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Publié par Jeremy Rich

LES CONFIDENCES SUR LES MERCENAIRES, LES ÉTATS-UNIS, ET LA CROIX ROUGE

Référence : http://www.mbokamosika.com/2018/06/les-mercenaires-europeens-au-congo-1960-1997.html

 

Bonjour -

 

D'abord, veuillez m'excuser cette réponse tardive à votre poste sur votre site.  Je viens de relire la poste.  J'aime tant Mbokamosika comme une source de l'informations sur l'histoire congolaise.

 

Les relations entre Schramme, le gouvernement américain et le Comité international de la Croix Rouge étaient très compliquées.  J'ai écrit un manuscrit de 35 pages sur ce sujet.  Néanmoins, j'attends la décision des rédacteurs de "Journal of African History" de faire publier le manuscrit. 

 

Après avoir consulté les archives de la Croix Rouge à Genève et le Ministère des affaires étrangères à Washington (le "Department of State" en anglais), voilà un compte-rendu de ce que j'ai trouvé.

 

Veuillez excuser toutes mes fautes en français dans ce message - le clavier est anglophone, l'auteur est anglophone, et de plus je suis un peu pressé de finir le message! 

 

 

1) Les diplomates américains et les délégués de la Croix Rouge avaient peur d'un massacre général des blancs durant l'été en 1967.  Le racisme quasi-générale parmi les diplomates américains en ce temps et la mémoire des événements de 1964 ont bien influencé leurs pensées.  En même temps, les américains étaient prêts à soutenir Mobutu à tout prix.  Selon eux, il ne fallait jamais abandonner Mobutu afin d'assurer un Congo stable et anti-Communiste.

 

2) Apres que Schramme , les mercenaires, et les gendarmes katangais aient pris Bukavu, Schramme a demandé aux américains de permettre ses forces de quitter le Congo pour Rwanda.  Il savait bien que les mercenaires n'avaient pas pu mener une révolte générale. Schramme a recommandé à la Croix Rouge d'organiser l'évacuation des mercenaires des katangais en aout 1967.

 

3) Mobutu et Bomboko ont refusé cette démarche en aout 1967. Mobutu et Bomboko désiraient une victoire claire pour montrer l'autorité du nouveau régime.  Aussi, ils voulaient tester la volonté du gouvernement américain de leur donner les moyens nécessaires de soutenir leur gouvernement (l'argent et les armes).  Bomboko en septembre 1967 a vu la menace constitué par la demander des armes de l'URSS vers le Congo-Brazza!  Il n'était pas sérieux, mais il savait manipuler l'obsession anti-soviétique de Washington.  Voilà une vraie mise-en-scène de la guerre froide.  Les Yankees se sentaient obligés de protéger Mobutu, bien que l'ambassadeur américain Robert McBride considérait Mobutu et Bomboko comme des incompétents et des irrationnels. 

 

4) La réunion de l'OUA en Kinshasa en septembre 1967 était utile pour les américains  de faire le marketing du Mobutu comme une grande figure de la politique africaine.  Juste avant la réunion, les américains et les belges ont persuadé la Croix Rouge de préparer un projet d'évacuer des rebelles de Bukavu.  Les diplomates belges voulaient améliorer leur position faible avec Mobutu, surtout à cause des soucis du Président congolais que les belges ont soutenu Schramme et Tshombe. 

 

5) Malgré l'alliance belgo-américaine, les américains n'avaient pas de confiance à leurs soi-disant amis européens.  Dean Rusk, le ministre aux Affaires étrangères, pensait que la crise mercenaire était un problème belge au fond.  Cette idée était tout à fait hypocrite.  Les américains ont engagé  les mercenaires en 64!  Il y avait une tension entre les américains et les belges jusqu'au départ des mercenaires (et leurs femmes congolaises - une chose qui échappait aux journalistes occidentaux...) en avril 1968.

 

6) Les américains et les belges ont convaincu Mobutu d'annoncer l'intervention de l'OUA sur la crise des mercenaires le 14 septembre 1967.  L'OUA a invité la Croix Rouge d'assurer l'évacuation.  Je ne peux pas comprendre très bien les motivations de la Croix Rouge, mais il est clair que les délégués suisses du CICR veulent montrer aux gouvernements africains la valeur de l'humanitaire.  En même temps, les suisses considéraient les africains de ne pas comprendre la convention de Genève.  Bref, le CICR était paternaliste vis-à-vis les Congolais.  

 

7) Le Secrétaire Général de l'OUA, Diallo Telli, a pris parti pour Mobutu contre les mercenaires.  Les Gouvernements soudanais et zambien aussi étaient prêts à aider Mobutu de se débarrasser des mercenaires.

 

8) De septembre à la fin d'octobre 1967, les américains et le CICR pensaient que l'évacuation soit possible malgré les petites batailles entre l'ANC et les mercenaires/katangais.  Kenneth Kaunda, le Président de la Zambie, a donné son accord d'accueillir les katangais en exil.

