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Publié par Messager

 
SPÉCIAL CINQUANTE ANS RDC
 
SEMAINE 
"ROCHEREAU PASCAL"
PREMIER MARÉCHAL CONGOLAIS (1)
(Cliquez, c'est l'Amicale Lipopo)
 
OBJET :    "PRÉLUDE AU SEPTANTIÈME ANNIVERSAIRE DE CE GÉNIE,
              né le 13 novembre 1940"
 
PRÉAMBULE
 
Le ROCHEREAU des années de 1964 et son modèle Denfert Rochereau de France
    Baloba AMICALE LIPOPO baloba KINSHASA O mboka ya mouvement. Amicale Lipopi boyaka e mpo tosangana, boyaka a e mpo tomeka nzoto, Amicale Lipopo.  Kasi na mboka Lipopo, Kin-Malebo oyo etonda bau, Fongola miso bana, ya biso ba Congolais. Amicale nde nini, lisanga ya bana Lipopo nioso ya Congo, baloba Amicale Lipopo baloba Kinshasa mboka ya Rumba. Lisanga yango nini, Lisanga ya bana Lipopo nioso ya Congo, baloba Amicale Lipopo baloba Kinshasa O mboka ya Mouvement.  Source : Rochereau Pascal Maréchal Tabu, première chanson de l'African Fiesta après avoir quitté l'African Jazz de Grand Kallé, entre juillet et août 1963.
 
I.    D'OÙ VIENS-TU ROCHEREAU ?
 
    De Baningville est sorti un homme qui a caressé les coeurs de tous les Congolais de son temps avec une une poésie des "Baniga ya Lisano", comme c'est si bien chanté et clairement harminisé dans "Amicale Lipopo".  Mais, ce Baningville, c'est où ?  C'est l'actuelle ville de Bandundu.  Celui que l'on nomme avec élégance "Tabu Ley" s'appelle à l'origine de sa jeunesse d'un nom moins connu dans l'univers des mélomanes : "Pascal Emmanuel Sinamoyi Tabu".  J'avoue, c'est vraiment le même homme.  À son époque, un artiste se devait, quand il sentait qu'il est destiné à une carrière de tous les succès, de changer son nom.  Ce n'est pas seulement en Afrique, disons au Congo, que les musiciens ont changé leurs noms.  Tino Rossi, c'est Constantin Rossi; Johnny Hallyday s'appelle Jean Philippe Smet; Eddie Mitchel ", c'est Claude Moine; la chanteuse Sheila, c'est Annie Chancel; Charles Aznavour, c'est Aznavourian Zatopek.  Bon nombre des musiciens arborent des noms qui ne sont pas les leurs sur l'attestation de naissance, mais c'est par ces dénominations survenues dans le parcours du métier pour les besoins de productions scéniques que leur magie s'est créée.  Notez aussi que Joseph Kabaselle a dû écourter ce nom pour en sortir "Kallé Jeff" et sa postérité d'héritiers lui a conféré le nom de Grand Kallé.  Et que dire de François Luhambo devenu François Luambo dans son enfance, puis à l'âge adulte comme vedette dans la musique, il est Franco de Mi Amor, Ya Fuala, Yorgho.  C'est la loi de la vie d'artiste, surtout à l'époque de la jeunesse de musiciens que je viens d'évoquer sans oublier Simon Lutumba que tous nous connaissons du nom de "Simaro" et Pierre Félix devenu "Pepe Felly.  Ça paie de se surnomer en musique surtout quand on a du talent.
 
     Oui, Rochereau est né à Bandundu, en 1940, le 13 novembre, c'était un Jeudi.  Au fait, chez les Romains, c'est jour de Jupiter.  Pour qui sait la correpondance avec la mythologie grecque, ce dieu antique est l'équivlent de Zeus.  Je n'ai pas le temps d'être explicite sur ce chapitre mythique, mais ce nom n'a pas été qu'employé dans la mythologie, il l'a été également dans la science des astres et balistique de la conquête de l'espace.  Mais disons quand même un mot sur la planète Jupiter telle qu'on la définit :

    "Jupiter est une planète géante gazeuse, la plus grosse planète du système solaire et la cinquième en partant du Soleil (après Mercure, Vénus, la Terre et Mars). Elle doit son nom au dieu romain Jupiter. Le symbole astronomique de la planète est la représentation de la foudre de Jupiter. Visible à l'œil nu dans le ciel nocturne, Jupiter est habituellement le quatrième objet le plus brillant (après le Soleil, la Lune et Vénus ; parfois Mars apparaît plus lumineuse que Jupiter, et de temps en temps Jupiter apparaît plus lumineuse que Vénus). Source : Wikipédia.

