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Publié par Messager

JAQUELINE CHELLIAH, NOUVEAU VISAGE DE L’AFRO-FÉMINISME EN SUISSE

 

Le 7 juin 2020, nous avons repris l’article de Jaqueline Chelliah publié dans Heid/News à travers le lien ci-après : http://www.mbokamosika.com/2020/06/comme-george-floyd-j-ai-peur-tous-les-jours-en-suisse.html et l'avons informée.

En guise de réponse, elle nous communique ci-dessous les réactions enregistrées après son article et les différentes émissions y associées.  En sus, elle nous envoie une tribune qui n’a pas encore été publiée sur Heidi/News. Quel honneur ! 

Mbokamosika

 

 

 

Bonjour et un grand MERCI d'avoir repris mon article, cela me fait chaud au coeur et BRAVO pour tout ce que vous faites à travers votre site internet, votre plateforme! J'ai beaucoup aimé lire l'article de Monsieur Simba Ndaye, merci à lui.

 

http://www.mbokamosika.com/2020/06/non-un-noir-n-est-pas-une-personne-de-couleur.html

 

J'aurais voulu vous répondre plus tôt; j'ai été prise dans une sorte de (magnifique) tourbillon d'émotions, dont le point d'orgue fut incontestablement ma prise de parole, lors de la marche du mardi 9 juin à Genève, sur invitation des organisateurs. Un moment à la fois magique et indescriptible.

 

Voici ce qu'il s'est passé depuis la publication de ma première tribune:

 

Samedi, 6 juin 2020 https://www.heidi.news/articles/comme-george-floyd-j-ai-peur-tous-les-jours-en-suisse-et-pourtant-ma-vie-n-a-rien-a-voir-avec-la-sienne

 

Mardi, 9 juin 2020: Ma deuxième Tribune, en annexe (non publiée sur Heidi.news)

 

Samedi 13 juin 2020:

...sur Heidi.news: https://www.heidi.news/articles/vous-nous-avez-ouvert-les-yeux-les-reactions-a-mon-temoignage-sur-le-racisme-en-suisse

 

...ET au TJ 12h45: https://www.rts.ch/play/tv/12h45/video/jacqueline-chelliah-nouveau-visage-de-lafro-feminisme-en-suisse-?id=11397909 (j'y explique brièvement ce que je souhaite faire par la suite: un film documentaire, projet que j'ai depuis des années, seul l'angle a désormais changé).

 

...

 

Encore merci pour votre soutien.

 

Je vous souhaite un très bel été!

 

Bien cordialement,

 

Jacqueline

LA TRIBUNE DE JACQUELINE CHELLIAH

Mardi 9 juin 2020. 20h25.

 

« Jacqueline, Jacqueline, Jacqueline, Jacqueline ! » Je les entends scander mon nom. Cela ne m’était encore jamais arrivé. Jamais. Indescriptible. On m’a demandé de prendre la parole pendant une minute. Alors j’ai tenté d’écrire quelque chose d’à la fois bref et puissant. Les organisateurs, pour la plupart des jeunes femmes dont la moyenne d’âge se situe entre 18 et 25 ans, sont légè- rement dépassés par les événements. Nous le sommes tous. Elles ont réussi à mettre en place cette manifestation extra-ordinaire en moins de temps qu’il n’en faut, je les respecte, je les salue, je les remercie et je leur tire mon chapeau. Leur introduction de qui je suis est certes un peu ban- cale, je m’attendais à ce qu’elles me présentent un peu plus explicitement, qu’elles disent à la foule présente autour de nous que je suis celle qui a tenté d’exprimer le racisme quotidien en Suisse de la manière la plus simple et réelle possible. Que je me suis mise à nu, que je me suis exprimée sans filtre. Mais ce n’est pas grave, pas grave du tout. Car mon texte a déjà raisonné dans toute la Suisse Romande. Beaucoup de gens se sont reconnus dans mes mots. Même ceux qui ne partagent pas ma peur au quotidien se sont sentis concernés. Mes compatriotes, vous, nous, souhaitons toutes et tous améliorer les choses. Eradiquer la discrimination dans cette socié- té, dans ce pays, dans ce monde.

 

On me tend le micro, ma nervosité disparaìt d’un seul coup. Et là, je leur dévoile mon poème; un poème que j’ai écrit pour moi, comme pour eux. Pour ces centaines de visages devant moi, ainsi que ces milliers de personnes derrière eux, qui arrivent dans le Parc des Cropettes à deux pas de la gare de Genève; et pour ces milliers de personnes qui marchent encore sur le Quai du Mont- Blanc, depuis le parc des Bastions, lieu de départ de cette marche hors du commun, historique, magique, magnifique. Une heure après avoir récité mon poème, je lirai que nous étions 10’000 personnes. 10’000 visages de toutes les couleurs. 10’000 personnes qui se rassemblent ce soir pour une seule raison: leur identité.

