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Publié par SIMBA NDAYE

NON ! UN NOIR N’EST PAS ‘’UNE PERSONNE DE COULEUR’’

  1. I CAN’T BREATHE (Je ne peux pas respirer)

L’onde de choc, après avoir déferlé sur les Etats-Unis, n’en finit plus de secouer la planète. L’agonie de George Floyd à Minneapolis (8 mlns et 46 secs) a révolté le monde. Après des centaines d’autres, presque toujours impunis, ce meurtre (que dis-je ?) cet assassinat d’un Noir en direct par un policier blanc, est ‘’l’acte terroriste’’ de trop. Aux Etats-Unis, le racisme et son adjuvant, la ségrégation raciale, ont été rationnalisés et institutionnalisés. La violence policière n’est que l’un des appendices les plus visibles et les plus ignobles. Tenez ! Alors qu’ils ne représentent qu’à peine 10% de la population, savez-vous que sur les 120.000 morts (provisoires) du Covid-19 aux Etats-Unis, plus de la moitié sont des Africains-Américains ? Et pourquoi cet étrange ratio ? Parce que la minorité noire est la plus délaissée, la plus pauvre, la plus misérable, la moins scolarisée, la moins bien soignée, la plus sujette aux drogues et aux causes de comorbidité (obésité, diabète etc). Le racisme aux Etats-Unis est structurel, systémique. Il est un héritage encombrant de l’esclavage. Prompts à qualifier le premier pays venu de terroriste, les Etats-Unis eux-mêmes pratiquent, systématiquement, sur leurs propres concitoyens noirs, un ‘’terrorisme institutionnel’’, aggravé par la présence d’un psychopathe avéré à leur tête. La seule lueur d’espoir, l’avez-vous remarqué, c’est que, dans les impressionnants cortèges scandant ‘’Black lives matter’’ (la vie d’un Noir compte), on dénombre presque autant, sinon plus, de jeunes blancs que de Noirs. Tous ces jeunes gens, Latinos compris, semblent avoir pris conscience de l’impasse idéologique fondée sur la race que des siècles d’histoire raciste ont forgée aux Etats-Unis. Plus que jamais, ils constituent l’avenir de ce grand pays qui se meurt de sa puissance divisée, déchirée, fracassée.

  1. ET L’AFRIQUE, ELLE EST OU ?

En attendant, la révolte gronde. De l’Australie à la Grande-Bretagne, de la France au Canada, du Brésil à la Nouvelle-Zélande, un peu partout, les genoux sont posés à terre et les poings levés, en signe de protestation contre la mort de George Floyd et le sort réservé aux Africains-Américains. La statue d’Edward Colston, un esclavagiste du 18e siècle, est arrachée à Bristol en Angleterre. A Oxford, des statues de Cecil Rhodes, qui avait donné son nom aux deux Rhodésie (actuels Zambie et Zimbabwe) subissent le même sort. Des Belges demandent même de déboulonner toutes les statues de Léopold II pour les atrocités commises au Congo sous son règne. Toute la planète est indignée. Toute ? Nooon !!! En net contraste avec ce vent d’indignation, le silence est scandaleusement assourdissant en Afrique, d’où sont pourtant partis ces Noirs. Bien-sûr, Moussa Faki Mahamat a été le premier à protester. Et c’est heureux. Le président de la Commission de l’Union Africaine a condamné le ‘’meurtre’’ de George Floyd et appelé au respect des minorités. Cyril Ramaphosa, le président sud-africain, a également réagi. Quelques rassemblements ont eu lieu à Dakar, Accra ou Nairobi. Et c’est presque tout. Avez-vous vu de grandes marches de soutien en Afrique? Les fossiles au pouvoir dans nos pays ont trop peur pour leurs régimes respectifs. Des fois que ces marches donnent des idées subversives aux jeunes.