    La vie de Rochereau est phénoménale, la mythologie et la réalité se confondent dans son histoire.  Être né un jeudi, comme avant le christianisme, conférait chez le Romain un statut d'excellence acquis par l'autorité de se recoomander de Jupiter, comme Zeus est le dieu des dieux chez les Hellènes, je veux dire les Grecs.  Faut-il voir dans le long terme de la présence de Rochereau au Hit-parade du Congo, 1960-1988, une connivence avec une telle coïncidence ?  Vraissemblablement pas, car cet homme est talentueux, mais si l'on veut s'amuser à lire ce destin dans l'écran de la poésie et de la mythologie, on s'accorderaint de spéculer là-dessus sans se priver d'intégrer Rochereau au monde des contes et légendes.  Tabu Ley a eu une carrière brillante et cela au cours d'une époque où les Congolais ne sont pas pressé ni éconduit dans leurs droits civils, politiques et culturels.  Ce qui passe pour des grands brouillard à l'époque de l'âge d'or de Rochereau, c'est la guerre froide divisant le monde en deux blocs, mais c'était dans un Congo respecté malgré ses guerres civiles, lesquelles étaient en fait la résultante de la colère de Moscou contre Washington.  L'Amérique fait la chasse aux Communistes et l'URSS chasse les agents de la CIA qu'elle voit même dans les bottes de foi.

    À ce monde féerique qui adopte Rochereau dans ses sinuosités et secrets de succès, Tabu Pascal a également ses véritables héros desquels il a puisé sa force pour exister comme une idole d'Ébène.  Pourtant, dans le cas d'espèce, c'est en la personne d'un Général français, Pierre Philippe Denfert-Rochereau, qu'ils se construit la carapace de légende.  Ce ne fut pas facile pour Rochereau d'entrer dans l'univers de la musique pour devenir le grand chanteur qu'il est devenu, car il y avait dans l'espace des "Ndulistes" des noms qui le faisaient peur ou du moins qui rendait Rochereau conscient de la forteresse vers laquelle il est allé chercher asile.  Mais comme c'est un destin, le chemin fut tracé pour ce ténor à la voix double du pinson et de rossignol incrustée dans la gorge humaine.  En fait, 1956, Rochereau connaissait déjà le Grand Kallé, celui-ci lui a permettra cette année-là d'enregistrer avec lui.  Bine plus, Tabu Pascal a développé une grande amitié avec Nico Kasanda connu sous le nom plus que célèbre de Dr Nico.  Et sous le manteau de cette relation intime de collaboratopm que Rochereau va préparer les grandes valises de son envolée lyrique à l'adresse des hauteurs qu'il a gravie au fil des années.  mais avant que tout ceci n'arrive, Rochereau s'est voulu célèbre avec un nom qui soutien son idéal.  Voici en un paragraphe celui qui fut son héros, cette sorte d'ange gardien idéal à la raison de soi :

    "Nommé gouverneur de la place de Belfort en 1870, il est confronté dès novembre 1870 à l'attaque puis au siège des armées allemandes, menées par Werder. Il mène alors avec sa garnison et la population de la ville une résistance héroïque qui dure 103 jours. Ce n'est que le 18 février 1871, sur un ordre du gouvernement de la Défense nationale, présidé par Louis Adolphe Thiers, qu'il accepte de baisser les armes et de se rendre. Partisan de la guerre contre l'Allemagne et du refus de l'armistice, il sollicite devant Thiers la grâce du jeune officier Louis-Nathaniel Rossel — lui aussi protestant — qui avait rejoint la Commune de Paris après la défaite française. Ce dernier est pourtant exécuté le 27 novembre 1871. La résistance de Pierre Philippe Denfert-Rochereau sauve l'honneur d'une France humiliée par la défaite de Mac-Mahon à Sedan et la reddition de Bazaine à Metz. Il offre aussi la possibilité à Thiers de négocier la conservation de l'arrondissement de Belfort au sein de la France, alors qu'il faisait auparavant partie de l'Alsace, désormais revendiquée par les Allemands. En 1872, il est député au Synode des Églises réformées pour le courant libéral. Il s'oppose à François Guizot et à Charles Bois, du courant orthodoxe contre l'adoption d'une confession de foi. Héros national, il est élu député à l'Assemblée nationale, où il soutient la politique de Léon Gambetta. Il meurt à Versailles en 1878. Sa dépouille repose aux côtés de son épouse, dans le cimetière de Montbéliard." Source : Wikipédia

    Beaucoup des Congolais se sont demandés quelle était l'origine du nom de Rocherea sur Tabu Ley ... Eh bien !  Tout est contenu dans ce paragraphe ci-haut.  Rochereau est un homme de culture, c'est quelqu'un qui a écrit beaucoup des poèmes et une individualité qui a rêvé l'amour sans se tropmer des coeurs.  En "Maman Marié à Georgette Mowana", alias Tété, Rochereau a réussi son examen d'admission aux fonts baptismaux de l'amour.  Je mets à l'intention des lecteurs les chansons qui reproduisent pas leur poignant thème la sensibilité de Rochereau pour la femme, son épouse et la femme sa mére.
 
