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Publié par Samuel Malonga

Zamenga Batukezanga, l’homme et son œuvre littéraire

 

Même s’il est connu, on ne se lassera jamais de parler de lui. Avec son style si particulier, il a écrit les belles années de la littérature congolaise. Considéré comme l’écrivain congolais le  plus lu, il a pourtant été inconnu en dehors de son pays. Ce paradoxe inexpliqué a été compensé par le nombre d’essais et de travaux universitaires consacrés à son œuvre. Ce grand monsieur n’est autre que Clément  Zamenga Batukezanga qui nous quitté il y a vingt ans déjà.

 

Lorsqu’il voit le jour le 20 février 1933 à Nkobo près de Luozi dans la province du Kongo Central, rien ne le prédispose à l’écriture. Mais tout va très vite car après ses études secondaires à Mangembo, il obtient une bourse d’études qui lui permet d’étudier à l’institut Supérieur des Sciences sociales appliquées à Mons et à l'Université libre de Bruxelles. Il va ensuite traverser la Manche pour une spécialisation  à Manchester avant de rallier l’Afrique de l’Ouest. Après plus de dix ans passés à l’étranger, Zamenga rentre au pays en 1965. Il va tour à tour travailler à l’Université  de Kinshasa, à General Motors et à la Soneca.

 

Homme de principe qui hait le luxe et l’opulence, il quitte au grand étonnement de tous General Motors Zaïre où il est chargé des relations extérieures et des affaires sociales. Il ira même refuser un poste à l’Unesco en 1986. Son amour prononcé pour les plus faibles en particulier les handicapés le pousse en 1977 d’ouvrir Kikesa (courage, bravoure en kikongo), un centre pour la rééducation des jeunes handicapés physiques qui est sa grande œuvre philanthropique. Il leur a dédié un livre en 1978 : Homme comme toi. Au milieu des années 80, il va tout  quitter pour se consacrer entièrement à l’écriture.  

 

 

Déjà dès son retour au pays, Zamenga publie une série d’articles dans l’Étoile du Congo, cela jusqu’en en 1972. C’est aussi en ce début des années 70 qu’il marque ses premiers pas dans la littérature. Il publie son premier roman (Les hauts et les bas) en 1971. S’en suivront plusieurs ouvrages dont des contes, des récits, des essais, des recueils de poèmes, des pièces de théâtre et des nouvelles. Chaque apparition de son livre est un événement littéraire. Dans un style atypique où se côtoient des mots issus des langues congolaises, il parle aux Congolais comme dans un conte avec des mots simples. Il donne aux élèves le goût de la lecture. Le but qu’il s’est assigné est celui de voir le livre arriver dans les villages. Pari réussi car il devient l’écrivain congolais le plus célèbre et le plus lu même dans les coins les plus reculés de la République. Nombre de ses livres sont plusieurs fois réédités. Ses écrits sont de vrais succès de librairie. Le roman Carte postale par exemple est vendu à plus de 55. 000 exemplaires et connaît plus de neuf rééditions. Le tirage global de ses ouvrages avoisinerait ou même dépasserait aujourd’hui le million. Un croco à Luozi sort aussi sous forme de BD.

 

Si ce succès littéraire est plausible sur le plan national, à l’extérieur du pays Zamenga reste un parfait inconnu. Ses livres sont édités seulement au Congo, d’abord aux éditions Saint Paul aujourd’hui Médiaspaul puis plus tard par sa propre maison : Zabat (acronyme de son patronyme). Le couronnement arrive avec le temps. Pour récompenser sa carrière littéraire inégalée, Zamenga obtient en 1985 le Grand prix du 20e anniversaire de la 2e République du Zaïre pour l’ensemble de son œuvre. Ses écrits qui s’inspirent du vécu des Congolais, de leurs traditions et de leurs travers a un grand impact sur son lectorat composé principalement les jeunes de 18 à 25 ans. Zamenga aborde plusieurs thèmes : la sorcellerie (Bandoki), l’éclaircissement de la peau (Belle est aussi ma peau noire), la déforestation (Le mariage des singes à Yambi). Il donne ses impressions de voyage sous forme de lettres à son épouse Cécile Basolana (Chérie Basso).  

 

Décédé en 2000, l’auteur de Mille kilomètres à pied, a écrit une bonne trentaine d’ouvrages dont certaines sont posthumes (Pour un cheveu blanc, La Mercedes qui saute les trous). Le grand romancier bat également le record d'études consacrées sur lui. Plus de trente thèses de doctorat et environ une centaine de mémoires et travaux de fin de cycle lui  sont dédiés à travers les universités du monde entier. Pour honorer sa mémoire le Prix Littéraire Zamenga a été créé en 2017 pour promouvoir les activités littéraires au Congo. Ce concours ouvert à tous les écrivais congolais est doté d’une somme de 1.000 dollars américains. La nouvelle est le seul genre qui est admis à concourir.  

 

 

Écrivain prolixe, littérateur des masses et romancier populaire, Zamenga comme l’a dit le journaliste Djungu Simba a instruit en amusant. Bien que ses œuvres littéraires ont fait l’objet d’une controverse animée par de nombreux professeurs de français, il a écrit au Congo pour les Congolais dans une écriture particulière afin de ne pas falsifier la pensée africaine pour simplement plaire à l’Occident.

 

Samuel Malonga

 

 

 

 

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Claude Kangudie 01/08/2020 10:54

Zamenga Batukezanga...un monstre sacré de la plume. Un tout grand parmi les grands. 3Homme comme toi mon frère", un de ses titres qui m'ont le plus marqués...Une légénde à ne pas oublier...RD Congo, mboka ya Zamenga, ezali Libanga ya Talo...

Claude Kangudie