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Publié par Messager



La mort de Lumumba (II) : véritable toile d’araignée

La virulence des propos prononcés d’une voix aussi calme, mais affirmée, devant le Roi Baudouin, suscita une onde de choc du côté belge. Ce discours fatal provoqua l’indignation et la colère contenue. Tout sera alors mis en œuvre pour disqualifier le Premier ministre Lumumba

Véritable toile d’araignée

Par des provocations délibérées des officiers Belges, des troubles éclatent au sein de la Force Publique. Le 7 juillet, contrairement au traité d’amitié qui venait d’être signé la veille, les troupes belges saisissent le prétexte pour intervenir au Congo, sans l’aval des autorités congolaises. C’est la rupture des relations diplomatiques avec la Belgique. Joseph Ileo, en complicité avec l’ambassadeur belge à Léopoldville, Van den Bosch, déclarera que « lui et ses amis sénateurs s’emploient à neutraliser Lumumba ».

Monsieur André Wendelen, délégué permanent adjoint belge auprès des communautés européennes, est dépêché à Léopoldville, le 15 juillet, pour convaincre Bomboko de prendre la tête d’un gouvernement sans Lumumba. Le ministre des Affaires étrangères belge, Wigny multiplie des notes et mémorandums définissant le point de vue belge à l’intention de « ami Bomboko » et aux « modérés Congolais », les invitant à repartir à zéro en liquidant politiquement Lumumba.

Le Ministre des Affaires africaines, M. De Schrijver ordonne dès le 16 juillet la constitution à Brazzaville de groupes temporaires des fonctionnaires belges dans des opérations de déstabilisation du gouvernement Lumumba. On y trouve l’ancien directeur de Sûreté de Léopoldville, André Lahaye, envoyé par M.L. Caymax, son patron, aux côtés du Consul belge, Marcel Dupret, qui deviendra plus tard ambassadeur au Maroc pour les services rendus. Il périra lors de l’attentat de 1971, contre le roi Hassan II. Il sera chargé de coordonner avec le SDECE français représenté par M. Delarue, le directeur politique du cabinet de Fulbert Youlou et M. Larry Devlin de la CIA, l’opposition au gouvernement Lumumba.

Coïncidence ? André Lahaye deviendra plus tard le conseiller de Damien Kandolo, commissaire à l’Intérieur proche de Victor Nendaka. Sans pour autant ignorer les va-et-vient permanents du colonel Marlière, le conseiller belge de Mobutu à Brazzaville, agent de liaison entre les deux capitales. Il sera aide dans sa besogne par quelques Congolais, tels que M. Louis Akunda qui lui remettra le double des clés de la boîte postale de Lumumba, et par un Belge du cabinet de M. Christophe Gbenye, Ministre de l’Intérieur de Lumumba, un certain Dubois et un autre Belge, Schumaker. Le Vicomte E. Davignon fréquente aussi l’officine de Brazzaville pour le compte du gouvernement tshombiste. Ils installeront une radio clandestine, la « Radio Makala », animée par le Belge Jo Gerard et le Congolais, secrétaire d’Etat à l’Intérieur, Raphaël Batshikama. Un second émetteur « RadioUhuru » est entre les mains de Victor Nendaka, opposant irréductible à Lumumba.

A Léopoldville, le réseau sera animé par MM. Jean Bruck, Gaston Dieu, le directeur de Sabena, ancien sbire belge hostile aux lumumbistes et M. Marlière devenu au mois de juillet conseiller le plus écouté de Mobutu. M. Démets travaille depuis Kitona aux écoutes radio pour le compte du ministère belge de la Défense et MM. Gillian et Putteman s’occupent d’Inga. Les six autres agents belges à Léopoldville seront placés sous la protection de l’ambassadeur de France, M. Charpentier. L’arme financière fut aussi utilisée par les Belges pour noyauter Lumumba.