        Rochereau chante son épouse, mama Tete dans l'African Jazz ;
        Rochereau chante sa mère dans l'African Fiesta avec Nico, en 1965
 
    En clair, Mama Tét, est cette Dame Tabu Ley a immortalisé dans bien des chansons, elle a aura été son bonheur de prédilection.  Elle nous a quitté voilà plus dizaine d'années.  Avec Mama Tete, le Seigneur Ley a eu cinq enfants dont je me souviens de Mireille sa fille née en 1964 et avec laquelle, l'artiste, le Maréchal Tabu, a posé dans le magazine "Congo-Revue" de la même année.  Rochereau a collaboré avec le Grand Kallé dans l'enrichissement du répertoire de l'African Jazz.  La chanson Kelya qui remonte entre 1959 et 1960 est le plus authentique témoignage du duo mythique Kallé-Rochereau, il présageait par sa perfection l'avenir de Tabu Ley en musique, la voici lorsque vous cliquerez dessus :  http://www.youtube. com/watch? v=srzkD8W6Y_ o.  En fait, c'est la première chanson de Rochereau aux côtés des Grand Kallé dans l'African Jazz. C'est en 1960, c'est à vérifier, que Rochereau entre dans l'African Jazz, mais il va le quitter pour évoluer dans son propre ensemble "Jazz Africain".  À bien écouter la discographie de cet orchestre, on a l'impression d'écouter l'African Jazz.  Plusieurs congolais ne peuvent pas départir ces tubes :
  • Ngai Mira nakowela se boboto vraiment, souvenir nini ngai nazui epayi na yo ;
  • Iya le Iyale , iye, iye iya, a a a ;
  • Commando de Gombari, dédié au Colonel Tshatshi, etc ...
    Pour quiconque connaît Rochereau et qui a entendu ces chansons-là de 1961-1962, c'est dans l'orchestre African jazz que ça se passe.  Ce n'est pas vrai.  Tabu Pascal prend pied dans l'African Jazz solidement en 1962.  Ces chansons sont les plus significatives de ce compositeur encadré par le Grand Kallé et qui surprend ce Maestro par sa forte connaissance de l'harmonie :
  • Yaka yaka toyokana ;
  • Mwana Ndombe souvenir ya bolingo ;
  • Ngai oyo nazongi mboka nauitaki, etc ...
    Dans cet African Jazz, Rochereau évolue avec Mujos et même Flujos, celui qui ira plus tard se produire dans l'orchestre Négro-Succès (vérifiez, j'étais très petit et j'avais 9 ans, mais ma mémoire me dit que c'était cela).  Alors, je me répète, au chant de ce géant orchestre, il y a avait le Grand Kallé; Mujos; Rochereau, Roger Izeidy, le Roi des Maracas, à la guirare solo, le Dr Nico, Mwamba Déchaud à l'accompagnement, Faugus au mi-solo, Mwana à la basse, Petit peirre à la tumba, à la trompette Willy Mbembe, au Saxophone Manu Dibango, Armando Grazzi, voire peut-être Maproco, il faut véridier, nous sommes en 1962, Edo Lutula dit Edo Clari du dimunitif de clarinette et sans doute Tino Barozxa s'il n'était pas déjà parti avec manu Dibango au Cameroun via Bruxelles et Paris.  Je teins à souligner que cette première partie de la vie de Rochereau doit être sujette à des vérifications parce que j'étais vraiment un petit enfant, la plupart des récits que je rapporte sont vrais, mais il faut les soumettre à l'épreuve de précisions, car à neuf ans, on n'est pas comme à vingt ans.
 
