d’envisager une alternative au nouveau régime.    

C’est au cours d’une de ces réunions qu’ils furent arrêtés par des soldats préalablement postés autour de la résidence, aussitôt qu’une liste des personnalités pouvant constituer un nouveau gouvernement avait été élaborée. Cette liste servit d’unique pièce à conviction au cours d’un procès où les accusés avaient comparu sans avocats et où curieusement les officiers militaires qui les traitaient étaient absents. Pour Larry Devlin par contre, le complot était bien réel. Il m’a confié qu’il avait été contacté par les comploteurs et qu’un agent informateur le tenait régulièrement au courant de son évolutionr".

 

Ngimbi Kalumvueziko, auteur de CONGO-ZAIRE, LE DESTIN TRAGIQUE D'UNE NATION et LE PYGMEE CONGOLAISEXPOSE DANS UN ZOO AMERICAIN. SUR LES TRACES D'OTA BENGA, publies par les editions l'Harrmattan de Paris.

 

 

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Jean Marie 10/02/2012 17:38


Le general Bangala est mort à Kinshasa. 

Serge Kongo na biso 08/02/2012 19:15


Mbote,


Ce gouverneur militaire de la ville de Kinshasa dont on
parle ici est le général Bangala.  Je me demande s’il est encore en vie ?  Et s’il y est, qu’est ce qu’il pense du RD Kongo qu’ils ont jetés au fond du gouffre ?


Les inconscients !!!


Serge, Kongo na biso.  

Ngimbi Kalumvueziko 07/02/2012 21:26


Suite et fin de l'extrait du livre CONGO-ZAIRE, LE DESTIN TRAGIQUE D'UNE NATION sur le complot de la Pentecote.


"Quelle fut la réalité du « complot de la
pentecôte » ? Larry Devlin1 indique qu’il avait averti Mobutu de ses
préparatifs et qu’à son étonnement celui-ci lui avait déclaré en être aussi informé. Ils avaient convenu de suivre son évolution jusqu’à sa maturation afin de réunir des preuves suffisantes,
arrêter les comploteurs, et les traduire en justice.


Tout laisse plutôt croire à une diabolique manipulation menée par le gouverneur militaire de
la Ville de Kinshasa.


Mobutu avait-il voulu arrêter la montée de la fronde de contestation par les députes des
mesures de restrictions des prérogatives du Parlement, notamment le partage du pouvoir législatif, qu’il avait prises quelques mois après son coup d’état, et cherché à imposer son diktat par
l’intimidation?       


Ainsi, au terme des réunions qu’il organisait régulièrement à sa résidence avec les
« comploteurs », le gouverneur militaire de Léopoldville avait réussi à les convaincre d’envisager une alternative au nouveau régime.    


C’est au cours d’une de ces réunions qu’ils furent arrêtés par des soldats préalablement
postés autour de la résidence, aussitôt qu’une liste des personnalités pouvant constituer un nouveau gouvernement avait été élaborée. Cette liste servit d’unique pièce à conviction au cours d’un
procès où les accusés avaient comparu sans avocats et où curieusement les officiers militaires qui les traitaient étaient absents. Pour Larry Devlin par contre, le complot était bien réel. Il m’a
confié qu’il avait été contacté par les comploteurs et qu’un agent informateur le tenait régulièrement au courant de son évolutionr".


Ngimbi Kalumvueziko, auteur de CONGO-ZAIRE, LE DESTIN TRAGIQUE D'UNE NATION et LE PYGMEE CONGOLAISEXPOSE DANS UN ZOO AMERICAIN. SUR LES TRACES D'OTA BENGA, publies
par les editions l'Harrmattan de Paris.