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Publié par Samuel Malonga

Bandoki na bondoki (les sorciers et la sorcellerie)

 

En Afrique en général et au Congo en particulier, la sorcellerie constitue une des tares léguées par la société traditionnelle. Cette pratique irrationnelle est enracinée dans l’existence même de l’Africain depuis toujours. Il semble que chaque famille a ses propres sorciers.  Ceux-ci sont les dépositaires d’un pouvoir maléfique parfois héréditaire qui leur permet  de nuire, de détruire et de donner la mort de façon mystérieuse.  Les envoûteurs n’opèrent que dans le silence de la nuit. Ils ont leurs marchés, font des paris ou des tontines et se réunissent pour décider du sort de leurs victimes. Ces escadrons de la mort ne se déplacent qu’en avion mystique. Grâce à ces jets privés invisibles, les initiés peuvent parcourir de grandes distances pour accomplir leurs forfaits. Leur mode opératoire est plusieurs fois révélé par les repentis dont les témoignages sont jusqu’à ce jour les seules  preuves matériels de l’existence de ce monde irréel  Les sorciers tuent le plus souvent par étranglement. L’ensorcèlement leur permet de jeter le mauvais sort pour rendre les gens malades. Lorsqu’elles meurent, les victimes sont paraît-il mangées comme les prédateurs dévorent leurs proies.

 

On trouve des mots spécifiques  édictés par les églises de réveil pour désigner la sale besogne des ensorceleurs. On parle de blocage, attaque, moto na misala, ntaba ya bonane etc. Si le suppôt de Satan sur terre est qualifié de nkadiampemba par les Bakongo, les kinois ont une panoplie des mots pour désigner ces malfaiteurs difficiles à identifier. Dans le jargon de la capitale, ils sont appelés ndoki, ntsor, ntshor, sorodiongo, soro.

 

Cette réalité se transpose aussi dans la vie d’une nation lorsque les gouvernants mènent la vie dure à leur propre peuple. Dans bien des cas, les dictateurs ont tous les attributs des sorciers mais en pire vu le nombre élevé de leurs victimes. Lorsque le peuple est devenu prisonnier, lorsque le pays est transformé en un bagne où les gens travaillent sans être payés et pire encore lorsqu’il est devenu un abattoir à ciel ouvert, la sorcellerie politique n’est alors plus à démontrer. Le cycle infernal et  ininterrompu de la répression sanglante est aiguisé par la soif effréné du pouvoir personnel. Celui-ci à l’instar des sorciers n’a pas d’état d’âme au contraire il sème la mort, installe la peur, établit la désolation et alimente l’insécurité pour la multitude. Aussi curieux que cela puisse paraître, la similitude est frappante entre l’actualité au Congo et ce qui se passe dans les familles rongées par la sorcellerie.

 

Ce thème a d’ailleurs été abordé dans la musique congolaise. Nous avons sélectionné des hits dont certains sont chantés en kikongo. Pour en avoir le cœur net, écoutez les chansons de Luambo Franco : Bandoki kabasala ye nkenda ko (les sorciers n’ont plus de pitié), Luvumbu ndoki (Luvumbu le sorcier), Kimpa kisangameni (le mystère est accroché [au ciel]) puis celles de Freddy Mayaula et de Teddy Sukami qui portent le même titre : Bondoki (la sorcellerie).

 

 

Samuel Malonga

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Simba Ndaye 07/02/2018 14:51

Merci beaucoup Sam.

Samuel Malonga 06/02/2018 09:05

Cher Simba Ndaye,
Luambo a chanté ces chansons en kokongo peut-être pour bien extérioriser sa pensée., pour bien dire ce qu'il voulait réellement dire. Peut-être voulait-il aussi interpeler les sorciers eux-mêmes. Beaucoup vivaient dans des villages et maîtrisaient plus le kikongo que le lingala.

Simba Ndaye 02/02/2018 23:44

Sam,
Outre le fait qu'il était lui-même Kongo, y' a-t-il une autre raison qui explique le fait que Luambo ait composé toutes ces chansons sur les sorciers et la sorcellerie exclusivement en kikongo?
Simba Ndaye.

Ja Ben 06/02/2018 22:47

Luambo Franco chantait les faits de societé et denoncait certaines depravations des moeurs, en y ajoutant une bonne dose d'humeur et d'humour pour faire marrer meme les vrais sorciers.

