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Publié par Messager

 

REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO

16 FEVRIER 1992 –16 FEVRIER 2008

ON SE SOUVIENT…

 

On se souvient et on se souviendra toujours de ce jour-là, 16 février 1992. Ce jour-là en effet , sous la houlette du Comité Laïc de Coordination, des chrétiens et autres hommes , femmes et jeunes de bonne volonté manifestent pacifiquement sur les rues de l’ex-Zaïre, contre la suspension sans raison valable, par le gouvernement en place, , des travaux de la Conférence Nationale Souveraine (CNS). Des dizaines d’entre eux sont froidement abattus par la soldatesque de Mr Mobutu. Ces massacres odieux soulèvent indignation et protestation au Zaïre et dans le monde.

Pour nourrir notre regard rétrospectif, et surtout pour rendre hommage à ceux qu’il convient d’appeler désormais « les Martyrs du 16 février », voici les lignes saillantes d’un article du révérend Père Vata Diambanza, sj,  intitulé « 16 FEVRIER : DIMANCHE DE L’HORREUR », in revue « RENAITRE  N°2-3 du 15 mars 1993, Année II,pp 18-19. La rédaction a repris en réalité, l’éditorial paru au N°4 du 15 mars 1992, « en mémoire de ceux qui, par leur mort, ont prouvé à la face du monde que la liberté n’a pas de prix ».

On se souvient que ce jour-là fut qualifié de dimanche de défi, car, bravant l’interdiction, des dizaine de milliers de Zaïrois , chrétiens de toutes confessions, sont descendus dans les rues de principales villes et grands centres du pays, en vue d’exiger la reprise, sans condition, des travaux de la Conférence Nationale Souveraine. « Une façon d’exorciser la peur qui, pendant plusieurs années, a fait dire à plus d’un observateur étranger que le peuple zaïrois était un peuple passif (jugement superficiel sur une population dont on a souvent sous-estimé la générosité et la force de l’âme) ».

De nombreux analystes, historiens, politologues, sociologues, philosophes qui ont suivi l’histoire politique de ce peuple ont été tous unanimes : cette journée avait définitivement tournée une page de l’évolution politique zaïroise : « celle de la soumission et de la paix à n’importe quel prix ». On a vu un laïcat adulte, dressé comme un seul homme, fier et digne, préférant la désobéissance civile aux courbettes devant une des dictatures les plus sanglantes de la deuxième moitié du XXè siècle, « pour réclamer la restitution de l’espérance qu’on venait de lui confisquer sans raison valable ».

On se souvient aussi que ce fut un dimanche de l’horreur.

En ce qui concerne la ville de Kinshasa, celles qu’on appelait officiellement les forces de l’ordre ont stoppé net la progression de colonnes de manifestants, issues de tous les coins de la capitale. Bandalungua, Echangeur de Limete, Ngaba-université, Avenue de la victoire à St Joseph de Matonge furent les principaux lieux de frictions. A l’issue d’une ouverture de feu sur la foule, le bilan provisoire de la soirée de ce dimanche s ‘élevait à 13 morts pour certains témoins, tandis que le lendemain, dans la journée, les médias officiels faisaient état de 17 morts. La ligue Zaïroise des Droits de l’Homme avançait le chiffre de 32 personnes tuées, alors que l’Organisation « Médecins sans frontières » avançait une liste de 49 morts, établie par l’Hopital Mama Yemo. D’autres listes reprenaient des dizaines de blessés, pendant que 32 ecclésiastiques étaient aux arrêts dont deux  de nationalité belge, expulsés sans procès dans les heures qui suivirent le carnage.

La rédaction de RENAITRE  a qualifié ces crimes de gratuits, car n’étant ni nécessaires, ni opportuns, au regard du fait que c’était une manifestation pacifique dont les acteurs ne tenaient en mains que mouchoirs blancs, chapelets, rameaux, bref, des manifestants qui n’avaient comme arme que leur foi en Dieu libérateur et leur volonté , par une marche pacifique de protestation, pour amener le gouvernement , d’une part à la réouverture sans condition des travaux de la CNS, et, d’autre part, à s’impliquer au processus de démocratisation amorcée le 24 avril 1990. Comme si cela ne suffisait pas, poursuit le Rvd Père Vata Diambanza (auteur de l’article) en déplorant et soulignant  que « lancer une grenade lacrymogène dans une église bondée de gens, dans l’unique but de récupérer des dépouilles mortelles qui y sont exposées, relève d’une intention fondamentalement criminelle ». Il stigmatise également le caractère disproportionné de la réplique opposée à l’action de la marche pacifique. Fallait-il, au nom de la loi, supprimer  la vie à des personnes « auxquelles on a nié le droit à un procès équitable ? »

De nombreuses réactions ont fusé de partout, chez des intellectuels, chez des citoyens ordinaires. La plus intéressante au niveau nationale fut celle de Mgr Laurent Monsengwo Pasinya ( alors Président du bureau provisoire de la CNS) qui a stigmatisé « la violence gratuite exercée sur des paisibles citoyens » en ajoutant que « les nombreux morts et blessés de ce dimanche constituaient des preuves irréfutables du prix qu’attache le peuple Zaïrois à la reprise des travaux de la conférence Nationale Souveraine ». D’autres réactions reçues au Bureau  Provisoire de la CNS, sont venues de tous les coins du monde, présentant appuis et soutiens au peuple zaïrois dans sa lutte pour son auto-détermination…

 

Le devoir de mémoire.

