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Publié par Samuel Malonga

 

Traduction de « Mokolo nakokufa », de Rochereau, par Samuel Malonga.

 

 

Mokolo nakokufa (le jour où je mourrai)

 

La chanson est sortie en 1966 sous le label Flash-Rochereau chante. L’idole d’ébène y aborde le thème de la mort. Lors d’une interview accordée à la RNTC à Kinshasa, Rochereau affirme que c’est la rébellion dans la partie Est du Congo qui lui a inspiré Mokolo nakokufa. Ces troubles ont coûté la vie à des centaines des milliers des civils et à plusieurs officiers supérieurs de l’armée dont les corps étaient ramenés nuitamment à Kinshasa.

 

Avant de coucher son texte, des questions hantent l’artiste. A quoi penserait pour la toute dernière fois une personne avant de quitter ce monde et de s’en aller pour toujours alors que s’écoulent lentement mais sûrement les dernières minutes de sa vie terrestre? Quelle est la dernière question qu’elle se poserait alors que la fin approche et que le grand départ pour l’éternité est inéluctable? Devant cette réalité troublante, Rochereau imagine différents scénarios des personnes appartenant à diverses couches sociales mais toutes en partance pour le royaume des ancêtres au moment où dans leur solitude elles font face à l’inévitable. 

 

Profondément émouvant, la chanson connaît un succès fulgurant au Congo et au-delà des frontières nationales. La mort a fait danser et les mélomanes ont dansé autour d’elle comme pour la défier. Mokolo nakokufa serait vendu à plus d’un million d’exemplaires. C’est, selon certains, le tout premier disque d’or obtenu par un musicien congolais. En décembre 1970, l’orchestre African Fiesta National se produit sur la scène de l’Olympia. Le titre figure dans le répertoire du groupe. Il y est exécuté devant une foule en délire.

 

Mokolo nakokufa a marqué à jamais les annales de la musique congolaise moderne car avec ce titre Rochereau et Faugus ont introduit la guitare mi-solo. Une révolution ! Mais en réalité à qui revient sa paternité ? Wendo, Faugus ou Rochereau comme gravé sur le disque ? Pour lever la polémique, Le Bagata écrivit dans son livre-souvenir que cette chanson avait été inspirée par les mamiwata (sirènes) qui paraît-il sortaient de la rivière Kalamu pour danser en compagnie des Kinois chaque fois que cette chanson était jouée au bar Vis-à-vis.

 

Le chef d’œuvre a connu plusieurs adaptations. Les plus révélatrices sont celles de Sam Mangwana et de Pegguy Tabu, son fils, chantée en duo avec Koffi Olomidé.

 

 

 

Mokolo nakokufa (le jour où je mourrai)

 

Mokolo mosusu ngai nakanisi

Un jour je me suis  mis à penser

Naloti lokola ngai nakolala ah mama ah ah

J’ai rêvé comme si je m’endormais

Mokolo nakokufa

Le jour où je mourrai

 

Mokolo nakokufa nani akolela ngai?

Qui va me pleurer le jour où je mourrai?

Nakoyeba te o o tika namilela

Je ne sais pas, laisse-moi me plaindre sur mon sort

Liwa ya zamba soki pe liwa ya mboka?

Une mort dans la forêt ou au village ?

Liwa ya mpasi soki mpe liwa ya mayi o mama ah ah

Une mort pénible ou une mort par noyade

Mokolo nakokufa

Le jour où je mourrai

 

 

Mokolo nakokufa ngai motu ya pauvre

Le jour où je mourrai moi homme pauvre

Nakanisa Ida muasi oyo nabala

Je penserai à Ida la femme que j’ai épousée

Nakanisa kaka ban’oyo nabota

Je penserai seulement aux enfants que j’ai eus

Nasepela kaka mpasi ya mokili ezali kotikala

Je me réjouirai de laisser derrière moi les souffrances d’ici-bas

Mokolo nakokufa

Le jour où je mourrai

 

Mokolo nakokufa ngai motu ya mbongo

Le jour où je mourrai moi homme riche

Nakanisa falanga mingi oyo natiki

Je penserai à l’immense fortune que je laisse

Nakanisa lopango na bakaminion

Je penserai à ma parcelle et aux voitures

Nakanisi bana ngai natinda na Poto mama ah ah

Je penserai à mes enfants que j’ai envoyés en Europe

Mokolo nakokufa

Le jour où je mourrai

 

Mokolo nakokufa ngai motu ya kuiti

Le jour où je mourrai moi le soulard

Nakanisa kopo ya masanga na ngai

Je penserai à mon verre de bière

Nakanisa nini kaka suka ya sanza

Je penserai seulement à la fin du mois

Tango namelaka ngai na baninga ah mama ah ah

Lorsque je trinquais avec des amis

Mokolo nakokufa

Le jour où je mourrai

 

Mokolo nakokufa ngai muasi ya ndumba

Le jour où je mourrai moi qui suis prostituée

Nakanisa nini kaka perruque na ngai

Je penserai seulement à ma perruque

Nakanisa nini kaka bilamba na ngai

Je penserai seulement à ma garde-robe

Nakolela kaka African Fiesta etikala mama ah

Je pleurerai seulement l’African Fiesta qui me manquera

Mokolo nakokufa

Le jour où je mourrai

 

 

Paroles

Guitare

Guvano garçon repère-toi

 

 

Mokolo nakokufa nani akolela ngai?