 

Je ne compte plus le nombre de réactions qu’à suscité ma tribune, publiée sur Heidi.news, samedi dernier. Je peux par contre compter sur les doigts de la main le nombre d’émotions que ces réac- tions m’ont procuré. Il y en a eu trois: de la surprise, de la confiance, et de la sérénité.

 

« Vous nous avez ouvert les yeux ». « Ma parole sest libérée ». « Je subis également des discri- minations au quotidien, sous des formes diverses et variées; cela m’épuise de devoir sans arrêt justifier mon existence, ma manière de vivre, ma manière d’être, mon statut social, mon genre, mes origines, ma sexualité, ma confession, mon envie d’être maman et de vouloir travailler, mon choix d’être papa et de ne pas vouloir travailler, mon statut de célibataire au delà de 40 ans… ma vie, tout simplement ». « Vous m’avez fait pleuré par votre sincérité ». « Vous avez su mettre des mots sur ce que je vis au quotidien ». « Je comprends désormais que le problème ne vient pas de moi ». « Je dois changer les choses au sein de l’entreprise que je dirige ». « Je ne rirai plus à ces blagues tout sauf drôles ». « Le monde souffre, mais l’humanité existe encore » « Probablement la plus importante newsletter depuis la naissance du titre ». « Désormais, j’ai moins peur ». « Je ne vous ressemble pas et pourtant vos mots ont résonné en moi ». « En effet, il faut que les choses changent ». « Continuez à écrire ».

 

Vous avez été plus de 600 à partager mon texte, rien que sur Facebook. 600 ! Vous avez été plus d’une centaine à m’envoyer des e-mails. Vous avez été plus d’un millier à partager mes mots, par messages, par téléphone et même par bouche à oreille.

 

Ceci n’est que le début. Je reste calme. Je me protège. J’analyse chaque proposition que je re- çois. Il y a tellement de choses à faire. Je ne souhaite pas devenir un symbole, un message viral, un record éphémère. Je souhaite que mon message d’espoir reste visible, aussi longtemps qu’il le faudra. L’éducation. L’entreprise. Les médias. Par où commencer? En prenant les choses comme elles viennent. En essayant de ne pas aller plus vite que la musique. En développant des projets qui permettent à tout un chacun de pouvoir s’exprimer en toute sécurité, sans avoir peur. En es- sayant de faire en sorte que le respect de l’autre devienne un sujet aussi important que les maths ou le français. Moi j’y tiens à mon Darius noir! D’ailleurs, une Darius au féminin, ça serait déjà pas mal du tout! Darius, si vous me lisez, sachez que je vous aime bien, là n’est pas le problème!

 

C’est beau ce qui est arrivé ce soir, c’est beau ce qui est arrivé ce week-end. Des marches histo- riques dans tout le pays. Dans toute la Suisse. Une génération entière de jeunes, surtout des

 

jeunes femmes qui veulent changer les choses. Et ceci à une semaine de l’anniversaire de la fa- meuse grève du 14 juin! Comme l’année dernière, les moins jeunes les soutiennent, relaient leurs messages, souhaitent les aider à réparer leurs propres erreurs du passé. Pour ce qui est de la cause actuelle, pour l’instant, je n’ai encore rien entendu de la part des autorités, pas d’annonces, ni de mesures officielles, alors que certains pays commencent à dévoiler des grandes lignes, des changements au niveau étatique.

 

Mais bien au-delà de tout ceci, franchement, quand j’y pense vraiment, je me dis: « mais quelle tristesse, non mais sérieux, quelle horreur ! » Comment est-ce possible que nous devions des- cendre dans la rue et nous mettre à marcher, à crier des slogans, à lever nos poings hauts et forts, simplement pour justifier, défendre, représenter notre couleur de peau? Vous vous rendez compte?

 

« Jacqueline, Jacqueline, Jacqueline, Jacqueline ».

Comme le battement de mon coeur, je l’entends si fort, si clairement, cet encouragement à me battre contre toute forme de discrimination; cet engagement à rassembler les gens autour de ma plume, de mes mots, de ma voix; ce besoin vital de m’exprimer, d’exister, d’incarner mon identité. Comme le battement de mon coeur, je ne peux plus m’arrêter.

 

 

Le poème que j’ai récité lors de la Marche de mardi:

 

Je m’appelle Jacqueline Je suis NOIRE

Je suis Suisse, comme VOUS

 

Il s’appelait George Il était NOIR

Il était fier de son pays, comme NOUS

 

Nous n’oublierons jamais

Nous ne nous tairons plus jamais

Nous allons continuer à exister, à vivre, Comme jamais

 

Les amis, aujourd’hui, maintenant,

 

Je me sens LIBRE

Je me sens FIERE

Je n’ai plus PEUR

 

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