II.    ROCHEREAU DANS L'ENVIRONNEMENT POLITIQUE DES ANNÉES '60
 
    Le Rochereau musicien de renom, au Congo et dans le monde, est un artiste né sur la scène des années '60, à leur début.  Son histoire est semblable à celui d'un Prince qui tue le père et qui prend de l'envergure à sa disparition.  Ici, il n'est pas malaisé de dire que ce père là, c'est Joseph Kabaselle.  Plus d'un Congolais du temps de mon enfance a vu cela.  Kallé éteint, Rochereau et le Docteur Nico ont fait une fulgurance qui a étonné plus d'un.  Le tandem Rochereau-Nico ne fut pas seulement une association des deux jeunes bourrés de talents qui se passionnent de la musique et qui s'admirent mutuellement, Rochereau-Nico ce fut toute une histoire.  En effet, celle de la musique était en passe de tourner une page décisive avec le Congo-Belge pour foncer dans un univers des rendez-vous nouveaux.  Le 30 juin 1960 était une année de tous les espoirs que la réalité a évanoui dans les antres des angoisses, du froid et de l'exil de l'espérance.  Les Congolais se naugrageaient dans l'être intérieur de leur âme que les événements de l'indépendance commençant a noyé dans une douloureuse avancée vers un futur incertain.  Puisque qu'il est question des années '60, il est tout à fait normal de rappeler ce que furent ces événements, ce sont :
  1. L'assassinat de Patrice Émery Lumumba ;
  2. La sécession Katangaise survenue seulement 11 jours après l'indépendance ;
  3. L'éclatement de la rébellion muleliste ;
  4. L'apprentissage de l'exil pour les politiciens déçus ;
  5. le séjour en prison d'un bon nombre des Congolais pour délit d'opinion.
    C'est dans ce contexte que Rochereau apparaît au monde des mélomanes et ceux-ci l'accueillent avec chaleur.  Il faut noter que la révélation de Rochereau correspond avec la fin de l'adolescence des plusieurs élèves de l'école secondaire des années cinquante et qui deviennent des "Jeunes premiers"On peut citer Zatho Kinzonzi, Karé Kasanda, Idi Mame Max Mongali, Tone Dee, Zizi dans la branche des Congolais de Belgique YÉYÉ NATIONAL et LOS NICKELOS et des Bony Tshimpaka (ISS BOYS), Sawa (soliste des MUSTANG Plus tard), Checain Lola (OK JAZZ), Anicet Mobe, (THU ZAÏNA si c'est Jhomos), Okitenge Cosma HABANITA BANDAL), Djamba Onema (avec Kazembe au bar la PERRUCHE BLEUE), Saak Sakul Tshekabu (plus tard VÉVÉ et SOSOLISO), Kandolo François' Jean-Pierre Botolo (LOVANIUM et CONSTELLATION) , etc.  Ces nouveaux jeunes sur le marché de la visibilité sociale et estudiantine ont beaucoup des points en commun avec Rochereau, Nico et l'African Jazz.  Lorsque l'African Fiesta naît, cet orchestre se signale par la maîtrise du chant et de l'instrumentation, Rocherau chante sans faire des fausses notes, il a une voix claire et une tessiture des rêves puisqu'il module facilement ses airs avec une aisance des ténors rares.  Le Docteur Nico Kasanda n'a as besoin des souffleurs, je veux dire des saxophonistes et des trompetistes pour soutenir ses solos, il joue la guitare comme un dieu de l'Odéon.
 
    Certes, il y a eu grogne dans le milieu des férus de l'African Jazz, les plus en colère ont accusé Rochereau et Nico d'avoir comploté pour faire tomber Joseph Kabaselle.  Cela peut-être juste en partie, mais la vérité est que le Grand Kallé aurait eu difficile à avancer dans l'espace musique parce qu'il irritait involontairement l'Establishment.  Ceux qui ont suivi Patrice Émery Lumumba dans ses croisades politiques dans à partir de 1958 se rendront bien compte que ce futur Premier Ministre et le Grand Kallé, c'était une amitié indéfectible laquelle sera scellé à Bruxelles sans contredit à travers la chanson "Indépendance Tchatcha".  Or, quand la mort est arrivé à Lumumba, le Grand kallé n'a pas gardé silence, il n'a pas non plus insulté les autorités de l'État, mais ce qu'il a fait et qui a ébranlé la classe politique dirigeante, ce sont les chansons qu'il a écrites pour interpeller le gouvernement et la Nation.  "Bolingo ya Ekolo monene; Toyokana e tolingana tosala na matata te o; Congo a e Congo a e bana na yo nde balongisi yo e".  Rochereau et Nico ont vu le désarroi de Grand Kallé et en ont souffert, non pas pour se désolidariser de leur aîné, mais pour compatir avec sa peine.  D'ailleurs, c'est le Grand Kallé qui va le premier canoniser Lumumba du titre de Héros National. 
 