Pire, ces autocrates sont surtout tétanisés par l’homme aux cheveux orange, prescripteur de l’eau de javel pour soigner le Covid-19. En janvier 2018, ce type n’avait-il pas déjà traité les états africains de pays de m… ? Quel chef d’état africain (maghrébin compris) avait osé rappeler en consultation son ambassadeur à Washington ? Aucun. Il est vrai que les peuples africains, eux, sont largement sous-informés, peu conscientisés. En outre, ils sont aux prises avec d’autres endémies récurrentes comme la pauvreté, la malnutrition, l’insécurité chronique, de sorte que la défense des droits des Noirs d’Amérique peut sembler une préoccupation lointaine, le cadet de leurs soucis. C’est entendu ! Cependant, où sont nos panafricanistes d’opérette, si prompts à stigmatiser les campagnes de vaccination et à dénoncer l’aide que l’Union Européenne apporte aux pays africains dans le cadre de la lutte contre le Covid-19 ? Pourquoi ne montent-ils pas au front pour défendre ‘’leurs frères’’ Africains-Américains ? Il y’a bien Cheikh Tidiane Gadio, l’iconoclaste ancien ministre sénégalais des Affaires étrangères, qui exhorte les chefs d’état africains à déposer une motion devant l’assemblée générale des Nations-Unies. C’est un peu court et ça ne mange pas de pain. Mais c’est déjà çà. Dès lors, la sentence définitive de Nana Akufo Ado, président du Ghana : ’’les Noirs à travers le monde ne seront respectés que si les pays africains eux-mêmes se font respecter’’ est plus que jamais d'actualité.  Rien d’étonnant ! Depuis quelques décennies, le Ghana est l’un des très rares pays africains à réaliser, à intervalles réguliers, des alternances démocratiques et apaisées.

  1. NON ! UN NOIR N’EST PAS ‘’UNE PERSONNE DE COULEUR’’

Il y’a quelques jours, notre cher Messager publiait une poignante tribune de Jacqueline Chelliah. J’espère que tous les Mbokatiers ont bien lu cette sublime ode à la peau noire. Ce papier est un triste enchantement tellement tout ce qui y est dit sonne juste. Surtout avec la pudeur d’une enfant noire adoptée, notamment lorsqu’elle murmure : <<…Ma mère est blanche. Suisse-allemande. Mon père est d’origine Sri-Lankaise. Ma sœur cadette est d’origine indienne, adoptée comme moi. Mon autre sœur est métisse, fruit de mes parents. C’est ma famille «Benetton», magnifique sur papier glacé. Des parents et des sœurs que j’aime profondément et qui m’ont donné une enfance dorée ainsi que de sacrées opportunités>>. Plus loin, elle hurle : <<…NOIR. Je déteste le terme «black» comme euphémisme pour désigner une personne NOIRE. Pourquoi cette peur de ce mot? Je revendique haut et fort ma couleur, mon identité, car elle est aussi belle que la vôtre...>>. Que c’est bien dit, Jacqueline ! Mais ce terme ‘’black’’ n’est pas un simple euphémisme. Il va même au-delà d’une litote. J’en faisais la démonstration à un ami africain très récemment. Dans le monde francophone (France, Belgique, Suisse…), cet anglicisme (black) revêt une connotation extrêmement péjorative, méprisante, proche d’une forme de négationnisme. Albert Camus disait que : <<Mal nommer les choses, c’est ajouter aux malheurs du monde…>>. Nous sommes en plein dans cette hypocrisie. Et le pire, c’est que beaucoup de Noirs, peut-être pas suffisamment instruits de cette subtilité, emploient ce terme. A commencer par les Africains-Américains eux-mêmes qui reprennent à leur compte cette négation absolue de ‘’Coloured people’’ (personne de couleur). Car, au fond, que peut signifier cette expression ‘’personne de couleur’’ ? Le non-dit, le subliminal, c’est que l’expression est délibérément raccourcie. Car dans l’esprit de ceux (les blancs) qui l’utilisent, elle veut dire :