Qui va me pleurer le jour où je mourrai?

Nakoyeba te o o tika namilela

Je ne sais pas, laisse-moi pleurer sur mon sort

Liwa ya zamba soki pe liwa ya mboka?

Une mort dans la forêt ou au village ?

Liwa ya mpasi soki mpe liwa ya mayi o  mama ah ah

Une mort pénible ou une mort par noyade

Mokolo nakokufa

Le jour où je mourrai

 

Mokolo nakokufa ngai motu ya kuiti

Le jour où je mourrai moi le soulard

Nakanisa kopo ya masanga na ngai

Je penserai à mon verre de bière

Nakanisa nini kaka suka ya sanza

Je penserai seulement à la fin du mois

Tango namelaka ngai na baninga ah mama ah ah

Lorsque je trinquais avec des amis

Mokolo nakokufa

Le jour où je mourrai

 

Mokolo nakokufa ngai muasi ya ndumba

Le jour où je mourrai moi qui suis prostituée

Nakanisa nini kaka perruque na ngai

Je penserai seulement à ma perruque

Nakanisa nini kaka bilamba na ngai

Je penserai seulement à ma garde-robe

Nakolela kaka African Fiesta etikala mama ah

Je pleurerai seulement l’African Fiesta qui me manquera

Mokolo nakokufa

Le jour où je mourrai

 

Mokolo nakokufa (7x)

(Sanglots)

Le jour où je mourrai

Commenter cet article

Blondé 01/09/2017 11:31

Merci Messieurs Malonga et Messager d'avoir apporté des précisions à ma préoccupation. Et j'ai aussi souris en me disant quelles bêtises les gens nous racontaient! Encore je vous demande une autre précision cette fois à propos de la chanson LOLA MUANA. La phrase LOLA YA MOKE a été traduite par LOLA JUNIOR. Je voudrais savoir si le mot junior ici recouvre le sens de petit (comme mon petit enfant) ou MOKE serait la traduction de Junior un prénom qui existe aussi du genre PETER en anglais pour PIERRE? Salut à vous je vous reste éternellement reconnaissant.

Messager 01/09/2017 11:43

Blondé,

Moke signifie, petit, peu selon les circonstances. Dans le contexte de la chanson Lola muana, Moke signifie Lola Junior ou Lola fils de Dindo yogo.

Messager

Pedro 31/08/2017 19:28

Il nous faut entretenir les mythes autour des personnes de talent et des hommes politiques. Notre maître en 3ème Primaire ne cessait de nous raconter cette histoire où Kasa-vubu est entré dans une bouteille pour impressionner les belges à la Table-ronde. Disparaissant de la bouteille, il s’est assis sur la table et quand il a repris sa place sur la chaise, comme il faut, ses fesses laissèrent les inscriptions « indépendance » sur la table, en lettres dorées. Suivez la description minutieuse. Puis, Lumumba a envoyé un OVNI qui vomissait du feu. D’ailleurs, ce sont les portugais d’Angola que Lumumba a terrorisés le plus. Un garçon a laissé échapper un pneu avec lequel il jouait et toute une localité angolaise a fui pour se cacher qui dans sa maison, qui dans son atelier et qui dans son petit magasin. C’est Lumumba, dit-on, qui se déplaçait dans ce pneu sans jante.

Blondé 30/08/2017 12:34

Monsieur Samuel Malonga,
concernant cette chanson, nous avons spéculé ici longtemps. Une information disait (même toujours) qu'à cette époque, Rochereau serait plutôt guitariste et non chanteur. Et que c'est justement le jour de la présentation de mokolo na kokufa, que le chanteur (celui qui devait chanter?) tombe malade. Il était donc question de le remplacer et Rochereau se serait essayé à la tâche. Le texte étant réussi avec brio, Tabu Ley est devenu ainsi chanteur. Aujourd'hui à la faveur de cette traduction, je voudrais en savoir exactement. Merci et du courage.

Messager 31/08/2017 15:39

Blondé

Tu peux trouver de plus amples détails sur le guitariste Guvano à travers cet article
http://www.mbokamosika.com/article-paul-guvano-hier-chouchoute-aujourd-hui-ignore-37386423.html

Messager

Samuel Malonga 30/08/2017 16:01

Cher Blondé,
J'ai souris en lisant ce qui se disait autout du seigneur Ley en Côte d'Ivoire. Rochereau a toujours été chanteur et jamais guitariste. Il a débuté officiellement sa carrière en 1959 au chant auprès de Grand Kallé son mentor. Il avait 19 ans à l'époque. Sa toute première composition fut Kelia. Un succès. Son timbre vocal a suscité bien des vocations. Papa Wemba déclara un jour qu'il avait la chair de poule lorsqu'il entendait la voix de Rochereau. Il a chanté pendant plus de 40 ans.