La situation critique de la trésorerie congolaise au 30 juin et la dépendance de la Banque du Congo à celle de la Belgique, sans qu’il y ait la séparation des patrimoines. Il fallait trouver d’autres palliatifs pour pomper dans les vannes et distribuer à large échelle de la monnaie sonnante. Les Belges utiliseront les négociateurs congolais Kongo siégeant à Genève, notamment Albert Ndele, Jan Nsele, Albert Delvaux, Paul Mushiete et Joseph Nkayi, ministre abakiste des Finances de Lumumba pour le déstabiliser et l’isoler de l’affaire, surtout celle concernant la création du Conseil monétaire sans l’aval du conseil des Ministres. Le gouvernement Eyskens opta carrément pour une opération de déstabilisation de Lumumba.

Mission à la kamikaze

Le 18 août 1960, déjà, G. Eyskens donne, en des termes durs les ordres à M. J. Van Bilsen, l’auteur du « Plan de 30 ans », en route pour rejoindre son poste de conseiller auprés de Kasa Vubu : « Lumumba doit partir. Cela ne peut continuer ainsi. Il faut dire à Kasa Vubu de révoquer Lumumba et qu’il en a les moyens ». Le message sera transmis à qui de droit. Le Président Kasa Vubu qui, en ce moment, avait désormais le soutien de la Belgique, complotait à Léopoldville, à Brazzaville, à Elisabethville, à Paris, à Washington et à Bruxelles pour que Lumumba soit éliminé le plus rapidement possible. En effet, témoigne M. Cléophas Kamitatu, alors président de la province de Léopoldville: « Jusque-la, le Président Kasa Vubu et le Premier Ministre Lumumba travaillaient en parfaite harmonie dans l’élan du front commun ». Il ajoute en substance : qu’ « ils avaient même effectué une tournée ensemble à l’intérieur du pays du 10 au 18 juillet et précise en outre : « Je pense que les Belges étaient contre cette harmonie, ce sentiment commun, la révolte contre les abus politiques de l’agression militaire belge, cette volonté de sauver le Congo du morcellement auquel certains intérêts étrangers s’emploient à le vouer... » Et Cléophas Kamitatu de conclure : « C’est pourquoi, ils avaient créé cette division. Mon ami, Diomi, qui était du MNC, subissait des pressions pour qu’il quitte Lumumba afin de rejoindre l’Abako. De l’autre côté, l’Ambassadeur américain, Timberlake faisait pression sur Kasa Vubu pour qu’il se détache de Lumumba. Moi, j’ai téléphoné à Lumumba pour lui faire part de tout cela. A son tour, il a contacté le président Kasa Vubu. J’ai cru qu’ils avaient pris des précautions contre ces manoeuvres. J’étais surpris d’entendre à la radio vers 20h15 le 5 septembre 1960, la révocation brutale de Lumumba par Kasa Vubu et le même jour aussi celle de Kasa Vubu par Lumumba. Dommage que ni l’un, ni l’autre n’avaient rien compris des Blancs ! ».

Le front anglo-saxon

Quant aux Anglo-saxons, l’enjeu congolais se situerait dès le déclenchement de la Deuxième Guerre Mondiale contre l’Allemagne nazie, précisément lorsque la Belgique a été agressée. C’est à ce moment-là que l’Angleterre annonce les couleurs : le Congo belge doit s’inscrire dans l’effort de guerre. La reconnaissance d’un gouvernement belge en exil, l’uranium et le thorium, produits congolais indispensables pour parachever le projet « Manhattan » de la fabrication de la bombe A, étaient négociés par les Américains et les Britanniques par les accords célèbres qui sanctionnaient, en septembre 1944, la mainmise américaine sur ces produits congolais et leur donnaient un droit de préemption pendant dix ans sur toutes ces matières premières stratégiques, accords d’ailleurs renouvelés en 1950.

En tout cas, et dans l’ensemble, jusqu’au 14 juillet, Lumumba bénéficiât d’un préjugé favorable du côté américain. M. Robert Owens, diplomate américain qui l’accompagnera à Washington l’avait tenu en haute estime. Lors de la formation du gouvernement, contrairement aux Belges, les USA étaient favorables pour une solution incluant Lumumba comme Premier Ministre, estimant même qu’il n’y avait pas d’autre carte à jouer que celle-là, malgré les oppositions belges. « Les Anglais et les Américains ne cachaient pas l’intérêt qu’ils attachaient à la désignation de Lumumba en qui ils voyaient l’homme d’autorité nécessaire pour gouverner le Congo ».

