Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Archives

Publié par Samuel Malonga

Polémique autour d’une chanson

 Un des grands chanteurs congolais, Le Karmapa, s’apprête à mettre sur le marché du disque son nouvel opus appelé Prédateur. La sortie est prévue après le confinement provoqué par le covid-19. Mais déjà un des titres de l’album est source de vives tensions. Et pour cause. À côté du malaise provoqué par le coronavirus, la capitale congolaise est secouée par une seconde crise, celle qui oppose toute une corporation à un artiste solitaire qui jusqu’à présent ne s’est pas encore accommodé du silence de ses collègues.

 

L’album est réalisé en France avec  le concours de Sam Mangwana qui a bien voulu prêter sa voix. Artistiquement, c’est un featuring réussi. De toutes les chansons qui s’y trouvent, Mama Yemo, maison hantée est celle qui fait le plus parler d’elle. Son contenu intrigue le corps médical kinois qui est monté au créneau pour dénoncer un certain acharnement. Solidarité corporative oblige, les médecins des hôpitaux publics font bloc, menaçant l’artiste des représailles. L’extrait de la chanson que l’on peut écouter  sur le web a mis la poudre au feu. La satire n’a pas plu aux professionnels de la santé. La joute entre l’artiste et le corps médical se fait le plus souvent par télévision interposée.

Karmapa, le roi de la rumba, sentant le danger venir et ayant pris la menace au sérieux a d’abord craint pour sa vie. Il aurait semble-t-il chercher refuse ailleurs. Puis les rumeurs d’une plainte à son endroit ont circulé dans tout Kinshasa. Enfin, les médecins ont cherché un dialogue avec l’intéressé qui a fait savoir que rien ne sera modifié dans le contenu du titre incriminé.

 

Dans la chanson Mama Yemo, Le Karmapa dénonce ce que l’on appelle dans le jargon médical kinois la ″pharmapoche″. C’est une pratique par laquelle les professionnels soignants  se promènent   avec   des   médicaments   dans   leurs sacoches sous   les   30°C pour   les   vendre   aux patients  le  moment  venu. L’artiste n’a pas oublié tout ce qui caractérise les hôpitaux publics à Kinshasa : insalubrité, manque d’électricité et d'eau courante, matériels médicaux et équipement défectueux, puanteur, bâtiment en piteux état. A ce tableau sombre s’ajoute la présence des souris, des chauves-souris voire des chats qui ont marqué de leur empreinte ce territoire.  La compagnie de ces parasites inattendus dans ce lieu donne au titre de la chanson toute l’étendue de sa signification. L’hôpital en question serait devenu une maison hantée.

D’habitude ce sont les dirigeants politiques qui s’en prennent aux artistes lorsque ceux-ci chantent des titres qui dénoncent leurs faits et gestes. Cette fois-ci, c’est toute une corporation qui s’en prend à un musicien, car il semble bien que l’artiste a mis le doigt dans la plaie. 

Si les médecins parlent de leur apostolat et des difficultés qu’ils rencontrent dans l’exercice de leur métier, le roi de la rumba retorque qu’il voulait par cette chanson attirer l'attention de l’État sur le sort de l'hôpital afin qu’il mette les moyens nécessaires à leur disposition. Car les Congolais méritent d'être traités décemment.

Du nom de la mère de l’ancien président Mobutu, Mama Yemo a dès lors été débaptisé. Il s’appelle aujourd’hui Hôpital de référence de Kinshasa. Quant à l’artiste qui a signé l'œuvre incriminée, il s'est inspiré de Luambo Franco, le diseur de vérité. N’a-t-il pas juré de faire de la rumba l’arme de dissuasion pour dénoncer les anti-valeurs ? Écoutez Monsieur le Député pour s’en rendre compte. Karmapa a depuis changé le style de son écriture afin de mieux servir son pays. L’amour comme thème n’est plus exploité. Avec cette nouvelle approche, Karmalove veut sensibiliser les Congolais. Le changement des mentalités et l’éveil des consciences sont devenus son nouveau combat.

Samuel Malonga

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Blondé 29/04/2020 19:24

N'est-ce pas une absurdité?
J'ai écouté l'extrait de MAMA YEMO. Mais c'est surtout la réaction des praticiens qui me surprend. A partir de la traduction qu'a faite monsieur Malonga j'avais imaginé un instant que tout le personnel médical devait applaudir l'artiste et pour cause: Comme le compositeur le dit bien, il veut attirer l'attention des décideurs de l'Etat sur la situation des hôpitaux et centres médicaux du pays. Mais diantre! d'où vient que les docteurs se croient en charge de le réhabilitation des bâtiments, de l'approvisionnement en médicament, de l'achat des plateaux techniques des hôpitaux? Mais sachez tous qu'il n'y a jamais de fumée sans feu. Déjà le corps médical se culpabilise, il se discrédite même aux yeux de la population. Ne sont-ils pas ceux qui vendent les médicaments payés par l'Etat pour les hôpitaux publics? Ne sont-ils pas chargés de veiller à la salubrité de leurs lieux de travail? Ils reconnaissent déjà une grande responsabilité dans ce que décrit l'artiste et je suis heureux qu'il refuse de changer un seul mot de sa satire. Un artiste c'est çà. Les yeux et la voix du peuple. Merci à lui et vive la rumba.