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Publié par PEDRO

Frantz Fanon, le Revolver Afrique et l’Angola

 

Je vous préviens : le titre ci-haut est plus éloquent et plus prometteur que les commentaires qui constituent le texte ci-dessous. Mais je vous conseille de lire tout de même.

 

1. Le plus grand révolutionnaire du XXème siècle

 

En 2008, le célèbre et médiatique sociologue angolais João Paulo Nganga publia un ouvrage de 296 pages, format presque A4, intitulé Le Père du Nationalisme Angolais. C’est le premier volume d’une biographie d’Álvaro Holden Roberto à la première personne, de sa naissance en 1923 jusqu’en 1974, c'est-à-dire la fin de la lutte de libération nationale contre le Portugal. L’ouvrage contient d’innombrables photos où l’on voit Holden tour à tour avec presque tous les leaders africains de l’époque, de Patrice Eméry Lumumba à Kwame Nkrumah. Mais, surprise, il y a au moins quatre photos de Frantz Fanon : sur les pages 72, 74, 126 et 128. La légende de la photo sur la page 126 dit : « Frantz Fanon, le plus grand révolutionnaire du XXème siècle, 1925-1961. ». (Remarquez que Lumumba est aussi né en 1925 et mort en 1961. Il y a un lien entre l’âge de 36 ans et certains révolutionnaires). Celle de la page 128 dit : « Frantz Fanon, l’architecte du 15 mars 1961 ». Je suis sûr que beaucoup d’entre nous n’auraient pas su ce que cette dernière légende signifie. Holden Roberto raconte comment Frantz Fanon a utilisé son expérience de la résistance au sein du FLN en Algérie pour dresser le plan des attaques aux plantations du nord de l’Angola auxquelles ont participé les guérilleros de l’Union des Populations de l’Angola (UPA).

 

L’idée de la formation du GRAE (Gouvernement Révolutionnaire de l’Angola en Exil) a aussi été soufflée directement par Frantz Fanon à son ami Holden. C’était l’expérience de Frantz Fanon au sein du GPRA (Gouvernement Provisoire de la Révolution Algérienne) dont il a été l’ambassadeur au Ghana. C’est au Ghana que le diagnostique est tombé qu’il était atteint de leucémie. Le révolutionnaire ne voulait pas y croire. Il s’est rendu en Tunisie où, malheur, le diagnostique fut confirmé. Il s’est rendu alors en Union Soviétique pour y être traité, mais après trois mois, il revint sur le sol africain très malade et très déçu pour mourir et être enterré en Afrique. Il ne voulait en aucun cas se rendre aux Etats Unis. Pour l’encourager à essayer, Holden lui raconta l’histoire du Général Syrien Naaman qui ne voulut pas se rendre en Israël, mais fut finalement guéri pas le prophète Elysée. Pour Frantz Fanon, c’était trop tard. Il a dû être amené malgré lui à Maryland où il mourut en décembre 1961.

 

Sur son lit de mort, il fit venir dare-dare son ami Holden et lui raconta le secret qu’il ne lui aurait jamais livré de son vivant, de peur que son intérêt pour l’Angola ne fût interprété comme un conflit d’intérêt au lieu d’une abnégation révolutionnaire. J’ai fait des recherches sur mes origines, révèle-t-il à Holden. Mon arrière-grand-père est un esclave originaire de l’Angola. Il venait de ce que nous appelons « a região dos Dembos » (aujourd’hui une partie de la province du Zaïre et une partie de la province de Bengo). Il lui raconte comment le contingent des esclaves a atterri aux Antilles, plus particulièrement en Martinique où Frantz Fanon est né.

 

2. Le point d’interrogation malgache

 

Pendant que Frantz Fanon s’engageait dans la lutte aux côtés du Front de Libération de l’Algérie (FLN), Agostinho Neto composa un de ses meilleurs poèmes, qui n’en est pas des plus célèbres. Le poème s’intitule « Poème ».

 

Apetece-me escrever um poema (J’ai envie d’écrire un poème)

 

Agostinho Neto commence à décrire en deux longues strophes de 12 et 13 vers respectivement le poème qu’il veut écrire, et puis s’exclame :

 

Ah ! Quem comparou a África a uma interrogação

cujo ponto é Madagáscar? (Qui a comparé l’Afrique à une interrogation dont le point est Madagascar?)

 

Le poème est assez long. Quelque part au milieu, le poète change d’avis. Il dit qu’il ne va plus écrire le poème. Il écrira plutôt des lettres à sa bien-aimée, etc. etc. C’est une façon de dire que ce qu’il faut, c’est l’action, pas la poésie lyrique. Voilà pourquoi la littérature de combat de Frantz Fanon n’est pas de la poésie, mais des essais : Peaux Noires Masques Blancs. Les Damnés de la Terre (que Jean-Paul Sartre a eu le plaisir de préfacer). Et l’Afrique n’est pas un point d’interrogation, mais un revolver.

 

Je tape « Frantz Fanon » sur le moteur de recherche du site et cette citation du revolver que nous répétions pendant les leçons du mobutisme est reprise dans beaucoup d’articles, entre lesquels :

http://www.mbokamosika.com/article-reflexions-94206350.html

http://www.mbokamosika.com/article-les-combattants-congolais-97293270.html

 

Maintenant, chers mbokatiers, réfléchissons un peu à ces deux images : le point d’interrogation et le revolver. Supposons qu’on soit en train d’apprendre à un enfant comment dessiner un point d’interrogation. L’enfant trace sa courbe interrogatoire et met le point dans l’Océan Indien. Dirons-nous qu’il s’agit là d’un point d’interrogation ? Seule la poésie se donne des libertés asymétriques. Le point devrait sans nul doute se placer quelque part sur l’Antarctique. C’est aussi l’avantage du point d’interrogation sur le revolver, qui, bien que porteur d’action, est assez ambigu. Depuis octobre 1973, je me demande toujours où est le manche du revolver et où en est le tuyau. Si le manche est l’Afrique Australe et Centrale, le tuyau sera l’Afrique de l’Ouest. Si le manche est l’Afrique de l’Ouest, le tuyau sera l’Afrique Australe. C'est-à-dire, les balles sortiront du Cap de Bonne Espérance pour abattre les pingouins de l’Antarctique. Pauvres pingouins ! Je crois plutôt que Frantz Fanon voulait que les balles sortent de l’embouchure du fleuve Sénégal. L’île de Saint Louis, par exemple, pourrait être une balle transatlantique.

 

Quant à la gâchette, chers mbokatiers, saviez-vous que l’idée que la plupart d’entre nous avions est fausse ? Quand nous disions que, s’il est nécessaire, nous devrons appuyer sur la gâchette de Frantz Fanon, nous imaginions l’index tirant ce qui est techniquement la queue de la détente (ou tout court, la détente). La gâchette proprement dite est une pièce intérieure qui est influencée par notre mouvement sur la détente. La queue de la détente sort donc du revolver par un orifice, qui pourrait être l’embouchure du Congo. La gâchette elle-même doit être sur le continent. Frantz Fanon, qui connaissait bien l’anatomie et la physiologie des armes à feu, ne s’est pas trompé. Il a peut-être voulu sa gâchette quelque part entre l’Oubangui-Chari et Kisangani. Néanmoins, dans certains revolvers, cette gâchette pourrait bien se placer en Centrafrique ou au bord du Lac Tanganyika.

 

PEDRO

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Celestin Malanda 05/06/2017 16:25

Fantastic!