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Publié par Messager

MBOKAMOSIKA DÉPLORE LA DISPARITION DU PERCUSSIONNISTE BELOBI NG’EKERME MERIDJO.

 

Nous avons appris avec émotion le décès de  BELOBI MERIDJO, ancien percussionniste de Zaïko Langa-Langa, survenu au CHU de Liège, en Belgique le jeudi 27 août 2020. N’étant pas à notre domicile en ce moment, nous avons attendu quelques jours avant d’annoncer cette malheureuse  nouvelle qui frappe un artiste de notre génération.

Pour un meilleur hommage, nous avons jugé opportun de republier l’interview que Meridjo avait accordée en 1997 à notre ami Zéphrin Kirika, et que ce dernier avait publiée dans mbokamosika il y a plus neuf ans, soit le 3 mars 2011.

À travers cet article, Zephyrin Kirika décrit les points saillants de la vie  et de la carrière de Meridjo. Nous présentons nos condoléances les plus attristées à sa famille.

Messager

 

 

Belobi Ng’Ekerme Meridjo, le créateur du Tempo dénommé ‘‘Machine ya Kauka’’

Depuis le samedi de la semaine passée, Messager avait donné le ton en nous  faisant entrer de plein pied dans les années 70. Mon frère Muan’a Mangembo vient de nous édifier sur le style de Zaiko Langa Langa. En ce qui me concerne, je vais poursuivre dans la même lancée en vous parlant d’un héros dans l’ombre qui en collaboration avec les autres a beaucoup contribué à asseoir l’identité de Zaiko Langa Langa.

Il m’arrive souvent de parler des autres, mais de parler rarement de mes frères et amis. Aujourd’hui, je me suis résolu de parler d’un frère. Certes, un frère que j’ai eu l’occasion d’interviewer en 1997 dans sa résidence de Lemba accompagné de mon estimé confrère Zaki Kikuta Zayadiaku de la RTNC dans le cadre de l’émission Nuit sur la Musique que nous présentions respectivement en Lingala et en Kikongo. Je vais sans doute vous parler de Meridjo, le créateur du tempo Machine ya Kauka qui a forgé l’identité de Zaiko Langa Langa. Je salue en passant sa charmante épouse YA JAKULA qui nous avait réservé un accueil de plus chaleureux. Je lui dis un grand merci.

 

En effet, qui est Meridjo? Né Jean-Marie Belobi Ng’Ekerme en 1953, Meridjo (Mary Jo) est son nom de scène. Meridjo provient de son prénom Jean-Marie traduit en Anglais. Il est le fils ainé d’un ingénieur mécanicien de l’ONATRA, originaire de Mangai dans le territoire d’idiofa, province de Bandundu. J’ai toujours en mémoire le cimetière où l’on avait inhumé le corps de son défunt père. Lorsque j’étudiais au Collège St Pierre d’Ipamu, je traversais ce cimetière à chaque rentrée scolaire et à mon retour pour les vacances.  Jean-Marie fit ses études primaires à l’école Saint Jean Berkmanns au Camp Citho, l’actuel Camp Kauka pour ceux qui connaissent bien la ville de Kinshasa.  Il devint membre de Xavérie, un mouvement culturel qui se chargeait de la formation et de l’épanouissement des jeunes. Ce mouvement d’encadrement des jeunes ainsi que le Scoutisme étaient sous l’égide des prêtres catholiques. Jean-Marie jouait de la percussion lors de soirées culturelles organisées par le  Xavérie et il jouait en même temps au Basket dans l’équipe de l’ONATRA.

Après ses études secondaires, son père l’envoie s’inscrire à l’institut des Techniques Appliquées en sigle ISTA pour prendre sa place en cas de retraite. Après quelques mois de fréquentation, il abandonne tout pour se consacrer à la musique. Il est attiré par le Zaiko Langa Langa qui tient ses séances de répétitions à l’Hôtel Azur situé à quelques mètres de chez lui.  Il. intègre le groupe Zaiko Langa Langa comme batteur à l’âge de 18 ans, c’est-à-dire en 1971 comme batteur. A cette époque Bimi Ombale le drumeur de l’orchestre. Lorsque Bimi Ombale monte à l’attaque chant, Meridjo deviendra sous la bénédiction de DV Moanda, le fondateur de Zaiko Langa Langa le drumeur attitré du groupe. Meridjo va s’employer à changer l’histoire de la musique congolaise. Tout en reconnaissant que la batterie a été introduite par le Seigneur Tabu Ley dans la musique congolaise moderne et que Seskain Molenga en est le précurseur et le pionnier, Jean-Marie va accélérer le rythme du sebene à l’aide de cette caisse claire qu’est la batterie. Il adaptera le rythme avec Cavacha grâce à un éventail de possibilités qu’offre la batterie. Comment en est-il arrivé? C’était sur demande de Mbuta Mashakado. En 1971, Zaiko Langa Langa effectuait son premier voyage à l’étranger ou plus précisément au Congo Brazzaville. Dans le train qui les amenait à Pointe Noire. Les musiciens surexcités, chantaient et dansaient au rythme des bruits ou les cliquetis des roues motrices du train. Mbuta Mashakado lui demandera s’il ne peut pas reproduire ce rythme sur une batterie. Ce sera le début d’un travail de longue haleine. Comme il l’avait si bien insinué, il s’y mettra, écoutera les cris des oiseaux, les pas d’animaux, les bruits de moteurs de bateau, de train et il finira par s’écrier Eureka comme Archimède. Qu’avait-il donc découvert pour ainsi s’écrier? Il avait donc découvert "Machine ya Kauka" ou mieux le train de Kauka qui va accommoder tous les passagers. Oncle Bapius, Manuaku, Matims Mbuta Matima  avaient beaucoup travaillé sur ce rythme pour harmoniser l’ensemble. Le rythme Cavacha est ainsi lancé et reproduit dans Eluzam, Mbeya Mbeya pour se répandre de l’Afrique aux Antilles. Il inscrivit ainsi son nom dans l’anthologie de la musique congolaise moderne. Jean-Marie a un répertoire riche et des plus prestigieux. Il est parvenu à inscrire son nom parmi les meilleurs auteurs-compositeurs de Zaiko Langa Langa. Machine à tubes, il a composé Elango songa (Les Casques Bleus), Nyongo ekeseni, Kwiti-Kwiti, Ben Betito, Sangela, 77 X 7 fois, Bolingo aveugle, Matondo, Zizita … qui ont fait parler de lui.

Une note noire cependant dans son parcours, Meridjo avait été arrêté en 1974 et enfermé dans la prison d’Ekafela dans une île en pleine forêt équatoriale sous la deuxième république. Il y est resté pendant presque 2 ans en attendant les démarches entreprises par DV Moanda pour le libérer. Batteur endiablé des tam-tams, il égayait les gardiens avec qui il noua des liens solides. C’est ainsi qu’il s’évadera dans la nature pour se retrouver à Kin. "Natiaki motema nakuta yo monzemba, nazongi Kinshasa nakuti yo obala. Ba pasi epayi, makansisi epayi, mosika nazalaki se kolela lela yo". (Sangela)

 

Je termine ce récit en vous conviant à danser au rythme de Washa Washa dans une animation de Bozi Boziana et Nyoch et du Funky. Je vais me retourner de l’autre côté du baie de la vitrine pour demander à Messager de nous jouer les chansons Sangela  qui sera suivie de Bolingo aveugle sorties sous la signature de Meridjo.

 

Zéphyrin Kirika Nkumu Assana

1ère publication le 3 mars 2011 dans mbokamosika

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