Robert Murphy, désigné par le Président Eisenhower pour représenter les USA lors des festivités du 30 juin parut lui aussi séduit par Lumumba et s’arrangea pour rencontrer « cet homme dont tout le monde disait qu’il aurait une grande influence sur l’enfance de la nouvelle République. Il me fit une bonne impression, il me parut vif cordial et intelligent ».

C’est la même impression que garde l’Ambassadeur Timberlake tout au début, mais il est tout de même inquiet des activités débordantes du consul de Tchécoslovaquie, M. Virus, trop bavard et, de l’importance de la délégation soviétique aux fêtes conduite par le Vice-président du Presidium du Soviet Suprême. Pour la crise, Timberlake va jouer un rôle de premier plan dans les différents processus de prise de décisions en faveur du gouvernement Lumumba pour aboutir rapidement à la restauration de l’ordre par l’opération de pacification sous couvert de l’ONU ou de la 24ème division stationnée en Allemagne. Les Belges se montreront inquiets de cette attitude « sympathique » de Timbenlake vis-à-vis de Lumumba.

Une union de façade

En tournée à l’intérieur du pays, Kasa Vubu et Lumumba sont sans nouvelles de leur demande adressée à l’ONU. Ils apprennent la poursuite de la conquête du reste du Congo par le général belge De Cumont et de l’attaque des villes de Matadi, Mbandaka, Goma, Bandundu, Libenge, Boende, Gemena, Kikwit ainsi que de l’occupation de la capitale par les parachutistes belges. Le Président de la République et le Premier Ministre s’étonnent de l’attitude étrange du conseil des Ministres dirigé par Antoine Gizenga qui en arrive à demander l’intervention américaine.

Se sentant trahis par les uns et les autres, Joseph Kasa Vubu et Patrice Lumumba, qui semblent en ces moments unis comme les doigts de la main, adressent deux télégrammes, le 14 juillet, l’un à Bruxelles annonçant la rupture des relations diplomatiques avec la Belgique et l’autre à Moscou, envoyé à Nikita Khrouchtchev dans lequel ils lui demandent de suivre de prés ce qui se passe au Congo. Ici, il importe de s’interroger sur cette union de façade. Lumumba n’a-t-il pas joué le jeu de Kasa-Vubu ?

C’est clair comme le jour...

Pour les Belges, les deux télégrammes viennent de conforter la thèse du « complot communiste international ». Ils insistent que Kasa Vubu se détache de Lumumba et révoque ce dernier ainsi que son ami Kashamura, à cause de la pénétration soviétique au Congo et du risque d’une Troisième Guerre Mondiale par le Congo interposé.

Les USA restent réservés et prudents face aux positions belges. Pour eux, rien ne permettait d’étayer les rumeurs concernant une influence communiste sur Lumumba, à l’exception des « discours de style communiste prononcés par Kashamura et Gizenga ».

La mort de Lumumba (III) : Le plan américano-belgo-onusien

Pour les Belges, les deux télégrammes interceptés viennent de conforter la thèse du « complot communiste international ». Ils insistent que Kasa Vubu se détache de Lumumba et révoque ce dernier ainsi que son ami Kashamura, à cause de la pénétration soviétique et du risque d’une Troisième Guerre Mondiale par le Congo interposé

Les intentions belges prêtées à Lumumba finissent par l’emporter, puisque serinées à travers un lavage de cerveau permanent. Elles gagnent Timberlake qui verra « l’irrationalité » dans la conduite de Lumumba et de ses alliés. Cette conduite pourrait, au pis-aller, amener celui-ci à inviter les Soviétiques à entrer au Congo.