 

9) La décision de Bob Denard d'attaquer le Katanga d'Angola en novembre a étonné Mobutu, les américains, et le CICR. Mobutu et Bomboko ont déclaré que les portugais, les sud-africains, et les partisans du Tshombe travaillaient ensemble.  Le gouvernement congolais a rejetté l'accord de l'évacuation de Bukavu, malgré que Denard a failli complètement.  L'ambassadeur américain à Lisbon ne pouvait pas expliquer pourquoi les portugais étaient si maladroits de permettre l'opération de Denard.

 

10) Schramme, les mercenaires, et les katangais sont entrés en Rwanda le 5 novembre.  Kayibanda détestait ces rebelles comme une menace de la stabilité de son pays.  Puisque des tutsis en exil au Congo ont soutenu les Simba, Kayibanda avait peur de se mêler aux problèmes congolais si proche de ses frontières.  Le Président rwandais a repoussé une démarche américaine d'accepter les rebelles en aout 67.  

 

11) Le gouvernement rwandais, Diallo Telli, et le Corps diplomatique congolais ont décidé d'exiger les katangais et leurs familles de retourner au Congo le 15 novembre 1967.  Je vous enverrai les rapports du CICR.  Bomboko et Telli ont invité des délégués du CICR d’'assister à leur réunion avec les katangais au camp des réfugiés à Cyangugu au Rwanda.  Bomboko et Telli ont dit que les katangais ne seront jamais permis de rester en exil en dehors du Congo.  Ils se fichaient des règlements internationaux sur le rapatriement des refugies.  Les délégués de la Croix Rouge ne pouvaient rien résisté face à la volonté de l'OUA.

 

12) Les katangais sont retournés au Congo et l'ANC les ont envoyés à Irebu, comme on sait.  Le ministre des Affaires étrangères des Etats-Unis Dean Rusk a recommandé son ambassadeur à Kinshasa d'informer Mobutu que si les prisonniers katangais étaient tués, les américains devraient reduire leur soutien militaire.  Mobutu est devenu très fâché à ce propos.  Selon l'ambassadeur américain, Mobutu se sentait insulté par le manqué de confiance de Rusk.  L'ambassadeur a recommandé que Rusk ne parle plus des katangais.  Rusk était d'accord et il a abandonné les katangais de la miséricorde du Mobutu.  

 

12) Mobutu et l'OUA ont convaincu tous les pays de l'Afrique de l'est et le Soudan de ne pas permettre aucun avion de transporter les mercenaires du Rwanda vers l'Europe.  Ni Rusk ni la Croix Rouge ni les belges ne voulaient pas les exécutions des mercenaires.  Voilà une grande différence entre les Katangais et les mercenaires.  Les katangais étaient noirs et ils étaient des sujets du Congo et de l'OUA.  Les mercenaires étaient blancs et ressortissants des gouvernements Occidentaux, dont  la Croix Rouge avait la volonté de  sauver.  Voilà la division raciste de l'action humanitaire qui continue actuellement...Néanmoins, les américains avaient peur que Mobutu soit confus par une intervention militaire en vue d'amener les mercenaires en Europe.  Quant à Rusk, il faillait flatter le Président congolais et Bomboko pour libérer les mercenaires.  

 

13) Mobutu et Bomboko ont joué ce jeu diplomatique avec tant d'habilité...Washington a dû donner la promesse de continuer le soutien militaire et d'influencer les belges dans les négociations sur l'UMHK et les mines.  Quand Kayibanda a décidé de garder les mercenaires contre les avis de Mobutu, Bomboko a rassuré les américains que tous les discours violents du Congolais de punir les rwandais étaient en réalité une mise-en-scène tendant à protéger la réputation du Congo.  Les belges et les français auraient préféré une mission militaire pour libérer les mercenaires, mais les Etats-Unis ont rejetté ce choix considéré comme une option colonialiste  des États Européens.  A la fin, Mobutu a décidé de permettre les mercenaires de partir en avril 1968.  

 

14) La Croix Rouge était frustrée par les ruses de Mobutu de faire durer la crise des mercenaires.  Des délégués suisses du CICR ont demandé à Jomo Kenyatta, au Président du Soudan Azhari, à Julius Nyerere, et au Ministre des Affaires étrangères du Niger de persuader Mobutu d'achever la crise.  Kayibanda a averti la Croix Rouge qu'il était prêt de faire expulser les mercenaires si la Croix Rouge ne trouve pas une solution.  

 

15) Deux mois après les mercenaires sont partis du Rwanda en avril 1968, un délégué du CICR, Georg Hoffmann, est allé à Kinshasa afin de vérifier si les Katangais sont encore en vie.  Bomboko a refusé de voir Hoffmann.  L'ambassadeur du Royaume-Unis à Kinshasa, Joseph Cotton, a dit que Mobutu a tué tous les katangais.  Pourtant, un prêtre Catholique à Irebu a envoyé un message au Nonce Apostolique que les prisonniers vivaient encore.  Je vous envoie ci-joint ce rapport des archives du CICR en Genève.  Je n'ai pas trouvé des informations sur les Katangais à Irebu dans les archives du Ministère aux affaires américaines après décembre 1967.  

 

Bien amicalement,

Dr Jeremy Rich

Department des sciences sociales

L'université de Marywood

 

 

 

 

 

 

 

 

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