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Publié par Samuel Malonga

Les organes de presse des combattants angolais

 

La presse joue un rôle essentiel  dans la propagande. Elle est dès lors qualifiée de 4e pouvoir. Les combattants angolais en lutte pour l’indépendance ont vite compris son importance que chacun des trois mouvements de libération avait son journal ou son bulletin d’information.

 

Le MPLA

Le Mouvement populaire de libération de l’Angola est fondé à Kinshasa alors Léopoldville en décembre 1956 sous la direction d’Agostinho Neto de la fusion du PLUA (Parti de la lutte unie des Africains de l’Angola) et du MIA (Mouvement pour l’indépendance de l’Angola). Si le parti se structure en ses débuts, il lance à Léo Unidade Angolana, organe de combat du MPLA, dont le premier numéro sort le 1er décembre 1961. On retrouve le logo du parti à la première page : une main tenant un flambeau sur fond de la carte d’Angola contenu dans un cercle qui marque l’unité du pays. Journal angolais pour les Angolais, il paraît en portugais. La rédaction et l’administration sont installées au 51, avenue Tombeur de Tabora dans le siège du parti.  Matias Migueis est le directeur du journal.   A l’époque, Neto est en prison au Portugal et Mario de Andrade en sa qualité de président d’honneur du parti, assume son intérim. Lorsque pour des raisons de convenance politique, le MPLA est interdit à Kinshasa en novembre 1963, le mouvement traverse le fleuve et s’installe à Brazzaville, l’organe de l’information et du combat devient Vitoria ou Morte. L’en-tête est marqué par le drapeau tricolore du parti. Le nouveau bulletin est édité par le Département de l’Information et de Propagande (DIP). Dans les années 70, le français prend nettement l’avantage sur le portugais dans la majorité des publications du parti. Il y a lieu d’ajouter MPLA informations édité par la mission permanente du DIP en Algérie et OMA (Organização da Mulher Angolana) édité en anglais par les femmes angolaises.

 

Le FNLA

 Holden Robert a d’abord fondé l’Union des Populations du Nord de l’Angola (UPONA) en juillet 1954 à Léopoldville. Ce parti devint plus tard l’Union des Populations de l’Angola (UPA). Le FNLA est crée en mars 1962 par la fusion de l’UPA et du Parti Démocratique de l’Angola (PDA, fondé en octobre 1960). En avril 1962, Holden fonde toujours à Kinshasa le Gouvernement révolutionnaire de l’Angola en exil (GRAE) appelé à fonctionner comme organe du FNLA. L’organe du parti paraît en 1964 et s’appelle Angola. Il est publié deux fois par mois par le Ministère de l’Information du GRAE. Parallèlement Angola informations  sort à Alger comme pour concurrencer le MPLA installé lui aussi dans la même ville. Puis en 1968 apparaît Liberté et Terre. A partir de 1970, GRAE Actualités édité par le Département de relations Extérieures prend le relais.

 

L’UNITA

Jonas Savimbi, ancien ministre des Affaires étrangères de GRAE claque la porte du FNLA en mars 1966 et fonde l’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola. Le mouvement lance son organe d’information en 1968. Contrairement aux autres mouvements de libération, l’UNITA penche pour un nom authentiquement africain. La préférence est donnée à un terme umbundu plein d’espoir. Le bulletin du parti de Savimbi portera le nom de Kwacha-Angola. Kwacha veut dire " le soleil s’est levé ". La signification de cet organe d’information est visible sur la couverture. Les premiers numéros apparaissent au Caire dès 1968. Certains tirages sont anglais et d’autres en portugais.

 

Samuel Malonga

 

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Samuel Malonga 20/02/2017 09:42

Oui, les assassinats politiques avaient été légions dans ces trois mouvements de libération. Bien des cadres qui n'étaient pas d'accord sur certaines décisions prises avaient été tout simplement physiquement éliminés car considérés comme de potentiels ennemis. L'Unita, le Fnla et Mpla avaient connu des épurations en leur sein.

Pedro 20/02/2017 07:36

Il faut encore ajouter les luttes internes au sein de chacun des mouvements. Chaque fois qu’un élément était accusé de rapprochement et main tendue envers l’autre mouvement, c’était une trahison mortelle. Matias Miguéis lui-même, le directeur du journal, et Viriato da Cruz, des métis (il faut le souligner) ont été accusés d’avoir cherché à se rapprocher de Holden Roberto. Au fond, c’est parce qu’ils s’étaient embrouillés avec le camp d’Agostinho Neto, encore à Leopoldville, en 1963. Quand Matias Miguéis a été exécuté, déjà au Congo Brazzaville, en 1965, ses anciens camarades l’ont enterré vivant jusqu’au cou et ont uriné sur lui jusqu’à sa mort. Des épisodes comme ça, il y en a dans tous les mouvements de libération. Je me dis toujours que j’ai eu la chance d’avoir été enfant à cette époque. Comment échapper à ces atrocités aux mains de ses compatriotes quand on croit qu’on est patriote et qu’il faut libérer le pays du joug colonial.

Samuel Malonga 19/02/2017 23:10

Cher Pedro,

Les trois mouvements se sont battus entre eux au détriment du peuple angolais tout en faisant allégeance aux puissances idéologiques qui soit disant les soutenaient. Nous connaissons la suite. Tout le monde sait aussi que le MPLA est spécilaisé dans l'art du mensonge.

J'ai le manuscrit du nommé Viriato da Cruz. Il est à peine lisible donc impossible d'en publier les extraits dans le blog. C'est un document de 48 pages.

Pedro 19/02/2017 07:47

Cher Sam,
Très bonnes informations sur les organes de la presse écrite des mouvements de libération angolais. C’est un des aspects de l’histoire qui a la possibilité d’être réel, avec des précisions qui n’avaient pas besoin d’être modifiées au profit de la propagande (souvent dirigée contre les autres mouvements de libération au lieu d’atteindre les portugais). Quiconque lit quoi que ce soit sur l’histoire les mouvements de libération angolais doit toujours mettre en tête qu’avec le temps, certains chapitres vont évoluer. Voici, par exemple, ce que je pense encore à présent de la date de la fondation du MPLA (je changerai d’avis quand j’aurai bénéficié d’autres apports). En 1956, probablement en décembre, un nationaliste angolais nommé Viriato da Cruz a écrit un manifeste (au brouillon et crayonné) dans lequel on lit qu’on avait besoin d’un ample mouvement populaire de libération de l’Angola. Ce groupe de mots, qui n’était pas en majuscules pour dénoter le nom d’un mouvement, a été plus tard repris par le MPLA pour signifier l’acte de création du mouvement. S’il en avait été le cas, le lieu de fondation du MPLA serait Luanda. Il semble bien que l’idée de la fondation du MPLA à partir des mouvements MIA, MINA et PLUAA soit née à Tunis en janvier 1960, lors d’une conférence, et que la concrétisation de cette idée soit survenue en juin de la même année à Conakry. Toutes ces données continueront floues dans l’histoire du MPLA et de l’Angola, parce que la propagande a déjà fabriqué une autre histoire. Maintenant il faut se demander ce que ça fait à la lutte contre les portugais que le MPLA ait été fondé avant ou après les indépendances africaines, y compris celle de la Côte de l’Or de Kwame Nkhrumah. Rien. Ce mensonge a probablement été fabriqué pour devancer le FNLA. Cette partie de la lutte était, il faut toujours le répéter, plus importante que la lutte contre les portugais.