L’Ambassadeur américain à Bruxelles, M. William Burden, un anti-lumumbiste qui, le 19 juillet 1960 va se faire l’avocat du plan d’éviction de Lumumba avec soi-disant pour mobile essentiel, qu’il était trop proche des Soviétiques. C’est alors qu’intervint le revirement américain.

Washington prend acte de ce syndrome communiste et le colle à l’entourage de Patrice suspecte, ipso facto, d’allégeance à l’Union Soviétique. C’est ainsi que, Antoine Gizenga, Maurice Mpolo, Pierre Mulele et Anicet Kashamura seront pointés du doigt.

La CIA entre dans la danse avec des missions précises. Son directeur, Allan Dulles ne se retiendra pas de dire qu’ « avec Lumumba, on est en présence d’un Fidel Castro ou pire », surtout que le 17 juillet, une lettre de Kasa Vubu et Lumumba adressée à Ralph Bunche lui lançait un ultimatum jusqu’au 19 à minuit pour le retrait des troupes belges au Congo, sinon ils seraient obligés de solliciter l’intervention de l’URSS.

La réaction de l’Eglise catholique ne se fera pas attendre. Le 19 juillet, l’évêque auxiliaire de Léopoldville, Joseph Malula intervient publiquement dans la lutte anti-Lumumba. Le 20 juillet, le conseil des Ministres décide de « faire appel à l’URSS ou à tout autre pays du bloc afro-asiatique » devant l’impuissance de l’ONU et des pays occidentaux à faire respecter la résolution du Conseil de sécurité exigeant le retrait immédiat des troupes belges du Congo.

Une tournée qui tourne au vinaigre

Lumumba effectue des le 23 juillet 1960, une tournée aux USA accompagne d’un homme d’affaires américain, Edgar Detwiller et veut convaincre les Américains qu’il n’est pas communiste comme les Belges ne cessent de le clamer sur les toits. Il veut tirer bénéfice de cette visite.

A New York, Lumumba s’entretient deux fois avec le Secrétaire Général des Nations Unies qui déclarera plus tard à un de ses collègues : « Personne ne peut me convaincre que cet homme est irrationnel ».

Patrice Lumumba est accueilli ensuite avec tous les honneurs à Washington. Il est logé dans la fastueuse résidence de Blair House, réservée aux Chefs d’Etat étrangers. La Belgique, offusquée réagit violemment. Elle s’indigne de cet accueil et se lance dans des écrits injurieux à l’endroit de Lumumba. Elle rit, à la seule pensée de voir Patrice Lumumba, ce « nègre-qui-sent » se vautrer « barbe dessus, barbe dessous » dans les mêmes draps que tous les hommes illustres, dont le roi des Belges, qui ont eu à séjourner à Blair House. En dépit de cela, Lumumba aura les entretiens avec le Secrétaire d’Etat Herter, le Sous-secrétaire d’Etat Dillon, l’Ambassadeur des USA à l’ONU, Cabot Lodge. Il évitera de rencontrer les diplomates russes qui voulaient s’entretenu avec lui. Pour toute aide sollicitée, Lumumba est poliment renvoyé traiter avec le Secrétaire Général de l’ONU avec qui, en fait, le courant ne passe pas du tout. Pour les officiels américains le message à l’adresse de Lumumba était clair : « hors de l’ONU, il n’avait point de salut pour le Congo ».

Du 28 au 30 juillet 1960, l’imprévisible Patrice Lumumba séjourne au Canada et déjoue la vigilance de ses hôtes pour enfin s’entretenir avec l’Ambassadeur de l’URSS à l’ONU, Kuznestov. Photo ci-dessous: Brigadier de l'ONU Inda Jit Rikhye était au courant du complot.

Si la presse américaine lui était favorable au début, par contre, les dirigeants américains lui étaient hostiles, surtout Dillon et Herter. Les manœuvres belges amplifiant leur campagne contre Lumumba deviennent de plus en plus agressives et fusent de toute part. Au cours d’une réunion de l’OTAN à Paris, ils ne se gênent pas de transmettre un faux rapport accablant contre Lumumba sur les mutineries au Congo.