    Dans les années '60, il était dangereux de se réclamer de Patrice Lumumba ni de parler de lui, une arrestation était à chaque coin de rue rien que par le fait d'évoquer ce nom.  Franco est le premier à avoir éprouvé cette désolation, il tout de suite dénoncé cet assassinat et fut mis en prison, c'était dans la chanson "Ba nationaliste balati pili".  D'avril au mois de mai, Franco fut fait prisonnier, c'est Justin-Marie Bomboko qui va le faire libérer.  Partant, le poids du nom de Lumumba avait été chargé sur le Grand Kallé comme le globe d'Atlas, dès lors, il était prévisible que l'African Jazz allait se disloquer, non pas par la volonté des musiciens de cet ensemble, mais par l'action des services de sécurité de la première moitié des années '60.  Ce ne fut pas seulement le gouvernement congolais qui était le maître de l'orientation de l'opinion publique, mais la CIA, la SGDE (service d'espionage de France) et les espions des services belges qui avaient le rôle de faire oublier les Congolais leur rêve à travers Lumumba considéré comme communiste.  Celui qui sévissait à Kinshasa contre le nom de Patrice Lumumba n'était autre que le Général Joseph Mobutu.  Au demeurant, celui-ci ne s'entendait pas avec le Grand Kallé à cause de trop de succès de celui-ci dans le cercle de Surboum Matanga de l'African Jazz.  Ce que Rochereau a vécu avec le Capitaine de l'ANC Denis Ilossono, c'est la même histoire entre Kallé et Mobutu.
 
a/    Dans les limbes de 1960 et 1963
 
    C'est le temps le plus dramatique que le Congo traverse.  À la suite de ce qui est relaté ci-haut, Léopoldville est une capitale évoluant dans la plus grande insécurité, le banditisme, le raquetage, les assassinats et les explosions des cibles visées (Église Saint-Pierre à Kinshasa, pylônes électriques à Bandal), le groupe de Binza sévissant au sein de la classe politique.  Mais les grandes tragédies, c'est la guerre au Katanga et la rébellion mulésliste qui naît au Bandundu, l'une comme l'autre de ces conflits sont l'oeuvre de l'étranger.  L'Occident, par la main de la Belgique et de la France, attise les divisions au Congo dans le but de détacher le Katanga du reste du Congo et dans l'ancienne province de Léopoldville, non loin de Baningville, à Kwamouth, à Bolobo et au Kwilu, Pierre Mulele, aidé par la Chine, l'URSS, l'ex-Yougoslavie et l'Europe de l'Est, avec dans les coulisses Cuba, l'Égypte, le Burndi et surtout le Congo-Brazzaville avec à sa tête, le Président Alphonse Massamba Débat, l'Algérie à travers le Président Ben Bella, la Tanzanie (une année plus tard parce ces deux pays deviennent indépendantes en 1964), encouragent la rébellion et fournissent des armes pour punir les autorités de Léopoldville, accusé par l'opinion africaine d'avoir laissé mourir Lumumba aux mains des étrangers fossoyeurs de l'Afrique.  Le Congo-Brazzaville, sous Massamba Débat a même installé un camp d'entraînement militaire pour les rebelles congolais en face de Bolobo, c'est nuitamment que ces guérilleros traversaient pour entrer au Congo et y semer des troubles.
 
    N'ayant aucun saint vers qui se vouer, les Congolais avaient une arme puissante, la musique.  Le Grand Kallé, avant de devenir rare de la scène, avait pris soin de créer un sentiment national et patriotique par ses chansons, celles-ci lui servaient de médium de communication national vers toute la population du pays.  Sur ce point avant d'aller plus loin, une conclusion logique à faire s'impose pour nos musiciens avec cette paranthèse de leur civisme.  Nos musiciens, faut-il le répéter, ont le mérite d'avoir été ces résistants qui ont sauvé le Congo par le texte de leurs messages chantés.  Malheureusement, c'est cela qui les fera aussi détester le Grand Kallé parce que c'est lui l'homme qui a initié cette tradition qui se perpétue.  Évidemment, ce n'est plus le cas aujourd'hui, il maintenant des musiciens qui trahissent et qui se font avoir pour quelques poignées d'argent.  Parfois même, cette cupidité peut entraîner certains d'entre-eux d'aller se produire devant les organisateurs avérés du plus grand crime contre l'humanité commis contre notre peuple.  Car, il ne faut pas que nous nous trompions de réalité face à notre tragédie, les Juifs ne peuvaient pas aller jouer de la musique devant leurs bourreaux avant une réconciliation de facto, et même là, ceux-ci ont refusé pendant plus de cinquante de jouer du "Wagner" parce que celui-ci était le musisien chéri de "Hitler", mais aussi un anti-sémite lorsqu'on s'imagine les propos tenu par ce dernier contre le libretiste Mayerbeer.  Là-dessus Wikipédia peut aussi en témoigner :

