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Publié par PEDRO

Code-mixing 1

Code-mixing, littéralement mélange de codes, c’est l’usage de deux ou trois langues dans le même texte. Si quelqu’un connaît le terme technique en français, veuillez nous le dire. Il ne s’agit pas du passage d’une langue à l’autre, comme dans Mado de Jeannot Bombenga où l’avant-midi est en lingala et l’après-midi en kiswahili (pour utiliser les termes de Claude Kangudie). Cette autre technique s’appelle plutôt code-switching, comme s’il y avait un interrupteur entre les deux langues. Code-mixing, c’est l’insertion, par exemple, des mots français dans un texte en lingala. Un francophone qui ne comprend pas le lingala peut commencer à apprendre cette langue à partir de la chanson Tantine de Ntesa.

 

(http://www.mbokamosika.com/article-en-memoire-de-ntesa-dalienst-61006329.html)

 

Yo Tantine, pardonne-ngai ooo po na silence na ngai

O traité ngai na mabe nyonso o o po na kolinga na ngai méchante

Pardon, chérie, natindeli yo mwa ndambo ya maloba na nzembo, ndima

 

Yo Tantine, yoka-yoka nzembo oyo

Okobosana Méditerranée na Sahara

Badistance ekaboli ngai na yo

Consolation na yo mama nzembo oyo

Na hiver bina-bina nzembo oyo

Na printemps, saison ya mama Mosanto

Na moto ya mbeto tiyaka fololo mibale

Nakozala na yo mama, Toti, Chérie

 

Yo Tantine, tantine ngai o Mosanto

Kakosenga na mongongo na yo angélique

Yembela ngai jour après jour et pour toujours

Nuit après nuit et pour la vie

Mon bonheur, c’est toi

 

Ntesa est un parolier dont certaines chansons sont vraiment longues. Nous n’allons pas transcrire tous les vers, mais, pêle-mêle voici certains vers dans le refrain et les solos :

 

Amour na biso ekoti trouble

Ngai najugé yango malamu obala

Tolingani Tantine tala réalité

Ekomi tango po toluka mama la paix du cœur

Oboyi kopartager ngai mama obosani nabala

Tantine, sois sincère

 

Revenons un peu de plus près à la distinction entre « code-mixing » et « code-switching ». Tout d’abord, il nous faut savoir que certains linguistes n’acceptent pas cette distinction qu’ils trouvent forcée, fabriquée de toutes pièces et inutilement conventionnelle. Selon eux, c’est la même chose. Ceux qui défendent cette distinction reconnaissent aussi des zones d’ombres, mais croient qu’il y a sans doute des cas très distincts de code-mixing et des cas de code-switching. C’est une question d’unités du langage au sein desquelles s’opère le mélange ou le passage d’une langue à l’autre. Par exemple, nous reconnaissons le mot badistance dans la chanson Tantine comme étant pluriel à cause du préfixe ba-. C’est un mélange de deux codes dans le même mot, plutôt qu’un passage d’un code à l’autre. L’autre camp dit que, de toutes les façons, le mot badistance est tout entier un mot bantou avec une racine française. La preuve est qu’en français on ne parlerait pas de distances au pluriel entre l’Europe Occidentale et l’Afrique Centrale, tout simplement parce qu’on traverse la Mer Méditerranée et le Grand Désert. En français, il n’y a qu’une distance ; ce ne sont pas des distances au pluriel. Cette morphologie appartient aux langues bantoues dans lesquelles même les liquides comme l’eau, l’huile et le carburant sont au pluriel (mayi maleka ; mafuta masopani). Le camp d’en face rétorque que le mot distance est encore en français, parce qu’il n’a pas été apprivoisé par la phonologie bantoue. Comparez avec fololo (la fleur) qui est d’ailleurs pluriel ou singulier (fololo mibale=deux fleurs ; fololo moko=une fleur).

 

A l’autre bout, nous avons tout un avant-refrain en lingala et tout le refrain et les animations en kiswahili. Donc le passage d’une langue à l’autre est au niveau de tout le texte. Entre un mot et un texte, nous avons quelques unités du langage parmi lesquelles la phrase. Au sein de la même phrase, si la proposition principale est en lingala et la subordonnée est en français, est-ce du code-mixing ou du code-switching ? Dans Tikela Ngai Mobali de Bella-Bella, que nous avons auditionnée très récemment, une phrase dit : « Natuna tina notre foyer n’a jamais connu le bonheur. » (Je me demande pourquoi notre foyer n’a jamais connu le bonheur). Voilà une des zones d’ombre. Je m’efforce de croire à la distinction entre code-mixing et code-switching. Pour cela, par exemple, dans Tantine, quand Ntesa dit « Yembela ngai jour après jour et pour toujours, nuit après nuit et pour la vie. Mon bonheur c’est toi », pour moi, c’est encore du code-mixing. Toute la séquence « jour après jour et pour toujours, nuit après nuit et pour la vie », c’est une longue locution adverbiale de temps dans une phrase simple qui commence en lingala. La locution est composée, mais ce n’est même pas une proposition subordonnée, puisque la phrase n’est pas complexe. Et quand il enchaîne avec une autre phrase indépendante « Mon bonheur c’est toi », il était déjà en français ; donc il n’y a pas de code-switching.

 

Finalement, que dirions-nous de ce refrain des Grands Maquisards qui passe du kikongo au lingala ?

 

Kwela ikwela mama ooo

Kwela ikwela mama ooo

Nakobala monolo a mboka ooo

Nakobala mwasi ya ndumba ooo

Kwela ikwela mama ooo

Dansa idansa chérie ooo

 

Remarquez le code-mixing « dansa idansa » avec le verbe français « danser » dans une structure kikongo.

 

PEDRO

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