L’URSS vient de décider d’envoyer au Congo, M. Mikael D. Yakovlev, ancien Ministre des Affaires étrangères d’Ukraine. Cette visite est interprétée dams le camp occidental comme un début de coalition effective. C’est ce qui modifie radicalement les sentiments et les jugements à posteriori des Américains, justifiant ainsi une décision qui avait été déjà prise tacitement au sommet et qui sacrifiait Lumumba en faveur d’un allié traditionnel, la Belgique.

L’étau se resserre

Le 1er août déjà, avant le retour de Lumumba au pays, Herter envoie un télégramme à l’Ambassadeur des USA en Belgique définissant la nouvelle attitude, foncièrement anti-Lumumba de son pays : « en attendant les USA continueront à rechercher des éléments plus valables au Congo, qu’ils pourraient être susceptibles de soutenir ». Désormais, les Etats-Unis vont ainsi s’engager vers l’hypothèse d’une élimination pure et simple, politique d’abord, physique, ensuite, de Patrice Lumumba . Ce denier se trouvera au centre de toutes les intrigues et de tous les complots. L’on distribue à n’en point finir de l’argent aux plus activistes pour serrer l’étau et prendre en tenaille Lumumba et ses lieutenants.

Dans son ouvrage, M. Kalb mentionne explicitement le député Albert Kalonji, dont la demande d’argent pour l’élimination de Lumumba n’est plus prise en considération par Timberlake.

A son retour au pays, le 9 août et face à la détérioration de la situation, Lumumba et son entourage vont radicaliser cette position qu’on leur prête, en décrétant un état d’exception avec, en prime, la menace d’envahir le Katanga, dès le 10 août. Ils ont l’aide des Soviétiques et des anciens officiers SS de l’armée allemande qui leur offraient à ce moment leur service.

La restriction de certaines libertés, l’arrestation de Gabriel Makoso du quotidien « Le courtier d’Afrique » et du sbire belge, directeur de la Sabena donnent aux événements des allures de précipitation. C’est la rupture dès le 15 août avec le Secrétaire Général de l’ONU qui crie à un « régime communiste ».

Les traîtres à nu

Quoique neutralisé, abandonné même par ses amis du Panafricanisme et assigné en résidence surveillée, Lumumba, vivant reste pour les Etats-Unis un homme politiquement très dangereux

Le 7 septembre, les traîtres sont démasqués. Ils ne peuvent plus montrer patte blanche. Leurs actes les mettent à nu. En effet, les ministres Justin Bomboko et Albert Delvaux signent tardivement l’acte de révocation seulement le 6 septembre. Jusque là, cet acte était anti-constitutionnel et illégal. Ils sont interpellés et interrogés par Jacques Lumbala, Secrétaire d’Etat à la présidence du Conseil. De son côté, le colonel Joseph Désiré Mobutu, dont le comportement devenait de plus en plus étrange par rapport à ses engagements vis-à-vis du parti et de son chef est irrégulier chez Patrice Lumumba. Celui-ci, l’air soupçonneux lui a retiré finalement sa confiance.

Cléophas Kamitatu de raconter : « ... à mon retour de Mongata, j’ai rendu visite à Lumumba à sa résidence. Il a téléphoné à Mobutu sur mon insistance pour le tester en lui disant que lui le considérait comme son fils, comment pouvait-il l’abandonner ? » « Et ce dernier de répondre qu’il était militaire et qu’il ne pouvait faire que le devoir d’officier.»

Ayant compris la trahison de celui qu’il considérait être son ombre, Lumumba en colère nommera Maurice Mpolo commandant en Chef de l’ANC et lieutenant-général en remplacement du colonel Joseph-Désiré Mobutu, devenu indésirable à ses yeux. Maurice Mpolo est un ancien de la Police coloniale. Sa nomination intervient lorsque le général Lundula séjourne à Jadotville (Likasi).

