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Publié par Norbert X MBU-MPUTU

LES CONGOLAIS 4.0 : THANIA LINGOSA – LA FORCE DE L’ACTION ET LA FORME DU CHANGEMENT.

NORBERT X. MANCHESTER (Royaume-Uni), 9 janvier 2019. THANIA LINGOSA. C’est elle. Bariolée des lunettes classiques mi-savantes, elle fait vite penser à un Jean-Paul Sartre au féminin. 16196010_10209468306397100_7879731173415909224_nMême si l’habit ne fait pas le moine, mais permettent de distinguer les moines par leurs ordres des monastères, les photos de Thania sur la toile, malgré son éternel sourire, démontrent qu’elle est une femme de caractère, déterminée ou mieux focalisée sur l’essentiel, comme le sont nombreuses de nos dames. L’apparence peut tromper, mais non pour les initiés. Nous sommes des amis sur Facebook. Je ne saurais dire depuis quand. Nous avons des amis communs et Facebook en a fait son affaire. Comme toujours. Avec nos clics, certes. Ce n’est pas la raison d’être de ces lignes. C’est ailleurs. Quelques fois je me laisse berner et bercer par ces contributions en ligne dont souvent des vidéos de quelques minutes seulement. Elle inspire et fait aspirer vers le haut, vers le mieux qu’hier. C’est une autre race d’être Congolais. Sincèrement. Elle a inauguré où personne ne l’avait fait avant elle : elle avait mit et avait réussi à jeter un pont entre le virtuel et le réel congolais. C’était un pari congolais. Un pari congolais gagné…

Il est dit qu’il existe mille et une façons de changer le monde ou son monde ; mais qu’il faudra choisir la sienne. C’est ce qu’elle a fait et qui inspire.

ROSSY MUKENDI. Nous sommes le 25 février 2018. Depuis quelques semaines et quelques mois, l’opinion congolaise vibre entre les « wumelistes » (du verbe Lingala « ko-wumela » : demeurer ad vitam aeternam, d’où l’impératif « wumela !») et les « yebelistes » (du verbe Lingala « ko-yebela » : se souvenir, prendre conscience que tout a une fin, d’où l’impératif « yebela ! »). Une vraie guéguerre autour du président Joseph Kabila, au pouvoir depuis dix-sept ans, que ses partisans voudraient, lui-même compris, qu’il s’éternise au pouvoir « puisqu’ayant encore une réserve et un stock de compétences », dixit un « wumeliste », pour le Congo pour qu’il est passionné, et les « yebelistes » qui rappelait au président d’avoir en mémoire et de méditer la façon avec laquelle l’autre « wumelard », le maréchal Mobutu l’avait abandonné malgré ses 32 ans au pouvoir pendant 32 ans. Il faudra changer la constitution. Car, si le Rwanda, le Congo-Brazzaville et d’autres bourgs l’ont fait, pourquoi interdire aux Congolais ce cadeau de changement de la constitution et permettre son président, arrivé au pouvoir jeune, de mourir aussi au pouvoir.

Sauf qu’au Congo, la constitution et les constitutionnalistes sollicités jadis par ce même pouvoir pour rédiger cette nouvelle constitution, malins, avaient verrouillée certaines dispositions comme celui relatif au mandat présidentiel. Très peu des troubadours et des thuriféraires du régime l’avaient remarqué à l’époque. Pour ne pas dire aucun, aveuglés par le désir du pouvoir et d’être autour de la mangeoire. Certes, c’est un autre sujet.

Mais, là aussi, avec cette guéguerre désormais, les constitutionnalistes et les théoriciens offrirent un spectacle désolant en la matière. Dieu merci qu’il n’eut qu’un seul dénominateur commun qui ne trompait pas : la misère de la population et sa paupérisation que ni les fameux cinq chantiers du président, encore moins sa révolution de la modernité, n’étaient venues éradiquer. La fameuse belle idée qu’était la ferme tant vantée de Bukanga-Lonzo a fermé sans un seul épi de maïs, disent les mauvaises langues. Soit. Mais, en cette matière, peu de pouvoir s’adonnent à une remise en question. Celui à Kinshasa n’en fait pas exception.

Comme dans ces genres des choses, certains des fils du pays démontrent qu’ils sont leurs têtes au-dessus des épaules ; ils sont des vertébrés. Dieu merci qu’ils existent encore et toujours quelque part. Ils décidèrent de ne pas se laisser faire. Notamment les Laïcs catholiques. Ils se décidèrent de mener des actions non-violentes pour contraindre le président Joseph Kabila à ne pas changer de constitution.