Angelilie 30/08/2017 01:36

un beau blog. un plaisir de venir flâner sur vos pages. une belle découverte et un enchantement.N'hésitez pas à venir visiter mon blog (lien sur pseudo)
au plaisir

Simba Ndaye 30/08/2017 01:10

Deux choses, essentiellement sur la forme et le contexte. Longtemps, dans les années '60, dans l'African-Jazz, ensuite l'African-Fiesta et plus tard l'African-Fiesta Sukisa, le doigté de Nico Kasanda a été unanimement considéré (et à juste titre) comme inégalé et inégalable. A la sortie de Mokolo na ko kufa, beaucoup de mélomanes avertis se sont frotté les oreilles en écoutant les envolées de Guvano, surtout la partition de roulement avec les doigts cassés que Dr Nico semblait seul posséder. Cette technique, courante dans la musique tsigane et le flamenco sud-américain, n'était pas très usitée en Afrique. Kasanda, lui,la maîtrisait à merveille. Et voilà que Guvano semblait marcher sur les traces du > de la guitare congolaise. En même temps que le texte, incroyablement inspiré de cette, son orchestration a également confiné au sublime. Pour qu'une chanson traverse les âges, il faut le savant alliage des deux ingrédients: texte et musique. En cela, cette œuvre de Tabu Ley est un authentique chef d’œuvre. Deuxième et dernière (petite) observation: moi aussi, je pense que Rochereau dit: Guvano dans son répertoire. Bravo Sam...

Ngimbi Kalumvueziko 29/08/2017 23:18

La traduction française de cette phrase "Naloti lokola ngai nakolala ah mama ah ah" n'est pas aisée. La preuve en est que Messager fait trois tentatives sans vraiment s'accrocher à une seule. Pour ce qui est d'abord du titre de la chanson " Mokolo na ko kufa ", je pense qu'il faudrai faire simple en traduisant par "Le jour de ma mort". La chanson devrait être comprise comme le rève fait par Tabu Ley dans le sommeil où il saisit les pensées, presque des regrets, des personnes de conditions differentes ( un riche commerçant, une femme "libre" élégante, un adepte de Bacchus, ...) face à la mort. Chacun regrette d'abandonner ce qui le tenait à coeur, ainsi l'homme riche qui ne pourra plus envoyer ses enfants aux études en Europe, l'éleégante femme " libre " qui devra abandonner ses luxueux vêtements et peruques, l'adepte de Bacchus qui ne pourra plus se retrouver avec ses compagnons dans soirées bien arrosées, ... Comme le tout se déroule dans un rève, je propose de traduire " Naloti lokola ngai nakolala ah mama ah ah par " " J'ai vu dans mon reve ".

Samuel Malonga 30/08/2017 00:13

Le titre "Le jour de ma mort" m'avait tenté, Je l'ai abandonné car en lingala il se traduirait par "Mokolo ya liwa na ngai". Enfin, c'est la même chose ou presque...

caman S. 29/08/2017 19:48

Je salue les multiples interventions de nos fidèles amis dont S. Malonga qui sont souvent pertinentes. Dans "le jour où je mourrai", j'ai cru entendre ... Guvano dans son repertoire! Quelqu'un d'autre aurait pu entendre autre chose. Ceci n'a pas but de susciter une quelconque polémique.Une fois de plus, merci pour ce travail de mémoire ... gigantesque.

Roger MUSHIJU 30/08/2017 23:04

Je suis du même avis que Nyanguila :Guvano dans son répertoire

nyanguila 29/08/2017 23:14

Cher Caman S,dans"Guvano garçon repère-toi",le seigneur"Roch"voulait faire entendre au docteur Nico que:"malgré ton départ,j'ai trouvé quelqu'un qui a comblé ce vide"!Car de Rochereau,lui-même,le docteur Nico ne cessait de l'étonner par sa façon de manier la guitare!Cette magie de la guitare l'avait fortifié dans la continuation pour la musique.Enfin,merci au Messager,Samuel Malonga et Pedro pour leur engagement dans ce long travail,et cette chanson,pour ceux de la dite génération,peut rappeler les débuts du"nouveau régime"et ceux de la nouvelle boisson dite"bière Skol"!Bien à vous.

messager 29/08/2017 19:39

Comme l’a si bien relevé Samuel Malonga, « Mokolo nakokufa » fait partie des œuvres mythiques de la chanson congolaise, avec un rayonnement national sans précédent. Lorsque cette chanson est sortie, j’avais eu l’impression que tout le monde s’y retrouvait. Chacun était concerné par une part de cette chanson.
C’est pourquoi, je suggère à Samuel la traduction suivante de « Naloti lokola ngai nakolala ah mama ah ah », qui est à mes yeux la phrase clé de la chanson, par : « J’ai rêvé comment je dormirai » ou bien « J’ai rêvé comment mon corps sera exposé » ou enfin « J’ai rêvé comment je serai étalé ». Car par « kolala », l’auteur sous-entend « mourir » et l’exposition du corps au public.

Messager