Le 11 septembre, une réception est organisée chez Kasa Vubu en présence du Premier Ministre Joseph Iléo. Le Président est bel et bien entouré : tous les ambassadeurs occidentaux s’y trouvaient, alors qu’ils avaient poliment décliné une invitation de Patrice Lumumba la veille. Ils ont ainsi clairement pris position en faveur d’un camp précis.

Le 13, be Gouvernement Lumumba obtient les pleins pouvoirs du Parlement pour que l’ordre soit rétabli. Aussitôt, le Président Joseph Kasa Vubu ordonne la fermeture du Parlement pour un mois. Les militaires de Mobutu prennent le contrôle de la Radio dont l’ONU a accepté de se dessaisir. La démocratie était ainsi étranglée via l’ONU et l’Occident.

Coup de Jarnac

Le 14 septembre, deuxième acte : le « Groupe de Binza », craignant de perdre le pouvoir ainsi usurpé, oblige le colonel Mobutu, protégé par les Belges Henniquiau et Louis Marlière, le général marocain Kettani, un agent de la CIA, et avec la complicité de l’ONUC, de la CIA et de l’ambassade des USA, à organiser son premier coup d’Etat. Ce coup ne devait, en réalité ne neutraliser que seul le Premier Ministre Patrice Lumumba , laissant les mains libres au Président de la République Joseph Kasa Vubu.

Quoique neutralisé, abandonné même par ses amis du Panafricanisme et assigné en résidence surveillée, Lumumba, vivant, reste pour les USA un homme politiquement très dangereux. Il faut, à tout prix, l’assassiner, car il constitue, en fait, à leurs yeux, une menace pour les intérêts américains en Afrique Centrale.

Deux agents officiels de la CIA, Richard Bissel et Bronson Tweedy sont chargés d’établir des plans dans ce sens. Ils font préparer par le chimiste du service, Joseph Scheider, un poison qui, une fois introduit dans la bouche par la brosse à dents ou dans un aliment, entraînerait la mort ou une totale incapacité physique de la victime sans laisser de traces décelables.

Le 19 septembre, au troisième acte de l’épisode ; outre l’installation du Collège des Commissaires Généraux par le colonel Mobutu, la CIA envoie un certain Joe de Paris, en réalité le Dr Gottlieb, alias Joseph Scheider, qui débarque à Léopoldville avec un poison qu’il tient à la disposition d’un agent permanent nommé Victor Hedgman.

Incapable de trouver un complice dans l’entourage de celuici. Gottlieb Scheider quittera le Congo seulement le 5 octobre, l’expiration du produit et ne sera détruit qu’après l’arrestation de Lumumba, au début du mois de décembre 1960.

Quatrième acte du scénario : la CIA recrute avec l’aide des services français, un tueur à gages identifié sous le mystérieux nom de code de QJ/WIN. Il s’agit en réalité d’un ancien inspecteur de la DST (service Secret français) liée à la maffia corse, un certain Roger Blémant chargé d’abattre Lumumba à bout portant, comme un lapin, chez lui à Léopoldville ou à Stanleyville, s’il parvenait à s’enfuir ou partout ailleurs. Il louera un appartement aux environs de la résidence de Lumumba avec une vue directe sur sa cible.

A l’annonce de la fuite de Lumumba, Roger Blémant qui se trouvait déjà à Stanleyville sous divers titres avec pour mission de l’abattre dès son arrivée. Il déchantera parce que Lumumba fut arrêté avant son arrivée à Stanleyville.

Dès le mois d’octobre, Lumumba est réellement « mis hors d’état de nuire ». « Assiégé » dans sa résidence, il ne pourra plus en sortir qu’en s’évadant. Un double cordon de l’ANC et de l’ONUC, recommandé d’ailleurs par le Commissaire adjoint à la Justice, Etienne Tshisekedi monte la garde en permanence devant le domicile de Lumumba. Ses alliés politiques, Congolais et Africains sont en débandade. Mais depuis le 14 octobre, son lieutenant, Antoine Gizenga contrôle déjà la Province Orientale et celle du Kivu, où vont le rejoindre tous les autres nationalistes intensément recherchés par les services spéciaux belgo-congolais. Il s’agit de Christophe Gbenye, Joseph Mbuyi, Anicet Kashamura, Joachim Massena, Davidson Bocheley, Rudahindwa, Grenfell, Yumbu, Pierre Mulele, Valentin Lubuma, Antoine Kiwewa,etc.