Aujourd’hui, 16 ans après, il sied pour chaque congolais de se demander intérieurement « qu’ai-je fait de la flamme allumée le 16 février 1992 ? » Car l’histoire nous condamnera si on laisse passer cette journée sans le moindre signe de rappel, sans le moindre signe d’interpellation de nous-mêmes...

Qu’il nous souvienne en effet que dans son allocution, à la première séance de la réouverture des travaux de la CNS un ou deux mois après sa fermeture, Monseigneur Laurent Monsengwo disait : « plus jamais de 16 février au Zaïre ! »

Malheureusement, les événements survenus à l’Ex-Zaïre ces deux dernières décennies ont démenti, dans leur forme et leur contenu, tous les propos de notre prélat. En avoisinant les six millions de morts par le fait des armes ou effets de crime de guerres, le peuple congolais semble traverser un désert lugubre…en comptant de nombreux « 16 février », au propre comme au figuré.

La conclusion de l’article du Père Vata Diambanza, publié en 1993 nous apparaît d ‘une rare actualité : « Aujourd’hui, dit-il, il appartient aux vivants, aux témoins de ces massacres, à tous les congolais, d’honorer la mémoire de ceux qui sont tombés pour le triomphe de la démocratie au Zaïre. Ils sont morts en combattants pacifiques dont le sang versé est appelé à féconder les cœurs de tous les fils et de toutes les filles de ce pays ; ils nous laissent un héritage : la vertu de la non-violence qui triomphe de la force brutale. La seule façon de nous montrer digne d’eux, c’est de reprendre le flambeau de la liberté en poursuivant la lutte non-violente-qui inclut le dialogue , les moyens pacifiques de pression, la prière et le pardon- pour l’instauration d’un Etat de droit et d’une société vraiment démocratique au Zaïre...

La plus grande insulte que nous  ferons aux victimes de la « marche de l’espoir », serait d’en faire- par le biais d’un oubli coupable- des morts inutiles, des défunts anonymes. Pour éviter ce péché d’ingratitude, il nous faudrait travailler d’arrache-pied à la construction d’un monde plus fraternel et plus juste dans notre pays ; mais surtout, nous souvenir… »

 

Mwana Mayumbu

 

 

A PROPOS DE LA JOURNEE DU 16 FEVRIER 1993

 

Mû par le devoir de mémoire, un collectif dénommé « COLLECTIF DU 16 FEVRIER » avait vu le jour aux lendemains de la douloureuse journée du 16 février 1993.

Voici, à titre de souvenir et surtout de ce devoir de mémoire, un message que des intellectuels, membres de ce groupe avait rédigé et publié le 25 janvier 1999, soit précisément un an et huit mois après la prise de pouvoir à Kinshasa par la fameuse Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo-Zaïre (AFDL) de Laurent Désiré Kabila.

 

NON A LA VIOLENCE, OUI A LA PAIX

NOS MARTYRS NOUS INTERPELLENT

« Le 16 février 1992 restera une date historique et inoubliable dans la mémoire du peuple Congolais. Ce jour-là, les Congolais ont marché pacifiquement pour révendiquer la réouverture de la Conférence Nationale Souveraine, cadrte concerté choisi par le peuple Congolais pour doter notre pays d’institutions démocratiques en vue de l’instauration d’un Etat de Droit prospère pour tous.

Cette marche pacifique de protestation appelée « marche de l’espoir », s’est terminée dans un bain de sang. Nombreux parmi nos frères et sœurs ont succ*ombé sous les balles de l’oppresseurs. Leur sang versé constitue pour le peuple congolais non seulement un héritage, mais aussi une continuelle interpellation.

C’est pour cela qu’en ce 16 février 1999, le peuple congolais voudrait rappeler sa détermination à continuer sa LUTTE NON VIOLENTE pour que désormais le pouvoir ne soit plus jamais accordé que par lui et non par les armes ».

Ce message continue avec des appels lancés aussi bien aux « dirigeants », aux« rebelles », aux « agresseurs » et aux « alliés » d’alors qu’au peuple congolais en le personnalisant en termes de « toi qui as su faire preuve de perspicacité…le Collectif du 16 février t’invite à reprendre le flambeau de la liberté afin que triomphe la Paix sur les Armes ! » Tout en soulignant le rappel au « respect de la souveraineté et de l’intégrité de notre territoire », le collectif continue à s’adresser au peuple Congolais par ces mots empruntés aux Actes de Apôtres :« Sois sans crainte, continue de parler, ne te tais pas. Je suis avec toi et personne ne mettra la main sur toi pour te maltraiter, car dans cette ville, un peuple nombreux m’est destiné » (Actes18, 9-10)

 

Mwana Mayumbu

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