    "Tout au long de sa vie, dans ses conversations, dans ses écrits, Richard Wagner n'a cessé d'émettre des opinions violemment antisémites. Accusant fréquemment les Juifs, et en particulier les musiciens juifs, d'être des étrangers nuisibles à l'Allemagne, il préconisait leur assimilation à la culture germanique. L'assimilation était aussi sujet de débat entre les intellectuels juifs. Le premier essai de Wagner, Le Judaïsme dans la musique, est publié en 1850 dans la revue Neue Zeitschrift für Musik sous le pseudonyme de « K. Freigedenk » (« libre pensée »). Wagner s'était donné pour but d'expliquer la prétendue « aversion populaire » envers la musique des compositeurs juifs tels que Felix Mendelssohn Bartholdy ou Giacomo Meyerbeer. Il écrivit notamment que le peuple allemand était « repoussé » par les Juifs en raison « de leur aspect et de leur comportement d'étrangers » ; les Juifs « sont des anomalies de la nature » jasant « de leurs voix grinçantes, couinantes et bourdonnantes ». Wagner alléguait que les musiciens juifs, n'étant pas en relation avec l'esprit authentique du peuple allemand, ne pouvaient qu'écrire une musique artificielle, sans aucune profondeur, et rabâcher la vraie musique à la manière des perroquets.

    L'article attira peu l'attention. Cependant, après que Wagner l'eut publié de nouveau en 1869 sous la forme d'un pamphlet signé de son véritable nom, de vives protestations s'élevèrent dans le public d'une représentation des Maîtres Chanteurs. Wagner a également attaqué les Israélites dans d'autres essais. Dans Qu'est-ce qui est allemand ? (1879), il écrivit par exemple : « Les Juifs [tiennent] le travail intellectuel allemand entre leurs mains. Nous pouvons ainsi constater un odieux travestissement de l'esprit allemand, présenté aujourd'hui à ce peuple comme étant sa prétendue ressemblance. Il est à craindre qu'avant longtemps la nation prenne ce simulacre pour le reflet de son image. Alors, quelques-unes des plus belles dispositions de la race humaine s'éteindraient, peut-être à tout jamais. » En dépit de ses écrits antisémites, Wagner eut plusieurs amis juifs. Le plus représentatif d'entre eux est sans doute le chef d'orchestre Hermann Levi, un Juif pratiquant que Wagner désigna pour diriger la première représentation de Parsifal. Le compositeur souhaita d'abord que Levi se fît baptiser (sans doute en raison du contenu religieux de cet opéra), mais renonça finalement à cette exigence. Levi maintint des relations très amicales avec Wagner et fut sollicité, à ses funérailles, pour porter son cercueil." Source : Wikipédia

    Il est tout à fait censé pour tout Congolais digne de ce nom de ne pas se faire des illusions sur l'argent du crime même si celui-ci vient résoudre les difficultés auxquelles on fait face.  Le sentiment développé par Kallé et plus tard par ses successeurs sur l'amour de la Patrie est justement cette faculté d'être cohérent avec soi-même et ne pas trahir les siens avec de l'argent de sa propre maison qu'un bandit a enlevé au trésor familial.  Ici, je ne veux pas me tromper de pédagogie, car il s'agit bien de ces musiciens là qui vont se produire dans les pays qui ont massacré plus de 6.000.000 de Congolais.  Mon intention n'est pas de prêcher la haine contre le peuple sous la gouverne des dirigeants de ces pays là, loin de là, mais ma ferme volonté dans ce discours exprime mon dégoût de voir un musicien congolais conscient de toute la tragédie que vit son peuple passer outre ces souffrances là pour aller donner de l'éclat aux régimes des assassins.  Celui qui voudrait connaître les noms de ces criminels auxquels je fais allusion et qui sont au pouvoir, ce sont : Paul Kagamé et Yoweri Museveni.  Personne ne me contredira sur ce chapitre, je ne vois pas un Juif aller donner un concert chez les Néo-Nazis.  Si Israël, les Juifs et les Israélites, font un embargo à un artiste comme Richard Wagner, cette attitude là est très significative, car c'est à cause du respect de leur mémoire et de leur actualité dans l'immersion du monde contemporain qu'ils ont agi ainsi.  On oblige la RDC à passer outre tous les crimes dont ils viennent de vivre, on lui refuse la justice jusqu'au niveau des Nations-Unies, par son Conseil de Sécurité, pourquoi un artiste ou un homme de culture de la RDC devrait s'empresser d'aller faire des courbettes à Paul Kagamé et à Yoweri Museveni lorsque tout le monde sait, même à la Maison Blanche, que ces hommes là sont les plus cruelles créatures de la fin du XXième siècle et du début du XXIième siècle.  Ceux qui ont choisi de servir la mort ne peuvent pas se servir des survivants congolais pour redorer leur gloire morbide.