Tous étaient munis d’une note de recommandation du président provincial de Léopoldville, Cléophas Kamitatu. Ce dernier apparaît comme étant le seul nationaliste détenant encore l’effectivité du pouvoir et autour duquel gravitent toutes les forces nationalistes inquiétées sans que lui-même ne be soit...

Se sentant en danger, et craignant pour sa liberté, voire même de sa vie, Lumumba va tenter de s’évader de sa résidence. Il veut aller rejoindre Gizenga et les siens à Stanleyville en vue de renforcer le bastion nationaliste. C’est vers cette issue que les services étrangers vont conduire Lumumba à travers certaines mains congolaises et africaines. Il tombera aveuglement dans la trappe puisque son entourage était truffé des traîtres prêts à le vendre pour 30 deniers.

Quoique neutralisé, abandonné même par ses amis du Panafricanisme et assigné en résidence surveillée, Lumumba, vivant reste pour les Etats-Unis un homme politiquement très dangereux

Le 7 septembre, les traîtres sont démasqués. Ils ne peuvent plus montrer patte blanche. Leurs actes les mettent à nu. En effet, les ministres Justin Bomboko et Albert Delvaux signent tardivement l’acte de révocation seulement le 6 septembre. Jusque là, cet acte était anti-constitutionnel et illégal. Ils sont interpellés et interrogés par Jacques Lumbala, Secrétaire d’Etat à la présidence du Conseil. De son côté, le colonel Joseph Désiré Mobutu, dont le comportement devenait de plus en plus étrange par rapport à ses engagements vis-à-vis du parti et de son chef est irrégulier chez Patrice Lumumba. Celui-ci, l’air soupçonneux lui a retiré finalement sa confiance.

Cléophas Kamitatu de raconter : « ... à mon retour de Mongata, j’ai rendu visite à Lumumba à sa résidence. Il a téléphoné à Mobutu sur mon insistance pour le tester en lui disant que lui le considérait comme son fils, comment pouvait-il l’abandonner ? » « Et ce dernier de répondre qu’il était militaire et qu’il ne pouvait faire que le devoir d’officier.»

Ayant compris la trahison de celui qu’il considérait être son ombre, Lumumba en colère nommera Maurice Mpolo commandant en Chef de l’ANC et lieutenant-général en remplacement du colonel Joseph-Désiré Mobutu, devenu indésirable à ses yeux. Maurice Mpolo est un ancien de la Police coloniale. Sa nomination intervient lorsque le général Lundula séjourne à Jadotville (Likasi).

Le 11 septembre, une réception est organisée chez Kasa Vubu en présence du Premier Ministre Joseph Iléo. Le Président est bel et bien entouré : tous les ambassadeurs occidentaux s’y trouvaient, alors qu’ils avaient poliment décliné une invitation de Patrice Lumumba la veille. Ils ont ainsi clairement pris position en faveur d’un camp précis.

Le 13, be Gouvernement Lumumba obtient les pleins pouvoirs du Parlement pour que l’ordre soit rétabli. Aussitôt, le Président Joseph Kasa Vubu ordonne la fermeture du Parlement pour un mois. Les militaires de Mobutu prennent le contrôle de la Radio dont l’ONU a accepté de se dessaisir. La démocratie était ainsi étranglée via l’ONU et l’Occident.

Coup de Jarnac

Le 14 septembre, deuxième acte : le « Groupe de Binza », craignant de perdre le pouvoir ainsi usurpé, oblige le colonel Mobutu, protégé par les Belges Henniquiau et Louis Marlière, le général marocain Kettani, un agent de la CIA, et avec la complicité de l’ONUC, de la CIA et de l’ambassade des USA, à organiser son premier coup d’Etat. Ce coup ne devait, en réalité ne neutraliser que seul le Premier Ministre Patrice Lumumba , laissant les mains libres au Président de la République Joseph Kasa Vubu.