LES MÉDIOCRES. Ce 25 février 2018, des paroisses catholiques, décident d’organiser des marches pacifiques après les messes du dimanche. Les réseaux sociaux fonctionnent à merveille. C’est la troisième marche contre le pouvoir. Comme toujours des prêtres sont humiliés, certains marcheurs sont déshabillés, nombreux porteront encore des séquelles de ces actions du pouvoir. Hélas…

Dans la paroisse catholique Saint Benoît de la commune de Lemba, un jeune activiste, qui ne passe pas inaperçu, surtout s’arborant toujours avec son pancarte avec cet écriteau célèbre : le peuple gagne toujours. Des échauffourées contre la police arrivée sur place. Des tirs de gaz, des jets de projectiles. La vidéo actuellement en ligne montre l’instant fatidique. Rossy Mukendi Tshimanga. 25 ans et père de deux enfants. Il est non armé. Il tente de sauver ce qui peut l’être. Alors qu’un chacun tente de se mettre à l’abri, Rossy sort pour fermer le portail de la paroisse ainsi empêcher les militaires armés et colériques d’y faire irruption. C’est en ce moment précis qu’une balle tirée par un militaire atterrit sur lui. Il saigne. Il est vite récupéré par d’autres qui le traînent dans l’église avant de l’évacuer vers un centre de santé. Il succombera !

Avant lui, le 21 janvier, ce fut une jeune-fille dont le papa est militaire, une aspirante à la vie religieuse, qui fut aussi atteint d’une balle réelle à Saint François de Salles à Kintambo. Elle n’était pas armée, elle aussi. Thérèse Dechade Kanpangala. C’est son nom.

Choqué, le Cardinal Laurent Monsengwo de Kinshasa n’a pas mâché ses mots pour qualifier ces maux : des médiocres doivent dégager pour que règne la paix. Depuis lors, ceux le vilipendant pour avoir usé ce concept se démontrent au fait l’incarner au propre comme au figuré.

Revenons donc à Rossy Mukendi. Rossy Mukendi ainsi assassiné froidement « sur la terrasse de son destin », lui chez qui sur « la carapace de sa peau les balles ont trouvé un rempart », pour reprendre ces vers d’un poète célèbre Congolais. La toile s’enflamme à son sujet. Un mort de trop.

THANIA LINGOSA. Mais, dans ma méditation et le silence, une conscience décide de prendre les choses d’où on les attendrait le moins : il faut soutenir financièrement nous-mêmes la famille du désormais martyr qui a laissé une femme et deux enfants. Le papa de Rossy Mukendi mourra, quelques mois après. Le deuil de Rossy a eu un impact sur le vieil homme.  Surtout le non-respect à son cercueil le jour de son enterrement par, encore une fois, les bourreaux, agissant comme les sorciers de chez nous qui, après avoir envoûté un mort, le poursuivent ou doivent l’accompagner jusqu’à sa tombe y exécuter des rituels magiques pour éviter à ce que son esprit ne revienne les rechercher. Ce sont des choses vécues hier ou avant-hier, mais personne ne pensait et n’imaginait encore les revivre ! Nou sn’avons plus que nos mots et nos larmes pour exprimer notre désenchantement. « Que l’on soit grillon ou cancrelat, on doit s’attendre su même sort reservé à tous les insects », professons-nous à l’encontre de ces « wumelistes ». Soit !

Elle donc, c’est notre Thania Lingosa.

 

Elle fait un pari. Un nouveau pari congolais. Thania poste alors une vidéo de quelques minutes sur sa page Facebook et lance un appel pour une contribution des fonds. C’est la première ou l’un de premières initiatives du genre depuis que je lorgne notre propre communauté depuis bientôt deux décennies. Ce sont des choses où les sociologues du Congolais vous diront : elles ne marcheront jamais ! Et pourtant !

Thania, au fait, vient briser un mythe, le mythe des Congolais qui ne contribuent pas et ne mettent pas la main dans les poches lorsqu’il s’agit d’une bonne cause. Elle ne fait pas de grands speechs pour son action. Elle utilise des mots simples que tous comprennent, parole de femme, parole d’une mère. Elle est et vit dans la diaspora. Or, celle-ci depuis quelques années est peuplée des combattants et/ou des résistants. Elle fait parler d’elle à sa manière. Elle « muntakalise » (du verbe « muntakaliser » issu du substantif Lingala « muntakala » : nue, sans habits) depuis que le sieur She Okitundu se soit vu inaugurer la fatwa à partir de Londres. Depuis, la frustration est de mise. Surtout que d’autres mots nouveaux sont venus en ajouter au premier : « lumbe-lumbe », « mwete-mwete », « ingeta ». Des cris de guerre ou de ralliement dans l’action. Les musiciens, les pauvres, en payent les pots cassés : plus aucun concert depuis bientôt quinze ans ! Que de manque à gagner !