b/    Héritier de Grand Kallé

    Dans les années '60, la mort de Patrice Lumumba avait laissé Joseph Kabaselle très amer, celui-ci a commencé à rappeler au pouvoir institutionnel ses droits et devoirs, puisque le Congo était définitivement plongé dans une grande noirceur.  Et ce faisant, il fallait que la République se reprenne et se resitue avec une personnalité d'État avérée et respectée dans le concert des Nations. Ce genre de discours causa beaucoup de tort à Grand Kallé, il était devenu évident que l'African Jazz ne survivrait pas longtemps, car les reproches de Joseph Kabaselle faisaient mal à tous ceux qui se sentaient impliqués dans la disparition de feu le Premier Ministre de la Première Législature.  L'un des plus grands adversaires de Joseph Kabaselle était le Général Mobutu, entre les deux personnalités il y avait une sorte de rivalité due au fait que Kallé avait trop de succès les femmes tournaient autour de lui, les politiciens le flattaient pour se faire connaître et c'est toujours et encore lui qui avait occupé l'épaisseur de l'intimité amicale de Patrice Lumumba.  Il en découlera une inimitié puisque Lumumba mort, Kallé va continuer à le rappeler à la conscience populaire, publique et politique.  Le Grand Kallé est d'ailleurs ce premier Congolais qui a canonisé Lumumba en qualité de héros national, alors que tout l'Establishment du Congo avait peur, c'était à Kintambo, au "Bar La Délice", entre le mois d'avril et mai, 1965.  Pour ceux qui connaissent Kintambo, le Bar La Délice est encastré entre l'Est et l'Ouest par l'École Saint Georges des Frères des Écoles Chrétiennes et l'École primaire officielle EPO 1 et au Sud et au Nord par les avenues Bandundu et Bangala.  Cette reconnaissance est suivi du chant "Lumumba Héros National" exécuté par kallé Bombenga et papa Noël à la guitare solo.

    Ces circonstances, étaient le lot quotidien de l'Africaan Jazz dès les lendemains du 17 janvier 1961.  Dans les limbes de cette engourdissement de la politique du Congo, l'ambiance qui régnait dans l'African Jazz d'avant le 30 juin 1960 avait disparu.  Kallé était un musicien doublé de politicien, cette double personnalité bloquait énormément le désir de Rochereau et Nico de faire de la musique pour la musique par vocation.  En plus, ces deux musiciens étaient de dix années moins âgés que le Maestro Kabaselle.  Dès lors, il devenait de plus en plus difficile de faire de la Musique avec le Grand Kallé comme il convient, il connaissait trop de choses sur les Dirigeants et comparait son statut d'entan par rapport à plusieurs parvenus au milieu de cette classe émergeante nouvelle.  Par fierté, par principe et par noblesse, Kallé dont l'oncle n'est autre que l'Archevêque de Kinshasa, Monseigneur Joseph Malula, ne pouvait pas aller chanter ou supplier ses fanatiques d'hier.  Désormais pour lui, c'est la descente aux enfers qui s'amorcent, une partie de l'Establishment, celle dont le nom de Lumumba dérange décide de désintégrer l'African Jazz.

    On peut tout dire, comme accuser Rochereau et Nico d'avoir comploté pour détruire le Grand Kallé, mais on ne sera pas vraiment dans la mouvance de la vérité réelle si on ne transcende pas la problématique de cette séparation.  La désagrégation de l'African Jazz avait été décidée de très loin, la conséquence est passée par Rochereau et Nico pris comme bouc émissaire dans cette histoire.  Là-dessus, lors de la Semaine d'Orphée organisé par Manualu Waku et Djamba Yohé, mais financé par Pépé Felly, au Vévé Center pour honorer la mémoire de Grand Kallé, en 1983, Roger Izeidy et le Docteur Nico vinrent témoigner de ce passé-là devant public.  Étaient présents des journalistes de la Voix du Zaïre, d'Élima et de Salongo parmi lesquels les chroniqueurs des émissions musicales tels que Lukezo Luansi.  Dans la lignée de l'African Jazz et l'OK Jazz, il y avait Maman Kallé-Kato avec les deux Jumeaux de l'artiste disparu qui sont garçon et fille, Lucie Eyenga, Kiamuangana Mateta Verckys et un bon registre de musiciens assez connu.  Tout se terminera au Palladium.  Rochereau et Franco n'étaient pas là, le premier se produisait à Londres et le second à Bruxelles, mais de coeur avec ceux qui sont restés à Kinshasa, ces grands artistes ont composé cette chanson pour saluer la mémoire du disparu.  Si vous cliquez sur ce lien, vous entendrez cette chanson-là : "http://www.youtube. com/watch? v=LYlb6mSXJKc&feature=related"