Quoique neutralisé, abandonné même par ses amis du Panafricanisme et assigné en résidence surveillée, Lumumba, vivant, reste pour les USA un homme politiquement très dangereux. Il faut, à tout prix, l’assassiner, car il constitue, en fait, à leurs yeux, une menace pour les intérêts américains en Afrique Centrale.

Deux agents officiels de la CIA, Richard Bissel et Bronson Tweedy sont chargés d’établir des plans dans ce sens. Ils font préparer par le chimiste du service, Joseph Scheider, un poison qui, une fois introduit dans la bouche par la brosse à dents ou dans un aliment, entraînerait la mort ou une totale incapacité physique de la victime sans laisser de traces décelables. Le 19 septembre, au troisième acte de l’épisode ; outre l’installation du Collège des Commissaires Généraux par le colonel Mobutu, la CIA envoie un certain Joe de Paris, en réalité le Dr Gottlieb, alias Joseph Scheider, qui débarque à Léopoldville avec un poison qu’il tient à la disposition d’un agent permanent nommé Victor Hedgman.

Incapable de trouver un complice dans l’entourage de celuici. Gottlieb Scheider quittera le Congo seulement le 5 octobre, l’expiration du produit et ne sera détruit qu’après l’arrestation de Lumumba, au début du mois de décembre 1960.

Quatrième acte du scénario : la CIA recrute avec l’aide des services français, un tueur à gages identifié sous le mystérieux nom de code de QJ/WIN. Il s’agit en réalité d’un ancien inspecteur de la DST (service Secret français) liée à la maffia corse, un certain Roger Blémant chargé d’abattre Lumumba à bout portant, comme un lapin, chez lui à Léopoldville ou à Stanleyville, s’il parvenait à s’enfuir ou partout ailleurs. Il louera un appartement aux environs de la résidence de Lumumba avec une vue directe sur sa cible.

A l’annonce de la fuite de Lumumba, Roger Blémant qui se trouvait déjà à Stanleyville sous divers titres avec pour mission de l’abattre dès son arrivée. Il déchantera parce que Lumumba fut arrêté avant son arrivée à Stanleyville.

Dès le mois d’octobre, Lumumba est réellement « mis hors d’état de nuire ». « Assiégé » dans sa résidence, il ne pourra plus en sortir qu’en s’évadant. Un double cordon de l’ANC et de l’ONUC, recommandé d’ailleurs par le Commissaire adjoint à la Justice, Etienne Tshisekedi monte la garde en permanence devant le domicile de Lumumba. Ses alliés politiques, Congolais et Africains sont en débandade. Mais depuis le 14 octobre, son lieutenant, Antoine Gizenga contrôle déjà la Province Orientale et celle du Kivu, où vont le rejoindre tous les autres nationalistes intensément recherchés par les services spéciaux belgo-congolais. Il s’agit de Christophe Gbenye, Joseph Mbuyi, Anicet Kashamura, Joachim Massena, Davidson Bocheley, Rudahindwa, Grenfell, Yumbu, Pierre Mulele, Valentin Lubuma, Antoine Kiwewa,etc.

Tous étaient munis d’une note de recommandation du président provincial de Léopoldville, Cléophas Kamitatu. Ce dernier apparaît comme étant le seul nationaliste détenant encore l’effectivité du pouvoir et autour duquel gravitent toutes les forces nationalistes inquiétées sans que lui-même ne be soit...

Se sentant en danger, et craignant pour sa liberté, voire même de sa vie, Lumumba va tenter de s’évader de sa résidence. Il veut aller rejoindre Gizenga et les siens à Stanleyville en vue de renforcer le bastion nationaliste. C’est vers cette issue que les services étrangers vont conduire Lumumba à travers certaines mains congolaises et africaines. Il tombera aveuglement dans la trappe puisque son entourage était truffé des traîtres prêts à le vendre pour 30 deniers.
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