’Personne de couleur DIFFERENTE DE LA MIENNE’’, personne de couleur différente de LA COULEUR BLANCHE. Laquelle couleur blanche serait de facto la couleur normative, la couleur de référence. Or, il n’y a rien de plus faux, le blanc aussi étant justement une couleur, la couleur blanche. Pire, cette thèse, éminemment raciale, sinon raciste, est d’autant plus absurde qu’en physique, tous les traités l’attestent :<<Le blanc est la somme de plusieurs couleurs différentes superposées alors que le noir représente justement une absence de couleur >>. NON ! UN NOIR N’EST PAS ‘’UNE PERSONNE DE COULEUR’’. Cette théorie vénéneuse de ‘’personne de couleur’’ n’est rien d’autre qu’une construction intellectuelle des suprématistes blancs d’extrême droite, les fameux WASP, (acronyme de White Anglo-Saxon Protestant) qu’on peut traduire par Protestant Anglo-Saxon Blanc. Elle a été pensée et conçue comme instrument de domination et d’assujettissement des peuples noirs, avec son bras armé le Ku-Klux-Klan. Il reste qu’un Noir n’est pas une personne de couleur sinon le Blanc est aussi une personne de couleur. 

Et comme le dit si joliment Jacqueline Chelliah, ‘’ma couleur est aussi belle que la vôtre’’... Depuis plusieurs décennies, le grand combat des anthropologues est de faire admettre un jour qu’il n’y a, sur cette Terre, qu’une seule race, la race des Hommes, la RACE HUMAINE. Et c’est ce que réussiront peut-être à établir ces milliers de jeunes, Blancs et Noirs mélangés, belle image de fraternité et de race unique, qui défilent à travers le monde en mémoire de George Floyd. Ils reprennent sans doute à leur compte cette pensée exaltante de Dom Elder Camara, l’ancien archevêque de Recife au Brésil : Lorsqu'on rêve tout seul, ce n'est qu'un rêve. Mais lorsqu'on rêve à plusieurs, c'est déjà une réalité. L'utopie partagée, c'est le ressort de l'Histoire.” Après George Floyd, l’utopie est permise.

Je termine par cette autre phrase de Jacqueline Chelliah, phrase sertie et polie comme un joyau dans son écrin mais qui ressemble malheureusement à une bouteille SOS jetée…dans le Lac Léman : <<La solitude face à un combat perdu d’avance est parfois aussi étouffante que le genou d’un policier>>. Non, petite sœur, tu n’es pas seule, tu n’es plus seule. Et ce combat, ton combat, notre combat, n’est pas perdu d’avance. Il ne fait que commencer. Regarde tous ces jeunes, je le répète, Blancs et Noirs confondus, qui se sont levés, spontanément, pour dire NON au racisme, ces jeunes qui manifestent pour la dignité de l’Homme et de la Femme Noirs, pour la dignité de l’espèce humaine tout simplement. Ne surtout pas baisser les bras, petite sœur. Nos bourreaux finiront bien par ôter leurs genoux de nos cous. Et, crois-moi, la peur que tu ressens pourrait très vite changer de camp. Lors de toutes ces innombrables manifestations, pacifiques pour le moment, un slogan <<Pas de justice, pas de paix>> devrait faire réfléchir les puissants d’aujourd’hui. Et ils devraient se dépêcher d’instaurer la justice, la vraie, et d’abord en faveur des opprimés. La justice, seul gage d’un monde en paix. D’un monde de paix.

 SIMBA NDAYE

 

À lire aussi : http://www.mbokamosika.com/2020/06/comme-george-floyd-j-ai-peur-tous-les-jours-en-suisse.html

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Abel 13/06/2020 17:46

Peu importe celui qui occupe la Maison Blanche, les brutalites policieres avec des consequences tragiques il y en a eu et il y en aura toujours. La triste et deprimante phrase I can’t breathe, ce n’est pas la premiere fois qu’on l’entend, et ca ne sera pas la derniere fois non plus, helas. Souvenez-vous d’Eric Garner (17 juillet 2014 Staten Island, New York). Souvenez-vous de Freddy Gray (12-19 avril 2015, Baltimore, Maryland). Un certain Barrack Obama etait president des USA.

