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Publié par Pedro

 

Texte révolutionnaire malgré lui

 

             ( par Pedro)

 

Dans les années 1980s, un poème n’avait presque pas de place dans une salle de classe s’il n’était pas révolutionnaire. Malheureusement, le caractère révolutionnaire de beaucoup de textes de la littérature angolaise n’était pas toujours évident, et les enseignants avaient de la peine à prouver aux étudiants que ces textes étaient révolutionnaires. En même temps, si ces mêmes textes n’étaient pas étudiés, l’enseignant aurait le sentiment du devoir non-accompli. Un de ces textes est le poème de Viriato da Cruz intitulé Namoro (http://www.lusofoniapoetica.com/artigos/angola/viriato-da-cruz/namoro.html). C’est un poème narratif qui commence par « Mandei-lhe uma carta em papel perfumado » (Je lui ai envoyé une lettre écrite sur du papier parfumé). Le narrateur, Benjamim (remarquez la terminaison de ce nom en portugais), a tout fait pour conquérir une jeune fille qui invariablement disait NON et le méprisait abondamment, racontant ses déboires à tout le monde qui à son tour se moquait de lui. A la fin du poème, au cours d’une de ces sessions de danse qui caractérisaient la cité indigène luandaise d’avant l’indépendance, Benjamim danse avec la fille (le poème ne dit pas pourquoi elle a accepté de danser avec lui). La danse fut un tel succès que ce fut le début de leur idylle.

 

Toutes les raisons étaient bonnes pour que les professeurs présentent ce très beau poème comme révolutionnaire. Un de mes professeurs a même dit que ce poème était plus révolutionnaire que les poèmes écrits en exil ou dans la clandestinité et qui étaient explicitement pro-indépendance. C’est comme si quelqu’un disait que Congo Avenir ou Objectif 80 était moins révolutionnaire que Teté Nakozonga :

 

Tété kotiya motema likolo te

Nakozonga e naza na nyongo ya moto te

Mama omesana na mwana ya Tabu

Lelo’oyo na mboka lobi nakeyi mboka mopaya

 

O motema e motema na makanisi molimo e

Nazalaka ata nakeyi

Nakumbaka se nzoto motema natika

 

Tete tikala pembeni ya bana e

Nakozonga e naza na likambo ya moto te

 

Oboteli ngai mwana mobali nalukaki

Mwana akokisi se mposo misato nake(yi)

 

Oyo mpasi

O kobota e mobembo epesa makanisi bana e

Lokola natamboli

Sima batisa mwana na kombo ya bankoko

 

Objectif 80 est une chanson à dessein révolutionnaire, mais c’était un mensonge. Il n’y aurait rien en 1980, tout comme il n’y aura rien à l’horizon 2063 que l’Union Africaine proclame. La différence, c’est que la plupart des gens qui ont inventé 2063 ne seront pas vivants en 2063 et n’auront donc pas le temps de s’avouer menteurs. Par contre, 1980 nous a très rapidement rattrapés. Or, kobatisa bana na kombo ya bankoko a été une réalité, peut-être la seule réussite du nationalisme congolais authentique. Je ne sais pas ce qu’il serait s’il avait fait partie d’une révolution culturelle non politisée. Malheureusement, il a dû être jeté par la fenêtre avec l’eau du bain. Le temps venu, tout le monde a repris volontiers son prénom occidental et l’enfant de Rochereau a certainement inventé un pour lui-même. Qui est cet enfant de Tété né vers 1972?

 

Pedro

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MWENZE 09/07/2016 18:52

Erratum: lire en deuxième ligne "...par lesquelles l'artiste utilisait des slogans du régime en place..." Merci. (MWENZE)

MWENZE 09/07/2016 17:56

Révolutionnaire, certainement pas, opportuniste sûrement. Il en fut ainsi de nombreuses chansons des deux rives par lesquelles l'artiste faisait utilisait des slogans du régime en place pour s'attirer quelques faveurs de ce dernier. Lutumba Simaro n'avait-il pas promis à "Inoussa" (Guinéenne) dans la chanson éponyme, de " l'emmener visiter le Zaïre où le drapeau du MPR flotte telle l'agitation de son mouchoir qui lui dit adieu"? L'OK-Jazz excellait dans ce genre de chansons, pourtant de variété de danse, émaillées de MPR, Zaïre, drapeau ya MPR et tutti quanti. Kallé et l'African-Team dans "Gauche droite débordement" chante "okendé droite okendé gauche éyébana té, nalanda yo na muinda nakati ya moyi, la vérité sé authentique", parodiant ainsi Mobutu dans un discours au Stade Tata Raphaël, je cite de mémoire: " ni à gauche, ni à droite, troisième voie, la vérité authentique! ". Et le Trio Madjsési dans "Taximan", "to boya perruque o, tango'a banoko, bino bambanda na ngaï, bovimba na zuwa" et Sak-Sâakul de renchérir aussitôt en parlant, "pantalon na perruque tobwaka na mayi o!". Et puis, soit dit entre nous Pedro, un coup d'état (du 30 juin) n'est pas la révolution!
MWENZE