    Le départ de Rochereau et du Docteur Nico de l'orchestre de Grand Kallé est suffisamment expliqué par les interférences de la politique publique sur la communauté musicale de l'African Jazz.  Certes, il y a avait des problèmes internes, mais la vérité est ailleurs.  Joseph Kabaselle était bien trop noble pour s'incliner devant la plupart des autorités qui n'avait pas deux années auparavant sa notoriété ni celle de ses parents.  Comme jeune de Léopoldville qui a grandi au quartier Immo-Congo, son jugement sur une bonne partie des hommes d'État congolais était fait.  Du reste, il connaissait le milieu de provenance de presque chacun d'eux.  À part cette explication, c'est le sentiment national et le patriotisme de Grand Kallé l'ont en définitive empêché de se laisser corrompre, il ne pouvait pas trahir ce qu'il a enseigné et recommandé à l'opinion publique nationale.  Ce faisant, Kallé a noyé son coeur dans l'amour d'une femme qu'il a beaucoup aimé après sa séparation d'avec maman Kallé-Kato plusieurs années auparavant.  Joseph Kabaselle était amoureux de Cédel.  Quand l'African jazz se désintègre, Joseph Kabaselle se marie le même soir au Jardin du Zoo de Léopoldville avec "Cédel", c'est l'Orchestre "Les Bantous de la Capitale de Brazzaville" qui agérmente la soirée.
 
    La cause magistrale de la désintégration de l'African Jazz est dans le dossier politique bien que certaines raisons secondaires existent également.  Il faut comprendre ces péripéties des limbes des années 1960 et 1963 pour mieux appréhender l'ascension de Rochereau dans l'espace musique de la RDC.  En fait, Kallé n'a pas amudit Rochereau ni ensorcellé Nico, il les a donnés des conseils pour avancer sans peur et ceux-ci, malgré les "mbokela de l'époque" les lui ont bien rendus.  Dans le milieu des insiders, Rochereau rencontrait kallé et Nico de même, mais pour nourrir leurs vie de vedette, ils ont laissé la presse dire n'importe quoi, c'était les belles annés des journaux "L'Étoile du Congo", "Le Progrès", "Afrique chrétienne", "la Voix de Mangembo" de Kintambo.  Radio Mangembo à Paris peut vous informer plus sur cette époque.  De toutes les façons pour s'apercevoir de la proxémie intime de Rochereau et Franco, on n'a qu'à analyser les paroles du lien YouTube que je viens de mettre en ligne dans cette chronique musicale.  C'est ainsi qu'après "Amicale Lipopo", le public entend par la radio la série de tubes avec un son de guitare tel que l'on avait jamais écouté la Musique Congolais Moderne auparavant.
  • Toyoki mpe nsango na Léo (avec solo pain coup, pain coupé café na lipa) ;
  • African Fiesta kombo ya sika ;
  • Seli Kutu ;
  • Biso bana mike tosangani lelo, etc ...
    En fait, la fin de l'African Jazz de la première génération est aussi l'augure d'une rupture des mentalités.  Le Congo passe de l'époque de l'aisance garantie par l'emploi à celle de la débrouillardise, mais le coffre fort de l'élite national qui devra prendre la relève est aux études à Lovanium, à Kasapa, à Kisangani, en Belgique, en France et aus États-Unis.  Ceux des Congolais qui terminaient leurs études en URSS, en Chine et dans les pays communistes n'étaient pas des bienvenus chez eux.  Il n'empêche, le sentiment national était toujours là, mais l'accession de Mobutu au pouvoir va changer la donne.  malgré cela, le disque dur du civisme congolais n'a pas été altéré.  Rochereau était Lumumbiste sans atermoiement, cette étiquette luivaudra des antipathies, car elles ressortent clairement dans les chansons Kashama nkoy et Lumumba héros national.  À partir des ces disques-là, Tabu Ley prend le chemin du calvaire de Grand Kallé.  C'est à peu près ceci qu'il faut comprendre du Rochereau des années 1960-1963.  Tabu Ley est un artiste qui brille, mais entre dans le monde du grand succès avec une blessure de procuration, la douleur de Grand Kallé immolé par l'Establishment à cause de ses convictions politiques et de son patriotisme qui n'a plus de place pour la récréation mélodique dans le milieu des mélomanes.  Rochereau Pascal est un grand musicien qu'il nous ait été donné, c'est un génie.  Cet artiste est véritablement l'héritier de Grand Kallé.
 
(À suivre)
 
Gaston-Marie F.
Djamba Yohé,
Le Congolais de l'Atlantique Nord.
Ottawa, le 13 septembre 2009
Canada.
 
Gaston-Marie F.
Djamba Yohé,
Le Congolais de l'Atlantique Nord.
Ottawa, le 15 septembre 2009
Canada.


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