Sur les sorciers, il n'a fait que des chansons en Kikongo sans doute parce qu'il maitrisait bien cette langue et connaissait tres bien le grand milieu Kongo, dont il etait issu de par sa mere ( Tetela de pere ).
Ce n'est pas sans risques de s'attaquer a des gens qui ont des pouvoirs nuissance.
Mais Franco etait sur de se faire mieux comprendre dans le milieu Kongo, qui etait aussi sa base ethnique (jusqu'a la fin des annees 60, les Bakongo etaient majoritaires a Kinshasa, et le Kikongo se parlait encore a Kindele et Kimwenza).

Aussi, chez les Bakongo a Leo (Kin), le village, les trucs du village, la tribu, c'est juste a cote'. A la difference des Mongo, Baluba, Bashwahili ou des gens de Bandundu.
Beaucoup de gens de Kin, comme Franco, ne savaient pas ce qui passent loin dans les villages du Kasai, du Katanga ou du Maniema.
Au Kasai, par exemple, le Mupongo (sorcier) ou le Mukishi (demon) est toujours quelque part, dans la nature, les dictons et les injures.
Un comportement bizzare (mupongo), la foudre qui terrasse un passant (mupongo), attention les enfants sur les bonbons et gateaux d'une personne inconnue qui se transforment en viande une fois dans la bouche (signe que vous etes devenus vous-aussi un mupongo), un etre nocturne volant qui degage le feu par derriere (le vrai mupongo, par definition).

Ja Ben.

Ja Ben 01/02/2018 20:17

La chanson Bondoki 1er, c'est Zaiko Langa Langa ou Isifi Lokole.
En tout cas, le chant est a la frontiere Zaiko-Isifi. Un peu comme Semeki Mondo (le dernier tube d'Evoloko dans Zaiko), et puis le cri Cavacheuuh.
Mais, on y entend aussi du Isifi comme Otess eh, Oyese eh (Otiss Koyongonda).

A la mort de Franco, je m'etais dit qu'on attendra tres longtemps pour avoir un musicien traditionnel Kongo comme Luambo Makiadi Franco Ya Fuala.

Malafu ma nsamba mu francais keti nki.
-Vin de palme.
Ah beleki eeh, A bu lungwil' eeh
-Ecoute-moi.
Kelika Ya Fuala, sala kisalu.

Ja Ben.

Blondé 30/01/2018 15:44

Ah! La sorcellerie. "Je mets devant vous le bien et le mal. Je vous conseille de faire le bien"c'est que les écrivains bibliques ont laissé de la par de Dieu disent-ils. En fait, la sorcellerie n'est pas l'apanage de l'Afrique. Elle se trouve partout sur la planète terre. Elle vient de Dieu en ce sens qu'il n'y a pas de pouvoir en dehors du Tout Puissant. Le pouvoir divin est comme un couteau de table. Tant qu'il ne sert qu'à découper les fruits et la viande dans la sauce, il est un instrument. Mais, si dans un accès de colère, quelqu'un éventre son voisin de table, le même couteau devient une arme, l'arme du crime. Ailleurs hors d'Afrique, la sorcellerie porte d'autres noms. On parle souvent de magie "noire" etc. Pour ce qui concerne le déplacement du sorcier c'est quelque chose qui s'explique simplement. Dans le monde invisible, l'espace et le temps n'existent pas. Avec un certain exercice approprié, il suffit de penser qu'on est en tel lieu et on s'y trouve effectivement. Le pouvoir divin existe et est palpable. Il reste à se décider de l'utiliser dans tel ou tel sens. Si en occident on l'acquiert par l'étude et la pratique, nos ancêtres transmettent le pouvoir par des initiations ou avec diverses potions. Une fois, dans mon village, un homme réputé sorcier a dit qu'ils (les sorciers du village) ont une usine de fabrication d’ustensiles en plastique et s'engage à la rendre visible à l’œil nu. Mais le lendemain de cette déclaration publique, il trouva la mort de manière mystérieuse. La sorcellerie est un fait réel. Pour les chansons congolaises dénonçant ce phénomène, je voudrais savoir si BANDOKI BA PROFITER de l'orchestre Afica Mode Matata sortie aux éditions populaires(n° 139) en fait partie?