Notre pays, la RDCongo, est un trou de merde. Personne ne peut le nier. Nous n’avons pas attendu Trump pour faire le constat et le clamer chaque jour. Cyril Ramaphosa a reagi pour condamner le meurtre de George Floyd. Laissez-moi rire! Est-ce que c’est le meme Cyril Ramaphosa qui n’a pas leve’ un seul doigt pour empecher les massacres des ressortissants d’autres pays africains chez lui en Afrique du Sud?! Si le ridicule pouvait tuer. Je suppose que la pluspart de nos dirigeants africains n’ont pas reagi parce qu’ils savent qu’ils ont une poutre dans leurs yeux. Ils doivent d’abord enlever cette poutre avant de se preoccuper de la paille qui est dans les yeux des USA. Juste une opinion.

Certes, aux USA les afro-americains sont parmi les plus pauvres, mais certains aussi sont parmi les plus riches (des millionaires et billionaire). A ce que je sache, aux USA, il y a des programmes mis en place depuis longtemps pour aider/favoriser les groupes minoritaires: Affirmative Action (= discrimination positive, 1960), EEOC (Equal Employment Opportunities Commission, 1965), Medicare et Medicaid pour l’assurance-maladie , Food Stamps Program (actuellement appele’ SNAP, supplemental nutritional assistance program), etc. Il y a des villes comme Baltimore, Chicago dont le maire et le chef de police sont afro-americains. La gestion de ces villes laissent beaucoup a desirer. Il ne faut pas toujours blamer les autres. Moi je ne me fais aucune illusion. De mon vivant le racisme ne prendra jamais fin aux USA; tout comme de mon vivant le tribalisme, clanisme ou regionalisme ne prendront jamais fin en RD Congo. Je ne suis ni naif ni pessismiste mais tout simplement realiste, et je veux bien que l’avenir me prouve que j’ai tort.

J’aurais aime’ que le reste du monde se montrat et continue a se montrer solidaire de nos freres et soeurs de Beni victimes de massacres sans fin dans l’Est de la RD Congo. They, too, are Blacks and their lives matter, too.

Bon week-end a toutes et a tous,
Abel

Simba Ndaye 13/06/2020 12:08

Mieux vaut tard que jamais?
Nous vous parlions de l'initiative réclamée par Cheikh Tidiane Gadio. Eh bien! L'Afrique officielle semble sortir de sa léthargie. Dans une lettre écrite au nom des 54 pays du Groupe africain pour les questions des droits de l'Homme, l'ambassadeur du Burkina Faso auprès des Nations Unies à Genève vient de demander à l'organe de l'ONU d'organiser un «débat urgent sur les violations actuelles des droits de l'homme d'inspiration raciale, le racisme systémique, la brutalité policière et la violence contre les manifestations pacifiques».
L'onde de choc...

Samuel Malonga 12/06/2020 20:57

J’ai décrié l’appellation ″homme de couleur″ dans mon livre ″ complaintes″ paru chez Édilivre en 2012. Dans ce long poème unique, j’ai parlé de tous les maux dont souffre l’homme noir. Coloured ou homme de couleur sont des propos racistes qui doivent être prohibés. En réalité nous sommes tous des hommes de couleurs. Voici, un poème qu’on attribue à Senghor. Lisez-le.

Cher frère blanc,
Quand je suis né, j’étais noir,
Quand j’ai grandi, j’étais noir,
Quand je suis au soleil, je suis noir,
Quand je suis malade, je suis noir,
Quand je mourrai, je serai noir.

Tandis que toi, homme blanc,
Quand tu es né, tu étais rose,
Quand tu as grandi, tu étais blanc,
Quand tu vas au soleil, tu es rouge,
Quand tu as froid, tu es bleu,
Quand tu as peur, tu es vert,
Quand tu es malade, tu es jaune,
Quand tu mourras, tu seras gris.

Alors, de nous deux,
Qui est l’homme de couleur ?

Pedro 12/06/2020 15:54

Quant à la possibilité de descente dans la rue par les jeunes (et certains vieux) africains, pour se faire entendre en soutien au mouvement global qui devait les concerner en premier chef, je suspecte que ce serait le cas si dame COVID-19 n’était pas là, car, si les pouvoirs en place avaient peur que des mouvements de rue ne se transforment en contestation de leur pouvoir, ils pourraient toujours organiser la jeunesse du parti au pouvoir et en profiter pour, en même temps, scander des slogans en l’honneur des chefs de leur parti. Je suis sûr que ce qui ce serait produit à Luanda.