Elle aussi, Thania, elle est une combattante ou une résistante, depuis que tout Congolais de la diaspora n’a de choix que de se voir dépeindre pour tel notamment par le pouvoir de Kinshasa au motif connu. Thania l’est aussi mais en sa manière. Comme de la blague, les contributions pleuvent et se succèdent. Surtout qu’en ligne, elle en ajoute plus à quelque chose qui n’est pas trop Congolais, au fait ce que je classais dans ce que j’appelais dans un néologisme être la « congolitude » ou ce qui fait le Congolais d’être congolais, le moi congolais : Thania en ajoute la transparence. Ce n’est pas Congolais. Ne posez pas la question de savoir où sont allés les fonds collectés pour le fameux « imperium » ! Ouf… Ne demandez nullement à une femme allée au marché de vous montrer les justifications des fonds qu’elle avait amenés. Ce qui fait l’homme (congolais), c’est la profondeur de sa poche, et ce qui fait la femme (congolaise), c’est ses rondes ! « Mwasi-mwasi se nzoto, mobali-mobali se poche ». Il parait que la chose proviendrait de nos forestiers depuis qu’une association de jadis des forestiers avait envahit l’espace national avec ses « moziki cent kilos » ou « sans culottes », c’est l’évangile selon ! Soit.

Thania révolutionne. C’est curieux. Un chacun sait voir ce qui tombe dans les caisses virtuelles. Sans trop d’explications et de complications. C’est du neuf. Et, quelques semaines après seulement le lancement de l’opération, alors qu’elle avait mis un cap de 20.000 dollars américains, elle est obligé d’arrêter car, les montants dépassent ce cap. Elle invite les uns et les autres à arrêter désormais. Elle les remercie. Elle arrête son action.

Il faut alors prendre contact avec la famille et surtout avec Facebook pour que les fonds deviennent réels. Là aussi, elle ne résigne pas sur les moyens et sur les tours et détours et contours comme en savent seules les faires nos dames lorsque décider de changer le monde autour, surtout celui de leurs hommes. Facebook complique. On ne sait jamais. Thania ne baisse pas les bras. Elle fournie preuves et justifications et documents, alors que tous les contributeurs retiennent leurs souffles. Elle appelle au calme et communique et surtout, d’une pierre deux coups, elle prend contact aussi avec la famille de l’illustre disparu, qui, pour le moins que l’on puisse imaginer, n’est ni la famille biologique de Thania, encore moins de la même coterie tribale qu’elle. Les noms de chez nous disent tout. Puis, Dieu merci, l’atterrissage des fonds se fait sans problème : les fonds atterrissent chez les intéressés avec des images et des vidéos de réception à l’appui.

RIDEAU. Thania Lingosa retourne alors dans son quotidien comme une tortue dans sa carapace. Sans une médaille de mérite de la communauté, encore moins sans des pages publicitaires ou des jets de pierre ou des « mabanga » ou dédicaces encombrant désormais les chansons de notre belle rumba congolaise, des « mabanga » que raffolent les nombreux leaders de sauvetage congolais, ces messieurs sans qui la vie s’arrêteraient (bango bato bazosala que tozala), surtout ceux-là dont on dit être des SDF (sans difficulté financière), mais non répertoriés dans aucun classement Forbes ! (Ce pays a des problèmes et des problèmes très sérieux, sans blague… rien qu’à répertorier les « mabanga » on tombe dans un phénomène de société dans une société congolaise de phénomènes non-pseudo phénomènes, des messieurs en mal d’être, en quête d’avoir et de paraître : Huitième merveille, Étage ya suka, FMI, Le Haut sommet, Hymne national, Mopao, Souverain premier, Quai d’Orsay, Terminal A, Bill Gates, Le Grand Saoudien, Bernadette Masengo, Ya mokolo oleki bango, Muntu Mukwabo, Bakala dia kuba, Cent pour cent stars, Mangokoto, Grand-prêtre, Grand-prêtre-mère, Le roi de la forêt, Le roi de Masatomo, Le reine du Mutwashi, La Cléopâtre, Grand-maître, Seigneur Ley, L’éléphant, Héros national, Le bourgeois gentilhomme, L’homme moderne, etc.).

Quant à notre THANIA LINGOSA, nous avons décidé qu’elle doit trôner désormais sur notre liste de ces Congolais 4.0 : des Congolais changemakers, ceux du nouveau pari-congolais 4.0. Ces bâtisseurs du Congo d’aujourd’hui, un Congo par-delà les clivages idéologiques et les alliances politiques et « politicailles », les fanatismes tribaux et « cotériques » acceptant parfois même l’inacceptable et tolérant le moralement public ignoble et l’éthiquement privé incongru, un Congo par-dessus tout !

Et, ce Congo existe.

C’est certes un choix peut-être plus personnel qu’une élection communale au soufrage universel direct au premier degré avec une machine à voter ou non, à proclamer par une Commission Électorale Nationale Indépendante ou non, après validation par une Cour Constitutionnelle sans appel. Loin de là ! Et, comme avec toute anthologie, ma liste peut pécher parfois par son caractère subjectif et sélectif.  N’empêche !

Norbert X MBU-MPUTU

Journaliste, écrivain, cinéaste et chercheur en anthropologie et en sociologie

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